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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314181

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314181

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 septembre et 20 novembre 2023 et 17 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 25 août 2023 de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision consulaire n'est pas motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les informations, complètes et fiables, qu'il a produites à l'appui de sa demande de visa répondent aux exigences des dispositions de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 et de l'instruction du 4 juillet 2019 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son projet d'études est sérieux et cohérent et qu'il n'existe pas de risque de détournement de l'objet du visa sollicité à des fins migratoires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marina André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 30 avril 2003, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie), laquelle, par une décision du 25 août 2023, a rejeté sa demande. Par une décision du 6 décembre 2023, dont M. A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée à la décision du 25 août 2023 de l'autorité consulaire française à Tunis. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que le moyen tiré du défaut de motivation, soulevé à l'encontre de la décision consulaire, doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est appropriée les motifs en droit de la décision consulaire laquelle vise la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016, relative aux conditions d'entrée () des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair. La décision attaquée n'est, en conséquence, pas dépourvue de base légale, la circonstance que la décision consulaire vise à tort l'article L. 421-15, relatif au titre de séjour concernant les étudiants, étant, à cet égard, sans incidence.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

5. En quatrième et dernier lieu, pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire dont elle a été saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif retenu par l'autorité consulaire, tiré de ce que M. A ne justifie pas d'un parcours universitaire continu et convaincant, n'est pas en mesure d'établir un lien entre son projet d'études et un projet professionnel abouti et réaliste, et a déposé une demande de visa pour études après s'être vu successivement refusé un visa de court séjour et un visa de long séjour.

6. L'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 dispose dans son point 2.1, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études " : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Dans son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", cette même instruction indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, titulaire d'un baccalauréat " sciences expérimentales " obtenu en 2022, a été admis en Bachelor 1ère année " cycle digital et multimédia " au sein de l'école MydigitalSchool à Lyon, au titre de l'année académique 2023/2024. Si M. A soutient qu'il souhaite travailler dans le domaine du digital, il n'apporte d'éléments détaillés ni sur son projet professionnel, qui reste imprécis, ni sur la nécessité de venir se former en France, alors qu'il lui est loisible d'intégrer une formation équivalente en Tunisie, ainsi que l'indique le ministre. Si, par ailleurs, la circonstance que ses parents résident en France ne peut suffire à elle seule à établir un risque de détournement de l'objet du visa en litige, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité, au mois d'avril 2023, quatre mois avant de demander ledit visa pour études, un visa de long séjour en qualité de visiteur et, au mois de juillet de la même année, un visa de court séjour et que ces demandes ont donné lieu à deux refus, qu'il n'a pas contestés. Par suite, et alors que le service de coopération et d'action culturelle a donné un avis défavorable à la demande de M. A, celui-ci n'établit pas que son projet d'études serait sérieux et cohérent. Dans ces conditions, la commission de recours n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant le recours formé par M. A.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

Marina André

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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