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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2315964

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2315964

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2315964
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2023, Mme A épouse C, représentée par Me Harir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) rejetant sa demande de visa de long séjour présentée en qualité de visiteur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplit toutes les conditions exigées pour la délivrance d'un visa en qualité de " visiteur " ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un visa de long séjour peut être délivré à l'ascendant d'un ressortissant français " non à charge " s'il remplit les conditions requises, les ascendants " non à charge " ne relevant pas d'une catégorie spécifique ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée peut être également fondée sur le motif tiré de l'absence de justification de la nécessité pour la requérante d'un séjour de plus de trois mois en France ;

- les moyens soulevés par Mme A Épouse C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard-Marguerie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante malgache, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de visiteur auprès de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar). Par une décision du 23 mai 2023, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite, née le 26 août 2023, dont Mme A épouse C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. ". En application de ces dispositions, la commission doit être regardée comme s'étant approprié la motivation en droit notamment fondée sur l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le motif retenu par l'autorité consulaire tiré, en l'espèce, du caractère incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé. Un tel motif, qui s'apprécie nécessairement au regard de l'objet de la demande dont la requérante a saisi cette autorité consulaire, ainsi qu'au regard des justificatifs produits à cette fin, la met à même de contester utilement le refus de visa pris à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de la commission serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A épouse C.

4. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision consulaire que la mention relative à la possibilité pour la demandeuse de visa d'effectuer une demande en qualité d'ascendant à charge ou non à charge de ressortissant français, ne constitue pas un motif de cette décision, que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se serait appropriée, mais une simple remarque sans portée sur le sens de la décision. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'un visa de long séjour peut être délivré à l'ascendant d'un ressortissant français " non à charge " s'il remplit les conditions requises, doivent être écartés comme inopérants.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

6. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle par le juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

7. Mme A épouse C a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur. Elle produit les actes de naissance de ses enfants établissant ainsi leur lien de filiation, ainsi que leurs décrets portant acquisition de la nationalité française. Elle verse également aux débats son attestation d'assurance maladie valable du 1er juin 2023 au 31 mai 2024, les justificatifs de ses ressources, à savoir notamment une attestation du 20 juin 2023 rédigée par le directeur d'agence de la Caisse d'épargne Ile-de-France selon laquelle elle dispose de la somme de 32 692 euros, ainsi qu'une attestation d'hébergement établie par sa fille pour la durée de son séjour. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur n'apporte aucune précision sur les raisons qui ont conduit la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à considérer que les informations transmises par Mme A épouse C pour justifier l'objet et les conditions de son séjour étaient incomplètes ou non fiables, la commission a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Le ministre de l'intérieur, dans son mémoire en défense, qui a été communiqué à la requérante, invoque un nouveau motif tiré de l'absence de justification de la nécessité pour l'intéressée d'effectuer un séjour de plus de trois mois en France. Il doit ainsi être regardé comme demandant que ce nouveau motif soit substitué à celui retenu par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

10. Le ministre de l'intérieur fait valoir que Mme A épouse C ne justifie pas de la nécessité d'un séjour de plus de trois mois en France et qu'elle s'est vue, en outre, délivrer un visa de court séjour multi-circulation d'une durée de deux mois, lui permettant de se rendre en France du 13 janvier 2023 au 13 mars 2023. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse C a sollicité la délivrance de visas de long séjour " établissement privé / visiteur " afin de pouvoir séjourner en France plus de trois mois en vue de passer plus de temps avec sa famille y résidant. Toutefois, elle ne justifie pas, par les éléments produits, de la nécessité d'effectuer un séjour de plus de trois mois en France.

11. Dès lors, le motif opposé en défense est de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, et alors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée, laquelle n'a privé la requérante d'aucune garantie.

12. En cinquième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle remplit les conditions prévues par l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne régissent que les conditions de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

13. En sixième et dernier lieu, si Mme A épouse C fait valoir qu'elle est isolée dans son pays de résidence puisqu'elle est veuve et que ses enfants et petits-enfants sont installés en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de tout lien dans son pays d'origine, où elle a toujours vécu, ni que ses enfants seraient dans l'incapacité de lui rendre visite à Madagascar ou qu'elle ne pourrait leur rendre visite en France sous couvert d'un visa de court séjour, qu'elle a d'ailleurs obtenu en 2022 et en 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A épouse C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A épouse C et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme B, première-conseillère,

Mme Fessard-Marguerie, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

La rapporteure,

A. FESSARD-MARGUERIE

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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