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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315119

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315119

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSEKLY-LIVRATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 octobre et 27 novembre 2023, Mme A D et M. C B, représentés par Me Sekly Livrati, demandent au tribunal :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision née le 30 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 20 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie), refusant de délivrer à M. B un visa d'établissement en qualité de conjoint de ressortissante française, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à leur conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision implicite de la commission est entachée d'un défaut de motivation faute pour la commission de recours d'avoir répondu à leur demande de communication des motifs dans le délai d'un mois prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus de visa est entaché d'une erreur de droit dès lors que leur intention matrimoniale est établie ;

- le motif tiré de la menace pour l'ordre public est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, a épousé le 15 mai 2022 en Algérie, Mme D, ressortissante française. M. B, a sollicité la délivrance d'un visa d'établissement en qualité de conjoint de ressortissante française auprès des autorités consulaires françaises à Oran (Algérie), lesquelles ont rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité par une décision née le 30 septembre 2023 dont les requérants demandent l'annulation au tribunal, la commission de recours ayant en définitive ultérieurement opposé un refus exprès par une décision du 5 octobre 2023.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. D'une part, par une décision du 2 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que la requérante soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

4. D'autre part, M. B n'ayant pas demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l'aide juridictionnelle à titre provisoire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'objet du litige :

5. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de la décision implicite née le 30 septembre 2023 par laquelle la commission de recours a implicitement refusé de délivrer le visa sollicité doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 5 octobre 2023 par laquelle la commission a confirmé ce refus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision expresse du 5 octobre 2023 s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation dont procéderait cette décision implicite ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires ou diplomatiques de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale.

9. Pour refuser de délivrer le visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que le demandeur de visa présente une menace pour l'ordre public en raison de son comportement sur le territoire français lors de précédents séjours, motif précisé en défense par le ministre qui fait valoir que le demandeur de visa aurait usurpé l'identité d'un ressortissant français en 2007.

10. Les requérants, qui ne contestent pas que M. B a usurpé l'identité d'un ressortissant français en 2007, ne sauraient utilement se prévaloir ni de l'absence de condamnation pénale de l'intéressé, ni du délai de prescription des infractions pénales. Le ministre de l'intérieur fait en outre valoir sans être contesté que cette infraction a été révélée en 2018, à l'occasion du renouvellement de la carte d'identité de la personne dont l'identité a été usurpée, conférant ainsi un caractère continu aux faits en cause, sur une période de plus de dix années. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits reprochés, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public, la circonstance que l'intention matrimoniale serait établie étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif qui la fonde.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Compte tenu de la menace pour l'ordre public qui résulterait de la présence de M. B en France et alors qu'il n'est pas établi que son épouse serait dans l'impossibilité de lui rendre visite en Algérie, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale tel qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, les enfants de Mme D étant majeurs à la date de la décision attaquée, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme D à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D et M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. C B, au ministre de l'intérieur et à Me Sekly Livrati.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

J. GLIZE

La présidente,

M. LE BARBIERLa greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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