lundi 18 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2314425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2023, M. C B et Mme H B représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 5 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 12 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à E I B un visa de long séjour en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français et à Mme H B un visa de long séjour en qualité de descendante à charge d'un ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les informations, communiquées à l'appui des demandes de visa pour justifier l'objet et les conditions du séjour, étaient complètes et fiables ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les documents d'état civil produits et les éléments de possession d'état, établissent l'identité des demandeurs et leur lien de filiation avec M. B, qui dispose de l'autorité parentale exclusive sur E I B ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, à ce titre, dès lors que Mme H B est à la charge de M. B ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Sachot, substituant Me Guilbaud, avocate de M. B et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H B ressortissante guinéenne née le 31 décembre 1993 et M. E I B, de même nationalité, né le 12 mai 2006, ont sollicité des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée), laquelle, par deux décisions du 12 mai 2023, a rejeté leurs demandes. Par une décision implicite née le 5 août 2023, dont M. C B, ressortissant français qui se présente comme leur père, et Mme B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires.
2. En premier lieu, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant rejeté le recours des intéressés par une décision implicite, le moyen tiré de son irrégulière composition ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312 7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. () ". Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre des décisions consulaires dont elle a été saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme s'étant fondée sur les motifs retenus par ces décisions. Concernant Mme B ces motifs sont tirés d'une part de ce que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes ou ne sont pas fiables, d'autre part de ce que, Mme B, âgée de plus de vingt-et-un ans, n'établit pas être à la charge de M. B son parent français, et enfin de ce que certaines données des actes d'état-civil qu'elle présente en vue d'établir sa filiation remettent en cause leur caractère authentique. Concernant E I B, ces motifs sont tirés du défaut de conformité au droit local du document d'état civil présenté en vue d'établir sa filiation, du défaut de caractère authentique de ce document, de l'absence de preuve de l'autorité parentale et du droit de garde par le parent français, et du caractère incomplet ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé.
En ce qui concerne Mme H B :
4. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour au bénéfice d'un ressortissant étranger âgé de plus de vingt-et-un ans qui fait état de sa qualité de descendant à charge d'un ressortissant français, l'administration peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son ascendant dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son ascendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, a procédé, entre 2011 et 2023, à des transferts d'argent réguliers en faveur de Mme H B, d'un montant annuel compris entre 40 et 1 600 euros environ. Toutefois d'une part, Mme B n'apporte aucun justificatif de son niveau de ressources ou de l'absence de celles-ci, ni de son incapacité à pourvoir à ses besoins en Guinée. D'autre part, les requérants produisent pour justifier des ressources de M. B, un avis d'imposition sur les revenus de l'année 2022, dont il ressort que le revenu fiscal de référence du foyer de quatre parts qu'il compose avec son épouse, Mme A, et leur trois enfants mineurs nés en 2014, 2016 et 2021, n'excède pas 20 000 euros. Dans ces conditions, la commission n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que la demandeuse de visa n'établissait pas être à la charge de son parent français. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
En ce qui concerne M. E I B :
6. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. ". Les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
7. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
8. Enfin, il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
9. Pour justifier de l'identité de M. I B et de son lien de filiation avec le requérant, ont été produits, un extrait d'acte de naissance n°78, dressé le 19 mai 2006 par un officier d'état civil de la commune de Matoto/Conakry, faisant état de ce qu'il est né le 12 mai 2006 de M. C B et de Mme G F, ainsi que deux jugements supplétifs, n° 13037 et n° 5304, rendus les 30 novembre 2016 et 26 avril 2018, tenant chacun lieu l'acte de naissance. Si les requérants ne contestent pas que plusieurs actes de naissance ont ainsi coexistés pour M. I B, ils soutiennent que cette situation a été régularisée et produisent, à cet effet, deux autres jugements, n° 206 et n° 641, rendus les 3 et 18 septembre 2020 pour annuler les jugements supplétifs rendus en 2016 et 2018. Toutefois, le jugement d'annulation n° 641 mentionne, pour dire et juger qu'il tient lieu d'acte de naissance à M. I B, un extrait d'acte de naissance dont le n° " 1078 " et la date de délivrance, le 23 mai 2006, ne correspondent pas à ceux de l'extrait produit à l'instance. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à M. I B le visa sollicité pour le motif tiré de l'inauthenticité du document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
10. En troisième et dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, les requérants ne peuvent soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, cette dernière étant au demeurant inapplicable à Mme B, majeure à la date de la décision attaquée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B et Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles qu'ils ont présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme H B, et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 28 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Marina André, première conseillère,
M. Emmanuel Bernard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.
Le rapporteur,
Emmanuel D
La présidente,
Claire Chauvet
La greffière,
Cécile Guillas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026