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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2314863

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2314863

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2314863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCHELLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 octobre 2023 et 5 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Chelly Hatem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 26 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 26 juin 2023 de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision consulaire n'avait pas compétence pour la signer ;

- la décision attaquée n'est pas motivée dès lors que la commission de recours n'a pas répondu à la demande de communication des motifs ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les informations communiquées à l'appui de sa demande de visa pour justifier l'objet et les conditions de son séjour en France étaient complètes et fiables ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du risque de détournement de l'objet du visa sollicité, dès lors qu'il justifie d'une expérience professionnelle en adéquation avec l'emploi postulé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 27 octobre 1981, a sollicité un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie), laquelle, par une décision du 26 juin 2023, a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 26 septembre 2023, dont M. B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, les conclusions de la requête étant dirigées contre la décision de la commission de recours qui s'est, en vertu de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, substituée à la décision consulaire, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision consulaire, qui en constitue un vice propre, doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

4. Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions. Les dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. Si la décision consulaire est motivée, l'insuffisance de motivation de la décision implicite de rejet prise sur le recours préalable peut être utilement soulevée devant le juge, sans qu'une demande de communication de motifs ait été faite préalablement.

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. B le visa qu'il a sollicité, l'autorité consulaire française à Tunis lui a opposé le risque de détournement de l'objet du visa sollicité, le caractère incomplet ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet, qui s'apprécie nécessairement au regard de l'objet de la demande dont a été saisi cette autorité consulaire, ainsi qu'au regard des justificatifs produits à cette fin, et les conditions du séjour envisagé et le risque de menace pour l'ordre public, la sécurité publique, la santé publique qu'il représente. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de fait qui lui ont servi de fondement, satisfait aux exigences de motivation qui s'imposent à elle. Par suite, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, réputée s'être appropriée ces motifs, doit elle-même être regardée comme suffisamment motivée en fait. En conséquence, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général.

7. Constitue notamment un tel motif le risque avéré de détournement de l'objet du visa sollicité, lorsque l'administration établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. S'agissant d'un visa sollicité en qualité de salarié, ce risque peut notamment résulter de l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité.

8. Il ressort des pièces du dossier que la société Telecom Ingenierie a obtenu le 5 novembre 2022, une autorisation de travail du ministre de l'intérieur et des outre-mer afin de recruter M. B en qualité de technicien expert en installation intégration en télécommunications et réseaux d'entreprise. S'il ressort de ces mêmes pièces que M. B a suivi, entre le 1er septembre 2001 et le 15 juillet 2003, une formation à l'issue de laquelle lui a été délivré un brevet de " technicien de maintenance des appareils micro-informatiques ", il ne justifie pas de l'exercice effectif de cette activité depuis cette date par les documents qu'il produit, desquels il ressort qu'il est, depuis 2004, employé dans une entreprise en tant que " superviseur ", sans que soient précisés les contours de ce poste. Ainsi, faute d'adéquation de la qualification et de l'expérience professionnelle du requérant avec l'emploi proposé, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer qu'il existait un risque de détournement de l'objet du visa. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel C

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Cécile Guillas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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