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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315690

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315690

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPICARDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2023 et 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Picarda, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les énonciations de la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers ; elle est entachée d'erreur d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée pour édicter une mesure portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2008/115/CE et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français en cas de maintien :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français la prive de base légale et fixant le pays de destination ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2023 informant M. A qu'une interdiction de retour sur le territoire français pourrait être édictée s'il se maintient sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire, cette information ne constituant pas une décision susceptible de lui faire grief.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- les observations de Me Picarda, représentant M. A,

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libanais né en novembre 2001, est entré en France le 21 septembre 2020, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant du 16 septembre 2020 au 16 septembre 2021. Il a, par la suite, bénéficié d'un titre de séjour étudiant jusqu'au 16 septembre 2022. Puis, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le renouvellement de ce titre de séjour étudiant. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 13 janvier 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré et l'a informé de ce que s'il se maintenait sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire, une interdiction de retour serait édictée. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 13 janvier 2023.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2023 :

2. L'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2023 informe M. A que s'il se maintient irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicterait une interdiction de retour. Une telle mention n'a cependant qu'un caractère informatif et ne contient aucune décision susceptible de lui faire grief. Il suit de là que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette mention ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " du requérant, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que les deux échecs successifs du requérant et sa réorientation ne lui permettaient pas de démontrer le caractère réel et sérieux de son parcours universitaire.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en septembre 2020, à l'âge de dix-neuf ans, quelques semaines après le décès non contesté de sa mère pour entamer ses études en France. Au cours des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, années marquées pour les étudiants par les conséquences de la crise sanitaire liée au virus de la Covid-19 et par une plus grande désorganisation des enseignements, il a été inscrit en première année de licence " informatique, portail informatique, mathématiques " auprès de l'université de Poitiers. Si au cours de la seconde année de ce cursus (2021-2022), il a été déclaré défaillant en raison de son absence aux examens, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a échoué que de justesse au cours de la première année obtenant une note relevée par le préfet dans l'arrêté attaqué de 9,25 sur 20. Au cours de l'année universitaire 2022-2023, année au cours de laquelle le refus de séjour attaqué a été prononcé, M. A s'est inscrit, auprès de l'université de Nantes, pour suivre une première année de licence " économie et gestion ". Il ressort des pièces du dossier, notamment des relevés de note, de l'attestation d'un chargé de travaux dirigés et de l'attestation du directeur des études de l'Institut d'Administration des Entreprises (IAE) dépendant de l'université de Nantes que l'implication de M. A dans ce nouveau cursus est tout à fait satisfaisante, et selon l'attestation du chargé de travaux dirigés " bien au-dessus de la moyenne de la promotion ". Postérieurement au refus de séjour contesté, M. A a validé sa première année de licence " économie et gestion " avec une moyenne générale de 13,08. Si cette circonstance est postérieure au refus de séjour attaqué, elle n'en révèle pas moins le sérieux de la formation suivie à la date du refus de séjour. Dans ces conditions, compte tenu des conditions de l'échec de l'intéressé en " informatique, portail informatique, mathématiques " et de son implication en " économie et gestion ", première réorientation, M. A est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur d'appréciation quant à l'absence de caractère réel et sérieux des études poursuivies et à demander, pour ce motif, l'annulation du refus de séjour du 13 janvier 2023.

6. L'annulation du refus de séjour du 13 janvier 2023 entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Picarda renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 13 janvier 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Etat versera à Me Picarda la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Picarda.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cc

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