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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315367

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315367

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLEKEUFACK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2023, M. A C, représentés par Me Lekeufack, demande au tribunal :

1°) d'annuler le rejet de sa demande de visa de long séjour en qualité d'étudiant opposé le 13 septembre 2023 par l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans un délai de quinze jours, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le motif tiré du détournement de l'objet du visa est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant camerounais né le 12 juin 1993, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiant auprès de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun), laquelle, par une décision du 13 septembre 2023, a rejeté sa demande. Par une décision implicite, puis, par une décision expresse du 11 janvier 2024, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. C demande l'annulation de la décision consulaire.

Sur l'objet du litige :

2. D'une part, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité consulaire. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision expresse du 11 janvier 2024 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour rejeter le recours préalable formé par M. C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque de détournement par l'intéressé de l'objet du visa qu'il sollicite, révélé par le fait que son projet d'études ne s'inscrit pas dans un projet professionnel abouti et réaliste.

5. L'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 dispose dans son point 2.1, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études " : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Dans son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", cette même instruction indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a validé en 2022 une licence de technologie, spécialité génie industriel et maintenance, à l'institut universitaire de technologie de Douala, et que, durant l'année universitaire 2022-2023, il a suivi, à l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales (ESSEC) de l'université de Douala, des enseignements dispensés au sein de la filière " études professionnelles approfondies, option Qualité- Hygiène - Sécurité - Environnement ". Le 23 juin 2023, M. C a obtenu un accord préalable d'inscription afin de suivre durant l'année académique 2023-2024 les enseignements du " Mastère 1 Management Qualité-Hygiène-Sécurité-Environnement (QHSE), titre de chargé de gestion management de niveau 6 " dispensés au sein d'un établissement d'enseignement privé dénommé " Executive Management School of Paris " (EMSP). Si pour justifier le choix de cette formation, M. C allègue qu'il souhaite se professionnaliser dans le domaine de l'informatique, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la synthèse consulaire produite en défense, qu'il a déclaré, lors sa demande de visa, vouloir exercer des fonctions de responsable qualité au sein d'une entreprise du secteur du bâtiment et des travaux publics. Par ailleurs, alors qu'il ressort de l'avis défavorable du service de coopération et d'action culturelle (SCAC) que lors de son entretien avec Campus France, il n'a pas apporté de réponses précises aux questions posées, n'a pas su préciser les connaissances qu'il aimerait acquérir à l'EMSP, et a expliqué le choix de cet établissement en termes généraux, tout en mettant en avant notamment les formations à distance qu'il propose. Enfin, alors que le ministre soutient sans être contredit que M. C pourrait suivre dans son pays d'origine un cursus équivalent à celui auquel il postule, il ressort de la motivation de l'intéressé, telle qu'elle apparaît dans la synthèse consulaire, qu'il n'explique son choix de la France qu'en des termes généraux, relatif à la culture du pays ou à son niveau technologique, sans établir de rapport avec son projet professionnel. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer le visa sollicité en lui opposant le motif évoqué au point 4.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

Le rapporteur,

Emmanuel B

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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