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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314524

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314524

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 septembre 2023 et 27 septembre 2024, Mme E A, épouse C, et M. D C, représentés, par Me Lantheaume, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) a refusé de convoquer Mme A en vue de l'enregistrement de sa demande de visa au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de donner toutes instructions à l'autorité consulaire française à Dacca afin de lui fixer un rendez-vous dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'auteur de la décision consulaire n'avait pas compétence pour la prendre ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, en ce qu'elle ne comporte pas les nom et prénom ainsi que la qualité de son auteur ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur leur situation familiale.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Pétri, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E F A, épouse C, ressortissante bangladaise née le 7 juin 2000, a, par un courriel du 23 mai 2023, sollicité un rendez-vous auprès de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) pour procéder à l'enregistrement de sa demande de visa de long séjour au titre du regroupement familial, autorisé par un arrêté préfectoral du 4 avril 2023. Mme A épouse C et M.C demandent au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle cette autorité consulaire a refusé de convoquer Mme A épouse C dans un délai raisonnable afin de procéder à l'enregistrement de sa demande de visa.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité consulaire serait tenue de recevoir l'étranger désireux d'obtenir un visa au titre du regroupement familial. Le droit pour les titulaires d'une autorisation de regroupement familial de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Eu égard aux conséquences qu'emporte la délivrance d'un visa tant sur la situation du regroupant que sur celle de son conjoint et ses enfants demeurés à l'étranger, notamment sur leur droit de mener une vie familiale normale, il incombe à l'autorité consulaire saisie d'une demande de visa au titre du regroupement familial, accompagnée des justificatifs d'identité et des preuves des liens familiaux des membres de la famille du regroupant, de convoquer ces personnes afin de procéder, notamment, aux relevés de leurs empreintes digitales, puis à l'enregistrement de leurs demandes dans un délai raisonnable. Il incombe par conséquent aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux membres des familles de bénéficiaires d'une autorisation de regroupement familial de faire enregistrer leurs demandes de visa dans un délai raisonnable.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 23 mai 2023, dont l'autorité consulaire française à Dacca a accusé réception le jour même, Mme A a sollicité un rendez-vous en vue de l'enregistrement de sa demande de visa. Aucune suite n'ayant été donnée à cette demande, l'autorité administrative doit être regardée comme l'ayant implicitement rejetée le 23 juillet 2023. Il n'est pas contesté que, depuis ce refus, Mme A n'a reçu aucune convocation des services consulaires. Il s'ensuit, en l'absence d'explications de l'administration sur les raisons qui n'auraient pas permis à ces services consulaires d'enregistrer sa demande de visa dans un délai raisonnable, que Mme A, bénéficiaire, comme il l'a été dit au point 1, d'une autorisation de regroupement familial, est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A et M. C sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à l'enregistrement de la demande de visa de Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire convoquer Mme A par l'autorité consulaire à Dacca, afin de procéder à l'enregistrement de cette demande dans un délai d'un mois suivant la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à Mme A et M. C, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de l'autorité consulaire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire convoquer, en vue de l'enregistrement de sa demande de visa, Mme A, épouse C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A, épouse C et M. C la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F A, épouse C, à D C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.

La rapporteure,

Marina B

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Cécile Guillas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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