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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316084

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316084

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 octobre 2023 et 21 octobre 2024, Mme G, représentée par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 8 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 29 novembre 2022 de l'autorité consulaire française en République centrafricaine refusant de délivrer à D F un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut, de lui verser cette somme au seul titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité du demandeur de visa et son lien de filiation avec le réunifiant sont établis par les documents d'état civil produits, qui n'ont pas de caractère frauduleux et par la possession d'état ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 février 2024, Mme F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Pronost, avocat de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, ressortissante centrafricaine née le 22 juin 1990, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 23 mars 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. La demande de visa de long séjour sollicité, au titre de la réunification familiale, pour D F, né le 26 décembre 2012, qu'elle présente comme son fils, a été rejetée par l'autorité consulaire française en République centrafricaine. Par une décision du 8 juin 2023, dont Mme F demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme F ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 février 2024, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour rejeter le recours préalable dont elle était saisi, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le défaut de caractère authentique de l'acte de naissance produit au soutien de la demande de visa, dès lors que dans une précédente demande de visa, un autre acte de naissance a été produit pour D F, portant des numéros différents et faisant état d'une autre filiation, établi sur la base d'autres jugements supplétifs distincts.

4. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du réunification familiale, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa version en vigueur à compter du 4 août 2021 : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

8. Pour justifier de l'identité du jeune D F et du lien de filiation qui l'unit à Mme F, ont été produits un jugement supplétif n°4034, rendu par le tribunal de grande instance de Bangui le 13 avril 2014, ainsi que l'acte de naissance n° 2012 00 03 19 905, établi le 12 juillet 2015 par un officier d'état civil de la commune de Bangui, pris en transcription de ce jugement, faisant état de ce que D F est né le 26 décembre 2012 de Mme G. Si le ministre soutient que le dossier de la demande de visa, présentée en 2015 pour un enfant nommé " D Koulounami ", né le 6 décembre 2012 de Mme B C, ainsi que les actes d'état civils produits pour le constituer, concernent, bien qu'ils mentionnent une autre filiation et une autre identité, le même enfant que celui que la requérante présente comme son fils, il ne l'établit pas en se bornant à relever que cette demande et celle en litige mentionnent la même date de naissance et que les photos d'identité qui y sont jointes, représenteraient le même enfant, alors qu'elles ne sont pas identiques. Ce faisant, et alors par ailleurs qu'il ne verse pas à l'instance les actes d'état civils produits pour constituer le dossier de 2015, le ministre n'établit pas que plusieurs actes de naissance contradictoires auraient été établis pour l'enfant D F. Il s'ensuit que l'acte de naissance produit doit être regardé comme authentique et qu'en se fondant sur ce motif, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme F est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, au profit ded'Evan Christ Enzo F, dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à Me Pronost, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 8 juin 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme F un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pronost la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G, à Me Pronost et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Marina André, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2025.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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