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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315154

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315154

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCABANE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, sous le numéro 2315154, Mme A H J, représentée par Me Cabane, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à G de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des documents produits qui établissent sa filiation avec M. H D, le réunifiant ;

- il a été justifié d'un jugement de délégation de l'autorité parentale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de la circonstance que la demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification familiale partielle sans que l'intérêt de l'enfant Claverine, cinquième enfant du réunifiant qui n'a pas demandé de visa, n'en justifie.

II. Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, sous le numéro 2315155, M. E I H D, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure, K H L, représenté par Me Cabane, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo) refusant à K H L la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à G de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des documents produits qui établissent sa filiation avec l'enfant K H L;

- il a été justifié d'un jugement de délégation de l'autorité parentale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de la circonstance que la demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification familiale partielle sans que l'intérêt de l'enfant Claverine, cinquième enfant du réunifiant qui n'a pas demandé de visa, n'en justifie.

III. Par une requête enregistrée le 6 octobre 2023, sous le numéro 2315156, M. E I H D, agissant en qualité de représentant légal de son fils mineur, F H D représenté par Me Cabane, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo) lui refusant la délivrance à l'enfant F H D d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à G de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des documents produits qui établissent sa filiation avec l'enfant F H D ;

- il a été justifié d'un jugement de délégation de l'autorité parentale ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de la circonstance que la demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification familiale partielle sans que l'intérêt de l'enfant Claverine, cinquième enfant du réunifiant qui n'a pas demandé de visa, n'en justifie.

IV- Par une requête enregistrée, sous le n° 2315568, le 17 octobre 2023, M. C H D, représenté par Me Cabane, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 18 mai 2023 de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à G de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est en situation de dépendance à l'égard de M. H D, le réunifiant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de la circonstance que la demande de visa a été déposée dans le cadre d'une demande de réunification familiale partielle sans que l'intérêt de l'enfant Claverine, cinquième enfant du réunifiant qui n'a pas demandé de visa, n'en justifie.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- les observations de Mme Massiou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E I H D, ressortissant congolais (République démocratique du Congo), s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du 24 février 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. Mme A H J, K H L,

F H D et M. C H D, qu'il présente comme ses enfants, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo), en qualité de membres de la famille d'un réfugié. Par des décisions du 18 mai 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 19 août 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n° 2315154, n° 2315155, n° 2315156 et

n° 2315568 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

4. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce, en ce qui concerne Mme A H J, K H L et F H D, de ce que les documents produits lors du dépôt des demandes de visas ne permettent pas de justifier que le lien de filiation n'est établi qu'à l'égard du réunifiant ou que l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ou confié au réunifiant au titre de l'autorité parentale en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère, et en ce qui concerne M. C H D, de ce que le demandeur de visa, âgé de plus de 19 ans à la date de dépôt de sa demande de visa, ne justifie pas d'un état de dépendance à l'égard de son père réfugié en France.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). ". Enfin, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".

6. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

En ce qui concerne Mme A H J, K H L et

F H D :

7. Mme A H J, K H L et F H D font valoir qu'ils ont produit à l'appui de leurs demandes de visas une décision judicaire transférant à M. E I H D, leur père réfugié en France, l'exercice exclusif de l'autorité parentale et le droit de garde sur eux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des termes mêmes du jugement du tribunal pour enfants de G / B rendu le 14 février 2022 dont se prévalent les requérants, que l'autorité judiciaire a seulement constaté que " les enfants étaient sous l'autorité parentale de fait de leur mère " et confirmé que " M. E I H D disposait de la garde et des charges de l'exercice de l'autorité parentale sur eux en qualité de père biologique ". Ainsi, ce jugement ne peut être regardé comme confiant à M. H D l'exercice exclusif de l'autorité parentale, au sens des dispositions des articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'égard de ses enfants. Par suite, en opposant le motif énoncé au point 4 du présent jugement, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne M. C H D :

8. Aux termes des dispositions de l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".

9. Il résulte de ces dispositions précitées des articles L. 561-2 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.

10. Il est constant que la demande de visa de M. H D a été déposée le

12 mai 2023. Ainsi, à cette date, M. H D, né le 23 février 2003, était âgé de plus de 19 ans. Si le requérant allègue qu'il se trouve dans une situation de dépendance à l'égard de son père pour suivre des études, en se bornant à produire une seule attestation de réussite à l'examen d'Etat en section scientifique, il n'établit pas la réalité de cette situation de dépendance à l'égard du réunifiant, notamment pour pouvoir poursuivre ses études dans son pays d'origine ou dans un autre pays. Par suite, en rejetant le recours dirigé contre la décision consulaire pour ce motif, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

11. En dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motif sollicitée par le ministre, que les requêtes de Mme A H J, K H L, F H D et M. C H D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2315154, n° 2315155, n° 2315156 et n° 2315568 de Mme A H J, M. E I H D et M. C H D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H J, M. E I H D, M. C H D et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2315155, 2315156 et 2315568

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