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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315166

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315166

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023, M. I L, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler d'une part l'arrêté du 9 octobre 2023 notifié le 10 octobre 2023, rendu à l'issue d'une injonction de réexamen, par lequel le préfet de Maine-et-Loire a de nouveau décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et d'autre part l'arrêté notifié le même jour par la même autorité l'assignant à résidence dans le département de la Loire-Atlantique pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les meilleurs délais ;

3°) de mettre à la charge de C, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 700 euros hors taxes au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de remise aux autorités allemandes :

- elle méconnait l'autorité de la chose jugée ;

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée était compétent pour la signer ;

- elle n'est pas suffisamment motivée, et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'est pas établi qu'il se soit vu délivrer par écrit les informations prévues à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de manière satisfaisante et en temps utile ;

- il n'est pas établi que l'entretien prévu à l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 a eu lieu dans des conditions conformes à ces dispositions ; dès lors qu'il n'est pas démontré que la personne ayant mené cet entretien ait été qualifiée pour le faire, ni qu'elle l'ait interrogé de manière approfondie sur son parcours et sa situation personnelle ;

- il avait demandé une première fois l'asile en France en septembre 2022, sa demande d'asile formée en Allemagne le 14 mai 2023 ne peut donc lui être opposée, et la décision est donc entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et actualisé de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité ;

- elle est entaché d'un défaut d'examen des risques de violation de l'article 3 paragraphe 2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

S'agissant de la décision d'assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, en droit comme en fait ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de transfert ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa nécessité et à sa proportionnalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. L n'est fondé.

Par une décision du 12 octobre 2023 le bureau de l'aide juridictionnelle près le Tribunal de grande instance de Nantes (section administrative) a admis M. L au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gave, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2023 à 11heures :

- le rapport de M. Gave, magistrat désigné ;

- les observations de Me Neraudau, avocat de M. L, en présence de M. L, assisté de M. F, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement du tribunal de céans rendu sous le 16 décembre 2022 sous le n° 2215863 que, M. I L, ressortissant kazakh né le 16 janvier 1981, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France le 7 septembre 2022, et s'est présenté à la préfecture de la Loire-Atlantique le 19 septembre 2022 afin d'y solliciter le statut de réfugié. Les recherches conduites par la préfecture sur le fichier VISABIO ont toutefois fait apparaître que l'intéressé était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois, délivré par les autorités allemandes. Les autorités allemandes, saisies le 23 septembre 2022 d'une demande de prise en charge de l'intéressé afin qu'il sollicite sur leur sol l'asile, ont donné leur accord le 2 novembre 2022. Le préfet de Maine-et-Loire a donc pris à l'encontre de M. L, le 15 novembre 2022, un arrêté portant son transfert aux autorités allemandes, dont la légalité a été confirmé par le jugement précité, devenu définitif. L'intéressé a été finalement transféré en Allemagne le 2 mai 2023, et il est constant qu'il y a déposé une demande d'asile le 14 mai, enregistrée sous le n° DE 1 230515ZIR00304, laquelle aura été rejetée. M. L est alors revenu en France le 14 juillet 2023 et y a présenté une nouvelle demande d'asile le 24 juillet 2023, auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier J a révélé que les empreintes digitales de M. L avaient été relevées le 14 mai 2023 à l'occasion des éléments précités. Les autorités allemandes, saisies le 25 juillet 2023, ont accepté le 28 juillet 2023 de reprendre en charge M. L. Il est par ailleurs constant que le requérant ne pouvait pas justifier avoir quitté les territoires des États membres pour une durée supérieure à trois mois. Par un arrêté du 3 août 2023, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de transférer M. L aux autorités allemandes. Cet arrêté a été annulé par le tribunal de céans par un jugement rendu le 14 octobre 2023 sous le n° 2313444, au motif que M. L aurait déposé sa première demande de protection internationale en France, le 19 septembre 2022. Ce jugement, devenu définitif, enjoignait au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la situation de M. L. A l'issue de ce réexamen, le préfet de Maine-et-Loire, a, par l'arrêté du 9 octobre 2023, de nouveau décidé le transfert de M. L aux autorités allemandes ; c'est le premier des arrêtés attaqués.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté de transfert en Allemagne :

2. En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de C membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, lorsqu'une telle demande est présentée, un seul C, parmi ceux auxquels s'applique ce règlement, est responsable de son examen. Cet C, dit C membre responsable, est déterminé en faisant application des critères énoncés aux articles 7 à 15 du chapitre A du règlement ou, lorsqu'aucun C membre ne peut être désigné sur la base de ces critères, du premier alinéa du paragraphe 2 de son article 3 du chapitre II. Si C membre responsable est différent de C membre dans lequel se trouve le demandeur, ce dernier peut être transféré vers cet C, qui a vocation à le prendre en charge. Lorsqu'une personne a antérieurement présenté une demande d'asile sur le territoire d'un autre C membre, elle peut être transférée vers cet C, à qui il incombe de la reprendre en charge, sur le fondement des b), c) et d) du paragraphe 1 de l'article 18 du chapitre V et du paragraphe 5 de l'article 20 du chapitre VI de ce même règlement.

3. En premier lieu, M. L soutient que le présent arrêté méconnait l'autorité de la chose jugée, au motif que le préfet a, à l'issue de son réexamen, prescrit une mesure d'un sens identique à celle qui avait été invalidée. L'arrêté pris sur une demande de réexamen est toutefois distinct, et, d'une part, le préfet de Maine-et-Loire a pris soin, dans son arrêté du 9 octobre 2023, de rappeler des développements antérieurs, et d'y apporter des précisions dans ses écritures en défense, permettant de mieux saisir la chronologie, dans son ensemble, des démarches intentées par le requérant et des traitements qui y avaient été apportés, d'autre part, a admis une rédaction maladroite de l'arrêté antérieur. Le moyen ne peut donc qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 24 octobre 2023 a été signé par Mme E M, cheffe du pôle régional G à la préfecture de Maine-et-Loire, qui bénéficie d'une délégation du préfet de ce département du 26 septembre 2023, régulièrement publiée, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, les décisions d'application du règlement G A. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. H n'était pas absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième, lieu l'arrêté vise les textes applicables à l'intéressé, reprend les éléments principaux du traitement de ses demandes, et contient des éléments de fait personnels, tenant notamment à ses dernières déclarations sur sa situation familiale et à son état de santé. L'arrêté attaqué énonce ainsi avec suffisamment de précisions les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces mentions ne permettent pas, par ailleurs, de faire regarder l'arrêté attaqué comme entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. L. Les moyens y afférents ne peuvent dès lors qu'être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères () / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant () ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. () ". (). Aux termes de l'article 20 du règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes () ". Aux termes de l'article 16 bis du règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le Règlement (UE) n°118/2014 de la Commission du 30 janvier 2004 : " 1. Une brochure commune informant tous les demandeurs de protection internationale des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'application du règlement (UE) n° 603/2013 figure à l'annexe X ".

7. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations, l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 citées au point précédent constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. L s'est vu remettre, à l'occasion de son entretien individuel en préfecture, donc en temps utile, les brochures en langue russe, qu'il a déclaré comprendre, contenant l'ensemble des informations prescrites par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile tel qu'énoncé à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1 () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. () "

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire bien documenté du compte-rendu, que l'intéressé a bénéficié d'un entretien individuel, avec l'aide d'un interprète en langue russe. L'entretien dont le requérant a bénéficié le 24 juillet 2023 a été conduit par un " agent habilité " de la préfecture de la Loire-Atlantique, et il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci, dont seules les initiales du nom ont été consignées, n'aurait pas été une personne qualifiée au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement précité, et de ce qu'il n'aurait pas été interrogé de manière approfondie sur son parcours et sa situation personnelle doivent être écartés.

11. En sixième lieu, M. M. L soutient qu'il avait demandé une première fois l'asile en France, en septembre 2022, et que sa demande d'asile formée en Allemagne le 14 mai 2023 ne peut donc lui être opposée comme étant initiale ; que la décision du préfet est, dès lors, entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et de la chronologie exposée au point 1, que lorsque l'intéressé s'est pour la première fois présenté aux autorités françaises, il lui a été opposé la circonstance, qu'il relevait des dispositions de l'article 12 point 4 du règlement G, et que les autorités allemandes, à l'issue de son transfert ont alors enregistrée sa demande sous le n° DE 1 230515ZIR00304. Or, il résulte de la combinaison de l'annexe II au règlement (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, et de l'article 24 du règlement n° 603/2013 dit " J " que le chiffre " 1 " désigne les demandeurs de protection internationale. Par ailleurs, les autorités allemandes ont, par la suite, accepté la reprise en charge de l'intéressé sur le fondement du d du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement dit G A, ce qui implique de " reprendre en charge le ressortissant () dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre C membre ". Enfin, en faisant valoir la chronologie et la nature de ces différentes décisions, pour estimer que le requérant n'avait pas formé une première demande de protection internationale opposable en France, le préfet n'a pas fait application d'un critère erroné de responsabilité ou d'une méconnaissance de l'article 7 du règlement de G A, ni n'a entaché sa décision d'un défaut de base légale. Dès lors, les moyens tirés d'une erreur de fait ou d'une erreur de droit doivent être écartés.

12. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré d'un défaut d'examen complet et actualisé de la situation personnelle et de la vulnérabilité de M. L manque en fait.

13. En huitième lieu, si une demande d'asile est examinée par un seul C membre et qu'en principe cet C est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre A, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un C membre. Cette faculté laissée à chaque C membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

14. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un C autre que la France, que cet C a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet C membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

15. Il ressort des pièces du dossier que M. L, dont la mère de sa fille ainsi que celle-ci, résident en Allemagne, qui ne fait état d'aucun élément justifiant son maintien dérogatoire en France, et dont la demande de protection internationale a été instruite puis rejetée par l'Allemagne, n'est, au regard des garanties offertes par ce pays, notamment au titre de l'éventuelle mise en œuvre d'un renvoi de l'intéressé dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet serait entachée d'un défaut d'examen des risques de violation de l'article 3 paragraphe 2 du règlement de G A, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 dudit règlement.

16. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. L doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

17. Aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". Et aux termes de l'article L. 751-2 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de C responsable de l'examen de sa demande d'asile. / Lorsqu'un C requis a refusé de prendre en charge ou de reprendre en charge l'étranger, il est immédiatement mis fin à l'assignation à résidence édictée en application du présent article, sauf si une demande de réexamen est adressée à cet C dans les plus brefs délais ou si un autre C peut être requis. / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article ou placé en rétention administrative, n'a pas déféré à la décision de transfert dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire peut être à nouveau assigné à résidence en application du présent article. ". Les décisions d'assignation à résidence sont, en vertu de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motivées.

18. L'article R. 733-1 du même code dispose en outre que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

19. En premier lieu, par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. Nicolas Brochard, secrétaire administratif de classe exceptionnelle, adjoint à la cheffe de pôle, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de M. D H, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, et de Mme E M, attachée, cheffe du pôle régional G, " les décisions d'application du règlement G A (arrêtés de transfert, assignations à résidence) ". Dès lors qu'il n'est ni soutenu ni même allégué que M. H et Mme M n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de M. K, signataire de l'arrêté attaqué, manque en fait.

20. En deuxième lieu, l'assignation à résidence litigieuse comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle n'est, par suite, pas entachée du défaut de motivation allégué par M. L.

21. En troisième quatrième lieu, M. L n'ayant pas démontré l'illégalité de l'arrêté de transfert, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'assignation à résidence.

22. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la motivation de l'arrêté contesté portant assignation à résidence et fixant, dans le but d'assurer l'exécution de la mesure de transfert les modalités de présentation du requérant, deux fois par semaine, à savoir les lundis et mardis, à l'exception des jours fériés, au commissariat central de Nantes, que son édiction n'aurait pas été précédée de l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé le préfet justifiant par les pièces produites au soutien de son mémoire en défense d'un échange de données concernant la santé conformément à l'article 32 paragraphe 1 du règlement UE n° 604/2013 avec les autorités espagnoles.

23. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation qui est faite à M. L de se présenter tous les lundis et mardis sauf les jours fériés à 8h00 au commissariat central de police de Nantes procède d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

24. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. L doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction de la requête, de même que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. L est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. L, à Me Neraudau et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 décembre 2023

Le magistrat désigné,

P. GAVELa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2315166

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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