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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314585

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314585

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantMERNIZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Merniz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle, le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'il est sans domicile fixe ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'il est sans domicile fixe, et a méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire pendant un an :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination et celle portant interdiction de retour sur le territoire pendant un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 29 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, vice-présidente pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée a été entendu au cours de l'audience publique.

Après avoir prononcé à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 7 novembre 1996, a déclaré être entré en France en 2017 et a été interpelé le 27 septembre 2023 puis placé en garde à vue à la suite d'une plainte pour violences habituelles par conjoint ayant entraîné une incapacité supérieure à huit jours et pour entrée irrégulière d'un étranger. Par un arrêté du même jour le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire d'un an. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que lors de son interpellation le 27 septembre 2023, M. A a indiqué être entré irrégulièrement en France en 2017 et ne pas disposer de titre de séjour. Ainsi, il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

4. En premier lieu, la décision attaquée a été signé par Mme B, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 13 septembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint Frouin n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

5. En deuxième lieu, si M. A soutient que le préfet a commis une erreur de fait en fondant la décision attaquée sur une absence de domicile fixe alors qu'il est hébergé par son frère, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition que M. A a déclaré être hébergé de manière ponctuelle par des amis depuis environ un mois après qu'il a quitté son épouse. Si le requérant produit à l'instance une attestation d'hébergement rédigée par son frère, il a toutefois déclaré lors de son audition ne pas connaître l'adresse de ce dernier. Par suite, le document produit n'est pas de nature à établir que M. A disposait d'un domicile fixe. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, doit également être écarté le moyen tiré de ce que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard de ses conditions d'hébergement.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis 2017, soit cinq années à la date de la décision attaquée, qu'il a établi le centre de ses attaches familiales et personnelles en France où résident des membres de sa famille et qu'il a déployé des efforts d'insertion par le travail, le requérant se borne à produire un certificat de travail faisant état d'une période d'emploi de sept mois, du 3 mai au 31 décembre 2021 en qualité de mécanicien dans une entreprise de transport, alors au demeurant qu'il ne disposait d'aucun titre de séjour l'autorisant à travailler. Par ailleurs, il est constant que depuis le 5 août 2023, à la suite du dépôt de plainte de son épouse pour violences conjugales, il est séparé de cette dernière, avec laquelle il était marié depuis février 2022. Par suite, M. A n'établit pas la réalité et l'intensité des liens familiaux et personnels allégués en France. Dès lors, la décision préfectorale lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants:/ ()/ 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

11. Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

12. La décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire est fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles des 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 précité. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'audition de M. A le 27 septembre 2023 par les services de police que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, M. A a également déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et ne pas être en mesure de présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il résulte enfin de ce qui a été dit au point 4 qu'il ne justifie pas d'une résidence effective. Dans ces conditions, le risque de fuite doit, en application des dispositions législatives précitées, être tenu pour établi et ainsi, le requérant entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Les moyens tirés de l'erreur de fait relative à ses conditions d'hébergement, de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France pendant un an :

14. L'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que M. A invoque à l'encontre de la décision portant interdiction de retour en France pendant un an ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2023 du préfet de la Loire-Atlantique doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Merniz.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La magistrate désignée,

F. SPECHT- CHAZOTTES

La greffière

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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