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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314658

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314658

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre 2023 et 1er août 2024, Mme B D, représentée par Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 1er août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 28 avril 2023 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée procède d'une appréciation erronée des documents produits justifiant de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance n° 2314531 du 5 octobre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les conclusions de Mme Massiou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante tunisienne, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent d'une enfant mineure de nationalité française auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par une décision du 28 avril 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 1er août 2023, dont elle demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

3. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que Mme E ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien ou à l'éducation de son enfant de nationalité française.

4. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ". Aux termes de l'article L. 423-7 de ce même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ".

5. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité de parent d'un enfant de nationalité française, il appartient aux autorités consulaires françaises d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des ressources de chacun des deux parents et des besoins de l'enfant, la contribution financière de l'intéressé à l'entretien de son enfant de nationalité française et son implication dans son éducation.

6. Il est constant que Mme E est la mère de l'enfant mineure A C, née le 22 mai 2015, de nationalité française. Afin de justifier de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille, elle verse au dossier les courriers de l'autorité consulaire française à Tunis l'informant de l'attribution de bourses scolaires, au titre des années 2021 et 2022, au profit de la jeune A C, ainsi que les copies d'un carnet de santé, de deux ordonnances et deux certificats médicaux établis au nom de sa fille entre les années 2016 et 2022. Toutefois, ces seuls documents, dont l'authenticité n'est pas contestée par l'administration, ne permettent pas d'établir la réalité d'une contribution effective de Mme E à l'entretien et à l'éducation de sa fille, en l'absence notamment de justificatifs d'opérations bancaires ou de preuves de virements au profit de son enfant, laquelle, ainsi que le ministre le fait valoir, est prise en charge, depuis son arrivée en France le 28 décembre 2022, par sa tante maternelle, qui perçoit au demeurant à cet effet les prestations familiales de la Caisse d'allocations familiales de la Savoie. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme contribuant de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation en rejetant le recours dirigé contre la décision consulaire pour ce motif.

7. En second lieu, au regard de ce qui précède, et alors que sa fille n'est pas empêchée de lui rendre visite en Tunisie et qu'il est loisible à la requérante, si elle s'y croit fondée, de solliciter un visa d'entrée et de court séjour en France à l'effet de séjourner aux côtés de son enfant, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Revéreau, premier conseiller,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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