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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315665

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315665

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 octobre 2023 et 8 mars 2024, M. K F, M. I F, M. J F, Mme D F, Mme C A, agissant en son nom et en qualité de représentante légale de l'enfant mineure E A, M. G A, M. H A, et M. L B, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 24 février 2023 de l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) refusant à M. I F, M. J F, Mme D F, Mme C A, M. G A, M. H A, M. L B et à l'enfant mineure E A la délivrance de visas d'entrée et de long séjour demandés en vue de solliciter l'asile en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer leurs demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant au regard des risques de persécutions qu'ils encourent en Afghanistan, que de la situation d'extrême précarité dans laquelle ils se trouvent au Pakistan.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- les conclusions de M. Rosier, rapporteur public,

- et les observations de Me Pollono, substituée par Me Pavy, avocate des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. K F, ressortissant afghan résidant en France, a obtenu le bénéficie de la protection subsidiaire par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 septembre 2020. M. I F, M. J F, Mme D F, Mme C A, M. G A, M. H A, M. L B et l'enfant E A, ressortissants afghans, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en vue de déposer des demandes d'asile en France et d'y rejoindre M. K F. Par des décisions du 24 février 2023, l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision du 20 avril 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 311-1, s'est fondée sur le motif tiré de ce que la situation des requérants ne présente pas de spécificité leur permettant de prétendre, dans le cadre des orientations générales arrêtées par les autorités françaises, à la délivrance de visas en vue de déposer une demande d'asile en France. Une telle motivation, qui comporte, avec suffisamment de précision, au regard du fondement des demandes de visas, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision, satisfait aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes du quatrième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 auquel se réfère celui de la Constitution du 4 octobre 1958 : " Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République ". Si le droit constitutionnel d'asile a pour corollaire le droit de solliciter en France la qualité de réfugié, les garanties attachées à ce droit reconnu aux étrangers se trouvant sur le territoire de la République n'emportent pas de droit à la délivrance d'un visa en vue de déposer une demande d'asile en France ou pour y demander le bénéfice de la qualité de réfugié ou de la protection subsidiaire.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, les requérants résidaient au Pakistan. S'ils soutiennent y vivre dans une situation d'extrême précarité, et être privés de la possibilité de travailler et de scolariser leurs enfants, ils ne l'établissent pas. Ils ne justifient pas davantage du risque allégué d'expulsion de leur campement et qu'ils seraient exposé à des peines d'amende et d'emprisonnement par la seule production d'une attestation manuscrite de M. I F, d'une copie de messages électroniques ou manuscrits présentés comme émanant des autorités pakistanaises dont la traduction n'a pas été effectuée par un traducteur assermenté et d'articles de presse à caractère général. En outre, si les requérants font valoir qu'ils ont dû fuir au Pakistan en raison du risque élevé de subir des persécutions en Afghanistan, dans des conditions très difficiles, depuis l'incendie du restaurant dans lequel M. K F travaillait à leurs côtés, à la suite de l'évènement survenu le 3 mai 2017, à l'occasion duquel il a été accusé d'avoir tenté d'empoisonner des responsables locaux du régime des talibans, il est constant, ainsi que l'oppose le ministre en défense, qu'ils n'ont quitté l'Afghanistan que quatre ans après cet évènement, sans justifier des raisons pour lesquelles ils n'ont quitté leur pays d'origine qu'après un tel délai. En outre, et alors qu'il n'est pas justifié par les seules attestations manuscrites de proches versées au dossier que les demandeurs de visas résidaient et travaillaient au sein de l'hôtel dans lequel se sont déroulés les faits précités, il n'est pas plus établi par les intéressés, qui ne justifient pas à quel titre ils disposent, depuis l'année 2022, de visas délivrés par les autorités pakistanaises pour des visites familiales ou des raisons médicales, renouvelés en 2023, qu'ils seraient personnellement menacés au Pakistan. Enfin, il n'est pas contesté par les demandeurs de visas qu'ils bénéficient, depuis leur arrivée au Pakistan, de virements financiers réguliers de leurs proches résidant en France et aux Etats-Unis. Dans ces conditions, les requérants ne démontrent pas qu'ils se trouveraient dans une situation de particulière vulnérabilité au Pakistan. Par suite, la commission de recours n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant le recours dirigé contre les décisions consulaires refusant de délivrer les visas sollicités.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts F, A et B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K F, M. I F, M. J F, Mme D F, Mme C A, M. G A, M. H A, M. L B, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P. BESSE La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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