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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315869

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315869

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 octobre 2023 et le 22 novembre 2024, Mme D B, agissant tant en son nom propre qu'en qualité de représentante légale des enfants H A B, G B et C B, représentée par Me Regent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre les décisions du 21 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) refusant la délivrance à H A B, G B, et C B d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de membre de la famille d'une réfugiée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer les demandes de visa dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen dans la mesure où alors qu'elle a expliqué que le père de ses enfants était décédé, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a par son silence refusé le visa sur le motif de l'absence de déchéance de l'autorité parentale du père, à l'instar du motif retenu par le consulat ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec la réunifiante sont établis par la production de documents d'état civil et par la possession d'état ;

- elle méconnait les articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où elle ne pouvait solliciter une délégation de l'autorité parentale de son mari, auteur de violences à son égard, et qui est décédé, et dès lors qu'elle est seule titulaire de l'autorité parentale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 7 la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Paquelet-Duverger,

- et les observations de Me Sachot substituant Me Regent, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 1er octobre 2020. H A B, G B, et C B, qu'elle présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Conakry au titre de la réunification familiale. Par trois décisions du 21 mars 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision née le 20 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En application des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs de la décision initiale.

3. La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit donc être regardée comme s'étant approprié les motifs opposés par l'autorité consulaire française à Conakry, à savoir pour les demandes présentées par H A B, G B, et C B un premier motif de refus, commun aux trois décisions, tiré de ce qu'en application des articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et eu égard à leur situation familiale, les documents produits lors du dépôt de la demande ne permettent pas de justifier que le lien de filiation n'est établi qu'à l'égard de la personne qu'ils entendent rejoindre en France ou que l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux, ou qu'ils auraient été confiés à la personne qu'ils entendent rejoindre en France au titre de l'autorité parentale en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. S'agissant des enfants G et C, la commission de recours doit également être regardée comme s'étant approprié le second motif de la décision initiale tiré de ce qu'en application de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils n'ont pas justifié de leur identité et de leur situation de famille, les documents produits n'étant pas probants. S'agissant, enfin, de l'enfant H A, la commission de recours doit être regardée comme s'étant également approprié le second motif de la décision consulaire tiré de ce que ses déclarations conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale.

En ce qui concerne le motif tiré de ce que G et C n'ont pas justifié de leur identité et de leur situation de famille :

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Enfin, l'article L. 561-5 de ce code dispose : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

5. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes d'état civil produits pour justifier de l'identité et, le cas échéant, du lien familial de l'intéressé avec la personne réfugiée.

6. En outre, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

7. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

9. Pour justifier de l'identité et de la filiation de G, la requérante produit le jugement supplétif n° 639/2021, rendu le 8 janvier 2021 par le tribunal de première instance de Kankan (Guinée), un extrait du registre de l'état civil attestant de la transcription le 26 janvier 2021 dans un acte de naissance n° 190, du jugement évoqué ci-dessus, et un acte de naissance biométrique du 4 novembre 2024. Ces actes mentionnent que G B, née le 6 avril 2016 à kankan, est la fille de F B et de D B. Il est également versé au dossier le passeport de G, délivré 22 octobre 2021, dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres du numéro d'identification personnel correspondent aux numéros de l'acte de naissance précédemment mentionné, et dont l'authenticité n'est pas contestée. Pour justifier de l'identité et de la filiation C, la requérante produit le jugement supplétif n° 638/2021, rendu le 15 janvier 2021 par le tribunal de première instance de Kankan (Guinée), un extrait du registre de l'état civil attestant de la transcription le 26 janvier 2021 dans un acte de naissance n° 188 du jugement évoqué ci-dessus, et un acte de naissance biométrique du 4 novembre 2024. Ces actes mentionnent qu'Amadou B, né le 17 mai 2017 à Kankan, est le fils de F B et de D B. Il est également versé au dossier le passeport C, délivré le 22 octobre 2021, dont les 11ème, 12ème et 13ème chiffres du numéro d'identification personnel correspondent aux numéros de l'acte de naissance précédemment mentionné, et dont l'authenticité n'est pas contestée. Les circonstances alléguées par le ministre de l'intérieur que les jugements supplétifs produits au dossier ont été rendus tardivement, après l'obtention par Mme B du statut de réfugiée, et sur demande d'un tiers non détenteur de l'autorité parentale, qu'ils ne respectent pas le délai de recours prévu par le code de procédure civile guinéen et qu'ils ne mentionnent pas l'âge, le lieu de naissance et la profession des parents, ne suffisent pas à établir qu'il présenterait un caractère frauduleux. Dans ces conditions, l'identité des demandeurs de visa, ainsi que leur lien de filiation avec Mme B doivent être tenus pour établis. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation en retenant que G et C n'avaient pas justifié de leur identité et de leur situation de famille, et méconnu les dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le motif tiré de ce que les déclarations de l'enfant H A, conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir un visa au titre de la réunification familiale :

10. Le ministre ne précise pas, dans son mémoire en défense, les déclarations concernant l'enfant H A permettant de conclure à une tentative de fraude. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'en retenant ce motif, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le motif tiré du défaut de production d'un jugement de délégation de l'autorité parentale et d'autorisation de sortie du territoire :

11. Aux termes de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux " et aux termes de l'article L. 434-4 de ce code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".

12. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et L. 434- 4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie, que le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié ou a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale, par ses enfants non mariés, y compris par ceux qui sont issus d'une autre union, à la condition que ceux-ci n'aient pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été présentée. Les demandes présentées pour les enfants issus d'une autre union doivent, en outre, satisfaire aux autres conditions prévues par les articles L. 434-3 ou L. 434-4, le respect de celles d'entre elles qui reposent sur l'existence de l'autorité parentale devant s'apprécier, le cas échéant, à la date à laquelle l'enfant était encore mineur.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme B soumise à un mariage forcé avec M. F B, père de ses enfants, a été régulièrement victime de violences physiques et sexuelles de la part de ce dernier. A la fin de l'année 2017, M. F B est décédé et sa famille a décidé de la marier à son beau- frère selon la coutume du Lévirat. Ne souhaitant pas cette union forcée et craignant pour sa sécurité, Mme B a quitté son pays en février 2018 et obtenu le statut de réfugié en France. Pour établir le décès de son époux, la requérante produit un extrait d'acte de décès établi le 10 novembre 2018 par l'officier d'état civil de la commune de Kankan, et faisant état du décès de M. F B le 29 novembre 2017. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que le certificat de décès n'est pas conforme aux dispositions des articles 218 et 219 du code civil guinéen en ce que il a été établi tardivement, n'est pas accompagné d'un jugement supplétif et ne comporte pas certaines mentions, ces irrégularités ne suffisent pas à remettre en cause la réalité du décès mentionné par la requérante de façon constante dans sa demande d'asile, la fiche familiale de référence et son entretien avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, qui a été considéré comme établi par la Cour nationale du droit d'asile dans son jugement du 1er octobre 2020 reconnaissant à Mme B la qualité de réfugiée. Au demeurant, indépendamment de la preuve du décès de son époux, il ne peut être exigé de Mme B, victime de violences de sa part, qu'elle produise un jugement de délégation de l'autorité parentale par ce dernier à son endroit et une autorisation de sortie du territoire pour les trois enfants mineurs. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en se fondant sur l'absence de production de ce jugement et de l'autorisation de sortie du territoire pour rejeter son recours, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités à H A B, G B, et C B, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

16. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Regent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 20 juin 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à H A B, G B, et C B les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Regent une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au ministre de l'intérieur et à Me Aude Regent.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Paquelet-Duverger, première conseillère,

Mme Fessard-Marguerie conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

La rapporteure,

S. PAQUELET-DUVERGERLa présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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