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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314772

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314772

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Desfrançois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assignée à résidence, dans le département de Loire-Atlantique, pour une durée de quarante-cinq jours maximum, lui a interdit de sortir de ce département et lui a fait obligation de se présenter les lundis et mardis sauf les jours fériés à 8h00 aux services de la police aux frontières situés au commissariat central de Nantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 5 octobre 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6 et L. 614-1 à L. 614-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 octobre 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, magistrate désignée,

- et les observations de Me Desfrançois, représentant Mme C, qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur les contraintes imposées à la requérante qui réside au domicile de son compagnon, et doit effectuer un trajet d'une heure trente à pied pour satisfaire à ses obligations de pointage, alors qu'elle souffre d'un kyste pelvien.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante guinéenne née le 23 janvier 1996, a fait l'objet, le 4 mai 2023, d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par arrêté du 25 septembre 2023, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire l'assignée à résidence dans le département de Loire-Atlantique pour la période du 3 octobre au 16 novembre 2023, lui a interdit de sortir de ce département et lui a fait obligation de se présenter les lundis et mardis sauf les jours fériés à 8h00 aux services de la police aux frontières situés au commissariat central de Nantes.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé, pour le préfet et par délégation, par M. E G, adjoint à la cheffe du pôle régional Dublin à la direction de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire n° 16 du 22 février 2023, donné délégation à M. E G, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers et de Mme H, cheffe du pôle, dont il n'est pas établi qu'ils n'étaient pas absents ou empêchés, à l'effet de signer les décisions d'application du règlement " Dublin III " prises à l'égard des ressortissants étrangers, notamment les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient Mme C, l'arrêté attaqué qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision portant transfert aux autorités espagnoles et reprend les éléments essentiels de sa situation personnelle, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait qui le fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi également être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C. En outre, l'intéressée n'établit pas quel élément susceptible d'influer sur le sens de la décision n'aurait pas été pris en compte par l'administration, alors que celle-ci a déclaré être domiciliée chez FTDA à Nantes et, en tout état de cause, se prévaut, à l'occasion de l'instance, d'une adresse située dans cette commune. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un Etat requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet Etat dans les plus brefs délais ou si un autre Etat peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () " En vertu de l'article L. 751-3 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 751-2 peut être placé en rétention en application de l'article L. 751-9 s'il présente un risque non négligeable de fuite tel que défini à l'article L. 751-10. "

6. Il est constant que Mme C fait l'objet d'une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il n'est pas sérieusement contesté que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qui indique que cette mesure est nécessaire pour organiser le transfert de la requérante, que le préfet de Maine-et-Loire a assigné l'intéressée à résidence en vue de mettre à exécution la mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 mai 2023. En outre, le délai de six mois dont dispose le préfet pour mettre à exécution cette mesure de remise n'est pas échu. La requérante ne justifie par ailleurs d'aucune autre circonstance propre à estimer qu'au 25 septembre 2023, l'exécution de cette décision de transfert ne demeure pas une perspective raisonnable. Par suite, et pour maladroite que soit la mention relative au " risque sérieux que Mme C n'exécute pas d'elle-même la décision de transfert ", le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

7. En dernier lieu, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence

8. Mme C qui ne conteste pas qu'elle ne peut quitter immédiatement le territoire français, ni n'apporte d'élément laissant supposer que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable, n'établit pas que l'assignation litigieuse, qui constitue une mesure alternative à la rétention administrative applicable aux étrangers présentant des garanties de représentation, ne serait nécessaire afin d'organiser son transfert vers l'Espagne. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation qui est faite à Mme C de se présenter tous les lundis et mardis sauf les jours fériés à 8h00 au commissariat central de police à Nantes procède d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée, laquelle est domiciliée dans cette commune. A cet égard, si l'intéressée se prévaut du temps de trajet à pied qu'implique cette obligation de présentation et du fait que le kyste pelvien qu'elle présente complique la marche, elle n'établit, toutefois, pas ne pas pouvoir se rendre au commissariat central de Nantes par d'autres moyens de transport, alors, de plus, qu'elle n'est pas isolée dans cette commune et se prévaut de sa vie commune avec M. F, en situation régulière sur le territoire. En tout état de cause, dès lors que cette mesure de pointage est limitée à deux jours par semaine, le temps strictement nécessaire à la mise à exécution de la mesure de transfert, et alors que la réalité des difficultés de marche de Mme C ne sont pas établies par les pièces produites, l'intéressée ne peut être regardée comme démontrant l'existence de contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation de présentation, ou de nature à démontrer son caractère excessif et son incompatibilité avec sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de Maine-et-Loire doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Desfrançois.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

La magistrate désignée,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°231447

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