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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314450

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314450

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantGUILMOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2023, Mme D H A et

M. E I H, représentés par Me Guilmoto, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à F (République démocratique du Congo) refusant à Mme D H A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard des documents d'état civil produits que des passeports de la demandeuse de visa qui établissent l'identité et la filiation avec le réunifiant.

Par ordonnance du 19 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet 2024.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, postérieuement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E I H, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), s'est vu reconnaître la qualité de réfugié en France. Mme G et leurs quatre filles ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à F (République démocratique du Congo), en qualité de membres de la famille d'un réfugié. Cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Le

5 avril 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours contre ce refus consulaire, a recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 16 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a décidé de faire délivrer les visas demandés. Toutefois, par une décision du 20 juillet 2023, dont Mme H A et M. I H demandent l'annulation, faisant suite à la réception des intéressés par les services de l'autorité consulaire française à F, le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer le visa à Mme D H A.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer :

2. Pour rejeter le recours dont il était saisi, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motif tiré de l'absence d'établissement de l'identité et du lien de filiation unissant Mme H A avec le réunifiant, caractérisée par la production de deux passeports mentionnant la même identité, la même adresse et un numéro personnel identique mais comportant les photographies de deux personnes différentes.

3. D'une part, aux des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). ".

4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

7. Pour justifier de l'identité de Mme D C A et du lien de filiation l'unissant à M. I H, ont été produits, devant l'autorité consulaire française à F, le jugement supplétif n° RC 4010/II rendu le 6 décembre 2022 par le tribunal pour enfants de F/B ainsi que l'acte de naissance en assurant la transcription et la copie intégrale d'acte de naissance. Ces actes font état de la naissance de Mme C A le 25 mai 2005 et de son lien de filiation avec le réunifiant. Ainsi, et alors que le ministre n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, le lien de filiation unissant Mme C A à M. I H peut être regardé comme établi.

8. Toutefois, la production par la demandeuse de visa, à l'appui de la demande de visa, deux passeports distincts, délivrés au nom de Mme D H A et comportant, outre la même identité, la même adresse et un numéro personnel identique, mais des photographies de deux personnes différentes, que l'intéressée explique, sans en justifier, résulter de " la duperie d'un cousin chargé des démarches souhaitant faire venir sa fille en France à sa place ", n'a pas permis à l'administration de s'assurer de l'identité de la demandeuse de visa.

9. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, en refusant de délivrer à Mme H A le visa demandé, pour le motif énoncé au point 2, n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H A et de M. I H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H A,

M. E I H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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