lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2315059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 octobre 2023 et 19 janvier 2024, Mme H B, en son nom et pour le compte de son fils mineur, A E B, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à A E B un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut, de leur verser cette somme au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite de la commission de recours n'est pas motivée ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'erreurs de droit, dès lors qu'il ne relève pas de la compétence de la commission de recours contre les décisions de refus de visa, sauf motif d'ordre public, de statuer sur l'existence d'une délégation de l'autorité parentale et qu'une telle délégation n'est pas nécessaire dans le cadre d'une demande de visa au titre du regroupement familial, préalablement autorisé par l'autorité préfectorale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle dispose d'une autorisation parentale, établie par le père de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les documents d'état civil présentés à l'appui de la demande de visa sont authentiques ; la filiation est également établie par la possession d'état ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit et à celui de son fils de mener une vie privée et familiale normale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Une note en délibéré, produite par la requérante, a été enregistrée le 14 novembre 2024 et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Petri, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rombout, substituant Me Bourgeois, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H B, ressortissante congolaise née le 22 août 1989, a obtenu, par décision du 15 novembre 2022 du préfet de l'Yonne, une autorisation de regroupement familial au profit de A E B, de même nationalité, qu'elle présente comme son fils, pour lequel un visa de long séjour a été sollicité auprès de l'autorité consulaire à Dakar (Sénégal). Cette autorité a rejeté sa demande. Par une décision du 21 novembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.
2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation, soulevé à l'encontre de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, la décision attaquée répond aux exigences de motivation qui s'imposent à elle.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du jeune A E B n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.
4. En troisième lieu, pour rejeter le recours préalable formé contre le refus de visa opposé à A E B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a considéré que le jugement de délégation de l'autorité parentale le concernant n'a pas été rendu à la demande de son père et ne fait aucunement état que ce dernier aurait délégué à un tiers le pouvoir d'agir, devant la juridiction saisie, en son nom.
5. Dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public.
6. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : () / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". L'article L. 434-4 dudit code prévoit que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".
7. Si les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes, leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de ne pas fonder sa décision sur des éléments issus d'un jugement étranger qui révélerait l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international. Si la conception française de l'ordre public international implique que le consentement à la délégation de l'autorité parentale à l'égard d'un enfant soit donné dans le respect du principe d'égalité des parents dans l'exercice de l'autorité parentale, la circonstance qu'une décision prise par un tribunal étranger réserve à l'un des parents le soin de prendre seul certaines décisions relatives aux enfants ne peut permettre d'écarter cette décision que pour autant qu'elle heurte de manière concrète les principes essentiels du droit français.
8. D'une part, alors qu'une délégation d'autorité parentale exclusive au profit du parent qui réside en France est requise dans le cadre d'une demande de visa au titre du regroupement familial, l'absence de jugement autorisant cette délégation est un motif d'ordre public sur lequel l'administration peut légalement se fonder pour refuser cette demande. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui était compétente pour examiner le jugement de délégation parentale produit à l'appui de la demande de visa litigieuse, n'a commis aucune erreur de droit.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la tante de l'enfant A E B a sollicité, auprès du tribunal pour enfants de G/D, la délégation de l'autorité parentale exclusive sur lui en faveur de Mme B, sa sœur et mère biologique du jeune A, laquelle a été accordée par un jugement du 29 décembre 2020. La circonstance que la requête a été introduite par la tante, et non par un des deux parents, est sans incidence dès lors que l'administration ne cite aucune règle de droit local qui aurait été méconnue, et que ledit jugement précise dans ses motifs que les règles de procédure ont été respectées. Toutefois, si la requête déposée par la sœur de Mme B auprès du tribunal pour enfants de G/D précise qu'elle l'a été avec le concours de M. E F, père du jeune A E B, qui ne s'opposerait pas ce que l'exercice exclusif de l'autorité parentale soit confié à sa mère, il ressort des motifs mêmes du jugement qu'il ne s'agit que d'allégations de la tante du jeune A et que seul le passeport de M. E F a été présenté au tribunal. Ce jugement ne faisant, ainsi, aucunement apparaître l'accord du père de l'enfant méconnait, en conséquence, de manière concrète, le principe d'égalité des parents dans l'exercice de l'autorité parentale en ce qu'il permet à un membre de la famille de l'enfant de décider seul de déléguer l'autorité parentale sans l'accord explicite de l'autre parent. L'autorisation parentale du 13 mai 2021, établie par le père de l'enfant, indiquant qu'il autorise celui-ci à voyager pour rejoindre sa mère en France, est à cet égard sans incidence, dès lors que ce document, certes légalisé par un notaire, ne présente aucune garantie quant à la libre acceptation par cette personne de la délégation d'autorité parentale accordée à l'égard de son fils. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que le père de A E B n'avait pas délégué son autorité parentale à Mme B, sa mère.
10. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'absence d'authenticité des documents d'état civil produits pour établir le lien de filiation entre le demandeur de visa et Mme B n'est pas, eu égard au motif sur lequel elle est fondée, de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.
11. En cinquième et dernier lieu, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son père réside également en République démocratique du Congo, le jeune A E B ne peut être regardé comme étant isolé dans son pays d'origine où vit également sa tante, qui l'a élevé pendant dix ans. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que Mme B serait empêchée de lui rendre visite. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Marina André, première conseillère,
M. Emmanuel Bernard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
La rapporteure,
Marina C
La présidente,
Claire Chauvet
La greffière,
Cécile Guillas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026