mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2314942 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2023, Mme D B, représentée par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine et Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et l'a astreinte à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d'Angers afin d'indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant des décisions fixant le pays de destination et fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français les prive de base légale ;
S'agissant de la décision l'astreignant à se présenter au commissariat pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- l'obligation de présentation trois fois par semaine n'est ni adaptée, ni nécessaire ni proportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, première vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 19 novembre 1987, déclare être entrée irrégulièrement en France le 8 janvier 2022. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 8 novembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2023. Par un arrêté du 18 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreinte à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d'Angers afin d'indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
3. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci vise, notamment, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le code des relations entre le public et l'administration et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il fait application. Elle précise en outre que la demande d'asile sollicitée par Mme B a été rejetée par une décision du 31 août 2023 de la Cour nationale du droit d'asile et que son concubin et ses enfants ne résident pas en France, à l'exception du jeune C A né le 13 mai 2022, dont la demande d'asile a également été rejetée. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour comporte les motivations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
5. Mme B soutient qu'elle souffre d'un syndrome dépressif et de stress post-traumatique aigu et qu'elle bénéficie d'un suivie psychologique de ce fait. Toutefois, les éléments produits, une attestation d'une psychologue clinicienne constatant qu'elle souffre d'un syndrome de stress post-traumatique et l'adressant à un médecin " afin de permettre un apaisement ", et des ordonnances médicamenteuses de paracétamol, sirop pour la toux et spray de décongestion nasal pour son fils, apparaissent insuffisants pour établir qu'un défaut de prise en charge médicale entrainerait, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la disponibilité du traitement dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Mme B soutient qu'elle a fixé le centre de ses attaches privées et familiales en France dès lors qu'elle réside sur le territoire français depuis près de deux ans, accompagnée de son fils, qu'elle justifie d'une parfaite insertion en France dès lors qu'elle est inconnue des services de police et maitrise la langue française, et qu'elle n'a plus aucun lien dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'établit pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, alors qu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, et que son concubin de nationalité ivoirienne et ses quatre enfants âgés de 5 à 13 ans, vivent hors de France. Si elle se prévaut en outre de la présence en France de son fils, né le 13 mai 2022 à Angers, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstruise dans son pays d'origine, alors qu'elle n'est présente sur le territoire français que depuis moins de deux ans. En outre, les seules circonstances qu'elle maitrise la langue française, n'est pas connue des services de police et respecte les valeurs de la République sont insuffisantes pour justifier la réalité et la stabilité des liens personnels et familiaux créés en France. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
8. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été démontré précédemment, le moyen tiré par la voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, invoquée à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité de la décision astreignant la requérante à se présenter auprès des services de la police pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :
9. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui a été démontré précédemment, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de cette décision, invoquée à l'encontre de la décision l'astreignant à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d'Angers, ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".
11. D'une part, la décision attaquée n'indique pas que l'obligation de se présenter doive se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. Ainsi, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. D'autre part, Mme B n'apporte aucun élément à l'appui de son moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait l'obligation de présentation qui lui a été notifiée, la circonstance que le préfet de Maine-et-Loire lui a fixé une fréquence de présentation de trois fois par semaine, soit la fréquence maximum prévue par l'article R. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'étant pas de nature à elle seule à entacher cette décision d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que la demande présentée sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
La magistrate désignée,
F. SPECHT-CHAZOTTES La greffière
J. DIONIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026