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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315782

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315782

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, M. D A, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a retiré le titre de séjour dont il bénéficiait, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant retrait de titre de séjour et refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu, présidente-rapporteuse,

- et les observations de Me Drouet substituant Me Chaumette, représentant M. B A, en présence de celui-ci

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1993, est entré en France en 2017. Par une décision du 28 décembre 2020, la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié. Il a bénéficié d'une carte de résident à ce titre, valable du 5 février 2021 au

4 février 2031. Toutefois, un procès-verbal du 8 janvier 2021 rédigé par la police aux frontières de Nantes a montré que l'intéressé est également connu sous l'identité de M. C, ressortissant soudanais né le 20 novembre 1995, lequel s'est également vu reconnaitre la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides du

26 juin 2017, et a bénéficié à ce titre d'une carte de résident valable du 26 juin 2017 au 25 juin 2027. Suite à un signalement au procureur de la République effectué par le préfet de la Loire-Atlantique, la Cour nationale du droit d'asile a, par une décision du 30 mars 2022, déclaré sa décision du 28 décembre 2020 nulle et non avenue, et a refusé de reconnaitre la qualité de réfugié à M. B A. Enfin, par un arrêté du 12 janvier 2023 objet du présent litige, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé au retrait de la carte de résident de l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 12 janvier 2023.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Vigué, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer et directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certains actes dont les refus de titre de séjour et obligations de quitter le territoire ne font pas partie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant retrait de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. B A est présent en France depuis mai 2017, occupe un logement depuis le 10 août 2021 et a exercé une activité professionnelle en qualité de manutentionnaire de mars 2021 à janvier 2023, ces circonstances sont insuffisantes pour établir qu'il aurait en France des liens personnels et familiaux tels que le retrait de son titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, l'exception d'illégalité soulevée contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

6. En second lieu, compte tenu des motifs exposés au point 4 ci-dessus, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en édictant cette décision, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant notamment le Soudan comme pays de destination de M. B A doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. B A soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il risquerait d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en raison de l'ethnie à laquelle il appartient et de sa provenance du Darfour Sud. Toutefois, ni son ethnie ni sa provenance du Darfour n'a été retenue par de la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 30 mars 2022 et il n'apporte aucun élément supplémentaire permettant d'en établir la réalité. En outre, s'il ressort des sources géopolitiques publiquement disponibles qu'une grande partie du territoire soudanais et notamment Khartoum subit aujourd'hui une situation de violence aveugle d'une intensité telle que toute personne est susceptible d'y être exposée, ce n'était pas le cas à la date de la décision attaquée, en janvier 2023. Par suite, la seule nationalité soudanaise de l'intéressé, laquelle est établie par les pièces du dossier et au demeurant non contestée, n'était pas, à cette date, de nature à l'exposer à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

Mme Heng, conseillère,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La présidente-rapporteuse,

S. RIMEU

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

H. HENG

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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