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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314653

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314653

vendredi 29 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Lagos (Nigeria) du 2 juin 2023 refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de court séjour pour un motif de visite familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Schürmann, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'hébergeante dispose de ressources suffisantes pour prendre en charge ses frais de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucun risque de détournement de l'objet du visa ne peut lui être opposé.

Par une ordonnance du 3 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 décembre 2023.

Le ministre de l'intérieur a produit un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, après la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard-Marguerie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane, a sollicité un visa de court séjour pour visite familiale. Par une décision du 2 juin 2023, l'autorité consulaire française à Lagos (Niger) a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 7 août 2024, le sous-directeur des visas a rejeté le recours formé contre de la décision de l'autorité consulaire. Par sa requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision de l'autorité consulaire.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 15 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A. Les conclusions tendant à ce que Mme A soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire :

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision prise par le sous-directeur des visas, dont la saisine préalable à un recours contentieux est obligatoire à peine d'irrecevabilité de celui-ci, se substitue à la décision prise par l'autorité consulaire ou diplomatique sur la demande de visa. Il s'ensuit que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du sous-directeur des visas.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du sous-directeur des visas :

4. En premier lieu, le sous-directeur des visas, pour rejeter le recours de Mme A, a visé les articles 21 et 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ainsi que les articles L. 311-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également exposé les raisons pour lesquelles il a rejeté le recours de l'intéressée en relevant que ni elle, ni l'hébergeante ne disposaient de ressources suffisantes pour prendre en charge les frais de séjour et qu'eu égard à sa situation personnelle, il existait un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires. Ainsi, le sous-directeur des visas a suffisamment motivé sa décision en fait et en droit. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : () / B. Documents permettant d'apprécier la volonté du demandeur de quitter le territoire des états membres : / 1) un billet de retour ou un billet circulaire, ou encore une réservation de tels billets; 2) une pièce attestant que le demandeur dispose de moyens financiers dans le pays de résidence; 3) une attestation d'emploi: relevés bancaires; 4) toute preuve de la possession de biens immobiliers; 5) toute preuve de l'intégration dans le pays de résidence: liens de parenté, situation professionnelle. ".

6. L'administration peut, indépendamment d'autres motifs de rejet tels que la menace pour l'ordre public, refuser la délivrance d'un visa, qu'il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu'elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l'existence d'un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires.

7. Mme A soutient vouloir rendre visite en France à sa fille, bénéficiaire du statut de réfugié, et à ses petits-enfants, qui ne peuvent voyager au Nigéria. Si la requérante a produit un document intitulé " affidavit of fact " rédigé en anglais qu'elle présente comme une déclaration sous serment de faits, selon lequel plusieurs de ses enfants et petits-enfants résident au Nigéria, qu'elle est propriétaire d'un commerce et ne souhaite pas s'établir en France après l'expiration de son visa, ce seul document, en l'absence de toute autre pièce prévue par l'annexe II citée au point 5, ne permet pas de regarder Mme A comme disposant de garanties de retour suffisantes au sens des dispositions précitées du règlement (CE) du 13 juillet 2009. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le sous-directeur des visas a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un visa de court séjour au motif qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

8. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires, qui suffisait à lui seul à justifier la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi de 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,

Mme Fessard-Marguerie, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD-MARGUERIE

La présidente,

V. POUPINEAU

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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