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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315589

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315589

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 octobre 2023 et 29 mars 2024, Mme D C, représentée par Me Pollono, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française en Haïti du 22 mars 2023 lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'ascendante à charge de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée procède d'une appréciation erronée de sa qualité d'ascendante à charge ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les observations de Me Pollono, substituée par Me Pavy, avocate de Mme C.

Une note en délibéré a été produite le 9 avril 2024 pour la requérante, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante haïtienne, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française en Haïti. Par une décision du 22 mars 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 13 septembre 2023, dont Mme C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial () ".

3. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

4. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que Mme C n'établit pas être sans ressources ni être bénéficiaire de virements financiers suffisants et réguliers de la part de ses enfants résidant en France, ces derniers ne justifiant pas, par ailleurs, disposer des moyens d'une telle prise en charge.

5. Afin d'établir sa qualité d'ascendante à charge, Mme C fait valoir qu'elle ne dispose d'aucune ressource propre lui permettant de pourvoir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, et qu'elle ne peut en justifier au regard de la situation politique prévalant en Haïti à la date de la décision attaquée, rendant complexe la production de pièces justificatives. La requérante verse néanmoins un relevé bancaire à son nom, daté du 26 septembre 2023, faisant état d'un solde créditeur de 519 dollars, représentant environ 478 euros, dont elle indique qu'il résulte de virements bancaires effectués à son profit par son conjoint et ses enfants. Toutefois, Mme C produit seulement la copie de virements effectués par sa fille, Mme A I E B, entre janvier et mars 2023, pour des montants allant de 100 et 1000 euros. Ces seuls virements, qui portent sur une période courte et récente, ne présentent pas un caractère régulier, alors que Mme C a par le passé seulement bénéficié, entre 2021 et 2022, de virements bancaires réalisés exclusivement par M. F E B, son époux réfugié en France. Par ailleurs, ainsi que l'oppose le ministre, il ressort des pièces du dossier que M. H E B, M. G E B et Mme A E B, les trois enfants de nationalité française de Mme C, justifient, à la date de la décision attaquée, d'un revenu net mensuel, respectivement de 2100, 2156 euros et d'aucun revenu pour Mme A E B, alors qu'ils se présentent comme étant eux-mêmes parents d'enfants dont ils ont la charge. Par suite, les descendants de nationalité française de Mme C ne démontrent pas disposer des ressources nécessaires et suffisantes pour pourvoir régulièrement aux besoins de leur mère. Dès lors, Mme C ne peut être regardée comme étant effectivement à la charge de ses enfants de nationalité française. Par voie de conséquence, elle n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait commis une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la décision de la commission de recours porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale dont le respect est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : la requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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