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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314379

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314379

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPAPINOT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2314379, le 28 septembre 2023, Mme D A B, représentée par Me Papinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 12 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Bogota (Colombie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut, de lui verser cette somme, au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du risque de détournement de l'objet du visa qu'elle a sollicité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les informations communiquées à l'appui de sa demande de visa pour justifier l'objet et les conditions du séjour étaient complètes et fiables ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 6 et 7 de la directive 2004/114/CE du Conseil du 13 décembre 2004.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés ;

- elle ne justifie de ressources suffisantes pour financer son séjour en France.

Par une décision du 29 août 2023, Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2314992, le 9 octobre 2023, Mme D A B, représentée par Me Papinot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 12 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Bogota (Colombie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut, de lui verser cette somme, au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;

- le motif tiré du détournement de l'objet du visa est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le motif tiré de ce qu'elle ne justifie pas de ressources suffisantes pour financer son séjour est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 5, 7 et 11 de la directive 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme A B a été rejetée par décision du 1er octobre 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A B, ressortissante colombienne née le 29 avril 2005, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Bogota (Colombie), laquelle, par une décision du 12 juillet 2023, a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 27 septembre 2023, puis par une décision expresse du 28 septembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire. Mme A B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes de Mme A B enregistrées sous les numéros 2314379 et 2314992 présentent à juger les mêmes questions, concernent la même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A B dirigées contre la décision implicite née le 27 septembre 2023 par laquelle la commission de recours a rejeté son recours formé contre la décision du 12 juillet 2023 des autorités consulaires françaises à Bogota doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 28 septembre 2023 par laquelle la commission a expressément rejeté son recours préalable obligatoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. La décision attaquée oppose à Mme A B l'absence de projet d'études précis, le caractère insuffisant des ressources dont elle dispose pour financer son séjour en France et l'absence de production d'éléments permettant d'établir qu'elle ne séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles elle a sollicité un visa pour études. Cette décision comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme A B n'aurait pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux.

8. En troisième lieu, selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".

9. En l'absence de dispositions spécifiques figurant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande de visa de long séjour formée pour effectuer des études en France est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.

10. L'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 dispose dans son point 2.1, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études " : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Dans son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", cette même instruction indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de visa pour études, Mme A B, titulaire d'un baccalauréat colombien obtenu avec mention " très bien " en 2021, a produit une attestation d'inscription à la " CY Cergy Paris Université " aux fins d'y suivre, durant l'année universitaire 2023-2024, les cours du diplôme universitaire " Français Langue Etrangère ". Pour justifier du sérieux de son projet, la requérante indique avoir suivi des cours de français en Colombie, produit une attestation de réussite à un test de français à l'issue duquel elle a obtenu le niveau " B1 " et soutient que la maîtrise du français et l'obtention d'un diplôme en France lui assurerait un brillant avenir dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du service de coopération et d'action culturelle, que la motivation de l'intéressée, résulte essentiellement de l'intérêt qu'elle conçoit, depuis un voyage en France, pour la langue et la culture française. L'intéressée, qui, en outre, n'apporte aucune précision quant à la nature de son projet professionnel, n'établit pas, ainsi, la cohérence et le sérieux de son projet, la circonstance qu'elle aurait pu se rendre en France, sans visa d'entrée, pour un court séjour étant, à cet égard et en tout état de cause, sans incidence. Par suite, la commission de recours n'a pas entaché sa décision ni d'une erreur manifeste d'appréciation, ni d'une erreur de droit en rejetant son recours au motif tiré d'un risque de détournement de l'objet du visa qu'elle a sollicité. Ce seul motif suffisait à fonder le refus de visa en litige. Au demeurant, Mme A B ne justifie pas disposer de ressources suffisantes pour financer son séjour en France.

12. En quatrième lieu, d'une part, dès lors que la directive du Conseil 2004/114/CE a été abrogée par la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016, le moyen tiré de la méconnaissance de ses articles 6 et 7 doit être écarté comme inopérant.

13. D'autre part, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne, par son arrêt du 10 septembre 2014 n° C-491/13, " rien n'empêche les Etats membres d'exiger toutes les preuves nécessaires pour évaluer la cohérence de la demande d'admission à des fins d'études afin d'éviter toute utilisation abusive ou frauduleuse de la procédure ". Ainsi, en tout état de cause, alors même que la requérante remplirait les conditions fixées par les articles 7 et 11 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016, la commission de recours n'a, en refusant de délivrer le visa pour les motifs indiqués au point 6, pas méconnu les objectifs de cette directive.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles qu'elle a présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel C

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Cécile Guillas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2314992

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