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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315454

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315454

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantMEDJBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. D C, représenté par Me Medjber, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité compétente ;

-elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il est susceptible de bénéficier d'une régularisation sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ou de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est disproportionnée au regard de son insertion en France et de ses attaches familiales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

-cette décision est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Le président du tribunal a délégué à Mme Gourmelon les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Gourmelon a été lu lors de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 15 octobre 2023 par lesquels le préfet de la Sarthe, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'issue de ce délai, et d'autre part, l'a assigné à résidence.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme B A, directrice de cabinet du préfet de la Sarthe. Par arrêté du 6 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de cette préfecture le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme A à l'effet de signer, lorsqu'elle est de permanence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de ces arrêtés manque en fait.

3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ;7° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui, ne vivant pas en état de polygamie, est marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger relevant du 2°, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessée depuis le mariage ; 8° L'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 % ; 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''.

5. Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. C relèverait d'un des cas énoncés par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant soutient, plus généralement, qu'il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il est susceptible de bénéficier d'une régularisation par le travail sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien, ou en raison de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ait déposé, depuis son entrée en France en mars 2022, ait déposé une demande de titre de séjour sur l'un ou l'autre de ces fondements. En outre, et en tout état de cause, il n'établit pas être titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative. Enfin, le requérant qui réside en France depuis moins de deux ans, et fait uniquement valoir la présence régulière en France de deux de ses frères majeurs, dont l'un vit au demeurant à Paris, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et sa soeur. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe, en considérant que M. C pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, n'a commis aucune erreur de droit.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Pour les motifs exposés au point 6., le requérant n'établit pas qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa vie personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En se bornant à faire état, en termes généraux, des liens qu'il a noués en France depuis son entrée sur le territoire il y a 18 mois, et de son insertion professionnelle, le requérant n'établit pas que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit serait disproportionnée.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué à l'article L.561-2 invoqué par le requérant : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

11. M. C, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec délai, dispose d'un passeport en cours de validité délivré par les autorités tunisiennes, et pouvait donc faire l'objet d'une assignation à résidence, dont il ne démontre pas le caractère disproportionné.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, ni de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Linda Medjber et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON Le greffier,

J-F. MERCERON

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2315454

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