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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315326

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315326

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, M. B E et Mme A F D, épouse E, agissant en leurs noms propres et en leur qualité de représentants légaux de Marie Yolande Guiadem, représentés par Me Roques, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 18 août 2022 de l'autorité consulaire française au Cameroun refusant de délivrer à Marie Yolande Guiadem un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'article 47 du code civil, dès lors que l'identité de la demandeuse de visa et son lien de filiation avec le regroupant sont établis par les documents d'état civil produits ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de la demandeuse de visa et méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant camerounais né le 21 avril 1982, a obtenu par décision du 5 janvier 2022 du préfet des Yvelines, une autorisation de regroupement familial au profit de Marie Yolande Guiadem, de même nationalité, qu'il présente comme sa fille. A ce titre, a été sollicité, pour cette dernière, un visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire au Cameroun, laquelle, par une décision du 18 août 2022, a rejeté cette demande. Par une décision du 10 août 2023, dont M. E et Mme D demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " Le président de la commission [de recours] est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2019 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

3. Faute pour le ministre de l'intérieur de justifier de la réunion de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 10 août 2023 et du respect des règles de composition de cette commission telles qu'énoncées par les dispositions de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 citées au point précédent, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, qui les a privés d'une garantie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement mais nécessairement que la demande de visa présentée pour Marie Yolande Guiadem fasse l'objet d'un nouvel examen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à M. E et à Mme D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 10 août 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. E la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Mme D, et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel C

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Cécile Guillas

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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