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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314441

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314441

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantLAVENANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 septembre et 31 octobre 2023, M. E B et M. C B A, représentés par Me Lavenant, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2023 par laquelle le sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur, saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer un visa de court séjour à M. E B, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant du caractère probant des documents d'état-civil produits ;

- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires n'était pas opposable eu égard à la nature du visa sollicité ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024 à 17 heures.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, qui n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 26 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt à agir de M. B A pour demander l'annulation de la décision du sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur refusant la délivrance d'un visa de court séjour à son fils M. B.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 28 septembre 2024 et a été communiquée.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, relative au droit des citoyens de l'union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, a sollicité la délivrance d'un visa de court séjour en vue de rendre visite à son père allégué, M. B A, ressortissant espagnol, auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal), laquelle a rejeté sa demande par une décision du 26 juin 2023. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, le sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 12 septembre 2023 dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.

Sur la recevabilité de la requête en tant qu'elle est présentée par M. B A :

2. La seule qualité de parent allégué du demandeur de visa ne confère pas à M. B A un intérêt à agir contre la décision du sous-directeur des visas refusant la délivrance d'un visa de court séjour à M. B alors qu'il n'est pas contesté que ce dernier était majeur au regard de sa loi personnelle à la date d'introduction de la requête. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais d'instance, en tant qu'elles sont présentées par M. B, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour refuser la délivrance du visa sollicité, le sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur s'est fondé sur le double motif tiré, d'une part, de ce que les documents d'état-civil produits ne sont pas probants et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet des visas à des fins migratoires.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". L'article L. 232-1 de ce même code dispose que : " () les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article R. 221-2 du même code : " Les documents permettant aux ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 200-4 d'être admis sur le territoire français sont leur passeport en cours de validité et un visa ou, s'ils en sont dispensés, un document établissant leur lien familial. () L'autorité consulaire leur délivre gratuitement, dans les meilleurs délais et dans le cadre d'une procédure accélérée, le visa requis sur justification de leur lien familial. Toutes facilités leur sont accordées pour obtenir ce visa. ".

5. Il résulte de ces dispositions, transposant la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, que les ressortissants d'un pays tiers membres de la famille d'un citoyen non français de l'Union européenne séjournant en France ont droit, lorsqu'ils ne disposent pas d'un titre de séjour délivré par un État membre de l'Union européenne portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ", et sous réserve que leur présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, à la délivrance d'un visa d'entrée en France, aux seules conditions de disposer d'un passeport et de justifier de leur lien familial avec le citoyen de l'Union européenne qu'ils entendent accompagner ou rejoindre en France.

6. Pour justifier de l'identité de M. B et du lien de filiation l'unissant à M. D, les requérants produisent l'acte de naissance n° 440 dressé par l'officier d'état-civil du centre de Kanène Ndiob (Sénégal), faisant état de ce que M. B est né le 20 septembre 2005 de l'union de M. B A et Mme A, ce document comportant des informations concordantes avec celles du passeport sénégalais de l'intéressé. Par suite, aucun élément du dossier n'établissant le défaut de caractère probant des documents produits, le sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en la fondant sur le premier motif.

7. En second lieu, eu égard au cadre juridique exposé au point 4, le motif tiré de ce qu'il existerait un risque détournement de l'objet du visa sollicité à des fins migratoires n'est pas opposable à l'intéressé, lequel était au demeurant fondé à ne solliciter qu'un visa de court séjour dès lors que, en sa qualité de membre de la famille d'un ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, il lui appartient, pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois, de solliciter la délivrance d'une carte de séjour. Par suite, le sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur a également entaché sa décision d'une erreur de droit en la fondant sur le second motif.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de court séjour soit délivré à M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Si M. B A obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été exposé au point 2 du présent jugement, d'une qualité lui donnant intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du sous-directeur des visas du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, du 12 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. B le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à M. C B A, au ministre de l'intérieur et à Me Lavenant.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

Mme Glize, conseillère,

M. Templier, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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