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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315492

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315492

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023 sous le n° 2315492, et une pièce complémentaire enregistrée le18 octobre 2024, Mme D F A, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineure D H E, représentée par Me Le Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 12 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Port-Au-Prince (Haïti) refusant à l'enfant D H E la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'un défaut d'examen particulier de la situation de la demandeuse ;

- elle procède d'une appréciation erronée tant des pièces justifiant de l'identité de la demandeuse que du jugement confiant à Mme A l'exercice de l'autorité parentale, et méconnait les dispositions de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 octobre 2024.

La requérante a produit un mémoire en réplique, enregistré le 25 octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

II- Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023 sous le n° 2315493, et un mémoire et une pièce complémentaire, enregistrés les 4 octobre 2024 et 18 octobre 2024, Mme D F A et Mme C B, représentées par Me Le Floch, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 20 juin 2018 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 5 avril 2018 de l'autorité consulaire française à Port-Au-Prince (Haïti) refusant à Mme B la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 12 août 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 6 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à Port-Au-Prince (Haïti) refusant à Mme B la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

S'agissant de la décision implicite née le 20 juin 2018 de la commission de recours :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen particulier de la situation de Mme B ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, en rejetant le recours sur un motif ne pouvant être opposé qu'à un conjoint ou concubin ;

- elle procède d'une appréciation erronée des documents d'état civil produits justifiant de l'éligibilité de la demandeuse à la procédure de réunification familiale ;

- ladite décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision implicite née le 12 août 2023 de la commission de recours :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté.

Par une lettre du 24 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé, s'agissant des conclusions dirigées contre la décision implicite née le 20 juin 2018, sur un moyen relevé d'office, tiré de l'absence d'exercice du recours juridictionnel dans un délai raisonnable.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- les conclusions de Mme Massiou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Le Floch, avocate des requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F A, ressortissante haïtienne, née le 31 mars 1969, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 30 avril 2015. L'enfant mineure D H E, née le 23 février 2009, et Mme C B, née le 23 janvier 2000, ses filles alléguées, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Port-Au-Prince (Haïti), en qualité de membres de famille d'une bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision du 5 avril 2018, cette autorité a refusé de délivrer à Mme B le visa demandé. Par une décision implicite née le 20 juin 2018, dont Mme A et Mme B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire. Par des décisions du 6 janvier 2023 et 11 mai 2023, l'autorité consulaire française a refusé de délivrer les visas demandés par Mme B et pour l'enfant D H E. Par des décisions implicites nées le 12 août 2023, dont Mme A et Mme B demandent également l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre ces décisions consulaires.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2315492 et 2315493 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 20 juin 2018 :

3. Aux termes de l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative, également en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête ".

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Les règles énoncées au point 4, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 4, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

6. Il n'est pas établi par les pièces du dossier que Mme A et Mme B aient été clairement informées des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de la demande de délivrance de visa, ni que la décision ait par la suite été expressément mentionnée au cours de leurs échanges avec l'administration. Ainsi, les intéressées sont recevables à contester la décision implicite née le 20 juin 2018 de la commission de recours dès lors qu'il n'est pas établi qu'elles en avaient connaissance préalablement à l'introduction de la présente requête. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 20 juin 2018 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

7. En cas de décision implicite de la commission de recours ainsi qu'en l'absence de mémoire en défense de l'administration exposant devant le tribunal les motifs de cette décision de refus de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, dont la décision se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité tirés en l'espèce de ce que, d'une part, le mariage ou l'union a été célébré postérieurement à la date d'introduction de la demande d'asile par le conjoint et, d'autre part, certains éléments du dossier remettent en cause son caractère authentique.

8. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. " Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". Enfin, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".

9. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

10. D'une part, le motif opposé à Mme B par l'administration, tiré de ce que le mariage ou l'union de Mme A, réunifiante, avec son conjoint aurait été célébré postérieurement à la date d'introduction de sa demande d'asile, ne saurait être valablement opposé à un enfant âgé de moins de dix-neuf ans d'un réunifiant sollicitant le bénéfice de la réunification familiale. Par suite, en opposant le motif rappelé au point 7, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les requérantes ont produit, tant devant l'autorité consulaire française que devant la commission de recours, un acte de naissance ainsi que le passeport de Mme C B, dont les mentions sont concordantes. Par suite, et alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'apporte pas d'éléments en défense de nature à établir que ces documents seraient inauthentiques, l'identité de la demandeuse et son lien de filiation avec la réunifiante doivent être tenus pour établis. Dans ces conditions, les requérantes sont fondées à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2315493 dirigés contre la décision implicite née le 20 juin 2018, que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions implicites nées le 12 août 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

S'agissant de l'enfant mineure D H E :

13. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

14. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que, en application des dispositions des articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme E ne justifie pas, par les documents produits, d'un lien de filiation exclusif avec la réunifiante, ou que son père serait décédé ou déchu de ses droits parentaux, ou, enfin, que la réunifiante bénéficierait d'un jugement d'une juridiction étrangère lui confiant l'exercice de l'autorité parentale sur la demandeuse de visa.

15. Ainsi qu'il a été indiqué au point 9, le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Figure au nombre de ces motifs l'absence de jugement de délégation d'autorité parentale.

16. Il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 14 mars 2017 du tribunal de première instance de Port-Au-Prince, rendu sur requête de M. G E, père de la demandeuse, Mme A s'est vu confier l'exercice exclusif de l'autorité parentale à l'égard de l'enfant D H E. Au surplus, les requérantes produisent une attestation datée du 15 mai 2022 et signée de M. E, confirmant sa volonté de confier l'exercice de l'autorité parentale à la réunifiante. Par ailleurs, la circonstance, opposée par le ministre, que l'extrait d'acte de naissance justifiant de l'identité de l'enfant D H E, délivré par le directeur général des archives nationales d'Haïti, ne soit pas légalisé du fait de l'absence de signatures apposées par le commissaire de la république, le ministère de la justice et le ministère des affaires étrangères et du culte haïtien, ne permet pas d'établir le caractère inauthentique de cet acte. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'apporte pas d'éléments de nature à contester l'authenticité des documents produits, les requérantes sont fondées à soutenir que le motif qui leur est opposé est entaché d'une erreur d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2315492, que la décision implicite née le 12 août 2023, en ce qu'elle concerne l'enfant D H E, doit être annulée.

S'agissant de Mme C B :

18. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée comme étant fondé sur le motif retenu par l'autorité consulaire, tiré en l'espèce de ce que, en application des dispositions des articles L. 561-2 et R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B ne peut bénéficier de la procédure de réunification familiale dès lors qu'elle était âgée de plus de 19 ans le jour du dépôt de la demande de visa et qu'elle ne justifie pas d'un état de dépendance ou d'une situation d'une particulière vulnérabilité.

19. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

20. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du 30 décembre 2022, date à laquelle Mme B a déposé sa demande de visa, ainsi qu'en atteste le récépissé d'enregistrement qui lui a été délivré par le site France-Visas, cette dernière était âgée de plus de 19 ans. Toutefois, il ressort des mêmes pièces que Mme B vit en Haïti, au domicile de son grand-père, dans une situation de particulière vulnérabilité, et se trouve empêchée de poursuivre ses études et d'exercer une activité professionnelle en raison du contexte d'insécurité lié à la présence de gangs armés dans son quartier, par lesquels elle indique avoir été menacée. Les requérantes justifient en outre de l'état de dépendance de la demandeuse, en produisant la copie de mandats financiers émanant de la réunifiante à l'intention de Mme B entre février 2021 et juillet 2022, pour des montants représentant entre 75 et 292 euros. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, en refusant à Mme B la délivrance du visa demandé, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France porte une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée de mener une vie privée et familiale normale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2315493 dirigés contre la décision implicite née le 12 août 2023 rejetant le recours formé contre le refus de délivrance de visa opposé à Mme C B, que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas d'entrée et de long séjour en France demandés par Mme B et pour l'enfant D H E, dans un délai de deux mois suivant sa notification, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à Mme A et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites nées le 20 juin 2018 et 12 août 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France à l'enfant D H E et Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A et Mme B la somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F A, Mme C B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Revéreau, premier conseiller,

Mme Moreno, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

P. REVÉREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2315493

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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