vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2315838 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 octobre 2023, 1er février 2024 et 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait rappel de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Les parties ont été informées, par courrier du 6 novembre 2024, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation du rappel de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite le 7 octobre 2020, ce rappel ne constituant pas une nouvelle décision et la décision du 7 octobre 2020 étant devenue définitive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Guilbaud, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 20 juillet 2000, déclare être entré irrégulièrement en France en octobre 2016. Il a été pris en charge en qualité de mineur non accompagné par le service d'aide sociale à l'enfance du département de la Vendée. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 7 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. Il a ensuite sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 11 septembre 2023 portant en outre rappel de l'obligation de quitter le territoire français. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en 2016 à l'âge de seize ans, et y réside depuis lors de manière continue, soit depuis presque sept ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Il a d'abord été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de la Vendée jusqu'à sa majorité en qualité de mineur non accompagné, puis a bénéficié de contrats " jeune majeur " conclus avec les services du département, et a suivi des études lui ayant permis d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en cuisine en juin 2019. Il justifie en outre d'une expérience professionnelle continue dans le secteur de la restauration depuis six ans à la date d'édiction de la décision attaquée, d'abord en qualité d'apprenti de cuisine de juillet 2017 à juin 2019 auprès de trois entreprises successives, puis, en qualité de commis de cuisine par des contrats à durée déterminée au sein de trois autres entreprises successives entre juin et octobre 2019, puis, pour ce même emploi, par un contrat à durée indéterminée, au sein du restaurant Hippopotamus de novembre 2019 à février 2020. Il a par la suite été employé depuis le 5 février 2020 par la société de restauration Au Bureau en contrat à durée indéterminée, d'abord en qualité de commis de cuisine niveau I, puis en qualité de chef de partie niveau II à compter de mars 2022, et verse aux débats les fiches de paye justifiant de ses trois ans et demi d'activités au sein de cet établissement jusqu'à la date de la décision. Par ailleurs, si la promesse d'embauche en qualité de chef de partie niveau III en contrat à durée indéterminée au sein du restaurant La Cigale à Nantes que M. A verse au dossier a été établie postérieurement à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, cette promesse d'embauche, qui confirme la progression professionnelle du requérant dans le secteur de la restauration, apparaît ainsi de nature à éclairer utilement la qualité et la continuité de son parcours professionnel antérieur, cet établissement ayant au surplus confirmé depuis lors son intention de recruter le requérant dès la régularisation de son droit au séjour. Dans ces conditions, et eu égard notamment à la minorité et à l'isolement du requérant lors de son entrée en France, au diplôme professionnel qu'il a obtenu seulement trois ans plus tard, à son activité professionnelle continue depuis six ans dans un secteur marqué par des difficultés de recrutement à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, et à son accession à un emploi d'un niveau plus élevé, le requérant démontre une intégration professionnelle suffisamment intense et durable en France pour caractériser des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. M. A est ainsi fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre doit être annulée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur la légalité de la décision portant rappel d'une obligation de quitter le territoire français :
6. L'arrêté du 11 septembre 2023, en tant qu'il rappelle à M. A l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite par arrêté du 7 octobre 2020, n'a pas pour effet de modifier l'ordonnancement juridique et constitue seulement une décision confirmative, en l'absence de changement de circonstances ressortant des pièces du dossier, de cette décision du 7 octobre 2020, qui est devenue définitive. Par suite, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 11 septembre 2023, en tant qu'il porte rappel de l'existence de cette obligation, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique, eu égard à ses motifs, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. A le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 11 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELON
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILIN
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026