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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314861

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314861

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. LESIGNE
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023 sous le n° 2314860, Mme D C, représentée par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les deux mois de cette notification, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- L'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- L'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3, paragraphe 1, de la convention relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; nonobstant le rejet de leur demande d'asile, les époux considèrent qu'ils ne peuvent retourner en Géorgie avec leurs enfants compte tenu des persécutions qu'y a subi le mari.

- La famille est exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 8 février 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023 sous le n° 2314861, M. A B, représenté par Me Moutel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les deux mois de cette notification, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- L'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- L'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- La famille est exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie ;

- La décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lesigne, magistrat honoraire, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lesigne, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu de joindre les requêtes visées ci-dessus pour statuer par une seule décision.

2. Monsieur A B, ressortissant géorgien né le 5 novembre 1990 à Marneuli (GEORGIE), est entré irrégulièrement en France le 12 septembre 2021 avec son épouse Madame D C, ressortissante géorgienne également. Le 27 septembre 2021, ils ont sollicité la reconnaissance du statut de réfugié auprès de la préfecture de la Loire Atlantique mais leur demande d'asile a été rejetée le 14 décembre 2022 par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé le rejet de cette demande par ordonnance du 13 juin 2023 notifiée le 19 juillet 2023. Par les arrêtés attaqués du 15 septembre 2023, le préfet de la Sarthe leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Par un arrêté du 20 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Sarthe du même jour, le préfet de la Sarthe a donné délégation au signataire des arrêtés attaqués, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Sarthe, à l'effet de signer des arrêtés d'une telle nature. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. Les requérants, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, se trouvent dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.

5. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des risques auxquels ils allèguent être exposés en cas de retour en Géorgie à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui sont distinctes de celles fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office à l'issue des délais de départ volontaire. Le moyen tiré de ces risques doit être regardé comme dirigé seulement contre les décisions fixant le pays de renvoi.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Le séjour des requérants en France, remontant à septembre 2021, est très récent. Ils ne justifient pas de liens personnels, de nature privée ou familiale, sur le territoire français, antérieurs à leur entrée sur ce territoire, et la durée de leur séjour jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, le 13 juin 2023, ne s'explique que par l'examen de leurs demandes d'asile. L'épouse du requérant fait également l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Les membres de la famille (les deux parents et deux enfants) sont tous de nationalité géorgienne et la cellule familiale peut se reconstituer en Géorgie. Si les requérants font valoir que leurs deux enfants mineurs sont scolarisés en France, cette circonstance est très récente et en tout état de cause, il ne ressort pas des éléments du dossier que ces derniers ne pourraient être scolarisés en Géorgie. Dès lors, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et compte tenu de la durée et des conditions du séjour de la famille sur le territoire français, comme des effets des mesures d'éloignement attaquées, le préfet de la Sarthe, en prenant lesdites décisions, n'a pas porté au droit au respect de leurs vies privées et familiales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions.

8. Il ne ressort pas des dossiers que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions portant obligation de quitter le territoire français sur les situations personnelles des requérants.

9. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Les arrêtés attaqués n'ont pas pour effet de séparer les deux enfants mineurs du requérant de leurs parents, qui font l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français et qu'ils peuvent accompagner. Elles ne les privent ainsi pas de la présence des personnes titulaires à leur égard de l'autorité parentale et en assurant à titre habituel la garde, l'entretien et l'éducation. Il ne ressort pas des dossiers soumis au juge que les enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Géorgie, pays dont ils sont les ressortissants et où il n'est pas allégué qu'ils n'auraient pas déjà été scolarisés avant leur venue en France. Les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français visant leurs parents ne les exposent pas à un risque particulier pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité. Il en résulte qu'ils ne méconnaissent pas leur intérêt supérieur. Le moyen doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Le requérant se borne à alléguer qu'ils ne peuvent retourner en Géorgie où ils sont menacés et seraient exposés à des traitements inhumains et dégradants sans l'établir par des éléments nouveaux par rapport aux éléments fournis à la CNDA qui a du reste rejeté les recours à l'encontre des rejets de leurs demandes d'asile. Il en résulte qu'en fixant la Géorgie comme pays de renvoi, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. A B, au préfet de la Sarthe et à Me Moutel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. LESIGNELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

Nos 2314860, 2314861

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