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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316104

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316104

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'annuler, à tout le moins, la décision fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les huit jours de la notification de la décision à rendre ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ;

- le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et professionnelle ;

- cette obligation méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Après être arrivé sur le territoire français le 26 septembre 2021, selon ses déclarations, M. A, ressortissant nigérian né en 1988, a demandé l'asile. Cette demande a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 juillet 2023 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 22 septembre 2023. Par l'arrêté du 5 octobre 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'indication, précise, des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est dès lors régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que M. A est de nationalité nigériane et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ce dont résulte que la décision fixant le pays de renvoi en cas de reconduite d'office est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de Maine-et-Loire, ainsi qu'il en avait l'obligation, a, sans commettre d'erreur de droit, statué par application des lois et règlements applicables, sans faire application de directives administratives, de lignes directrices ou d'orientations générales en elles-mêmes sans rapport avec la situation personnelle de M. A. Il n'a pas statué en fonction de circonstances de fait se rapportant à la situation d'autres personnes que le requérant ou se rapportant à la situation d'un groupe de personnes dont il ferait partie. Il ne résulte pas de l'instruction qu'il se serait estimé tenu de lui faire obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, notamment par la circonstance que la demande d'asile présentée par l'intéressé a été définitivement rejetée. La circonstance que la motivation de l'arrêté attaqué, régulière ainsi qu'il a été dit, ne fasse pas état de l'ensemble des circonstances susceptibles de caractériser la situation de M. A n'est pas de nature à révéler que le préfet se serait abstenu d'examiner cette situation et aurait, à la faveur d'une absence d'un tel examen, méconnu le pouvoir d'appréciation qu'il tient des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / () ". Selon l'article L. 542-4 de ce code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. A a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 22 septembre 2023. Si le requérant se prévaut de la circonstance qu'alors qu'il avait encore la qualité de demandeur d'asile, une autorisation de travail a été délivrée le 31 juillet 2023 à un employeur en vue de l'embaucher pour occuper un emploi d'ouvrier agricole pour une durée de trois mois à compter du 1er septembre 2023, emploi qui a donné lieu le 11 septembre 2023 à la conclusion d'un contrat de travail à durée déterminée imprécise prenant fin à l'expiration des travaux saisonniers de cueillette des pommes dont ce contrat fait mention, cette circonstance n'a pas eu pour conséquence la délivrance à M. A d'un titre de séjour, d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour et l'arrêté attaqué retire l'attestation de demande d'asile dont M. A était titulaire et ce, sur le fondement de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en dépit de la circonstance dont se prévaut ainsi M. A, le droit au séjour qu'il détenait en qualité de demandeur d'asile a pris fin, le 22 septembre 2023, dans les conditions prévues à l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il se trouve dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut, sans commettre une erreur de droit, faire obligation à l'étranger de quitter le territoire français. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

7. Le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, prévoit que ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

8. Le certificat médical du 12 octobre 2022 et l'attestation d'un psychologue du 28 août 2023 que présente M. A à l'appui de sa requête ne permettent pas d'établir que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisaient pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le 2 de l'article 19 de cette charte ajoute que " Nul ne peut être éloigné () vers un Etat où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. D'une part, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de soumettre M. A à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. D'autre part, les déclarations de M. A ne permettent pas de tenir pour établis les faits à l'origine de son départ du Nigéria ni ses craintes en cas de retour dans ce pays. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, dont d'ailleurs la demande d'asile a été très récemment rejetée par les autorités spécialisées compétentes à cet effet et qui, avant sa venue en France, était titulaire en Italie, où il était arrivé au mois de janvier 2016, d'une autorisation de séjour valable du 25 septembre 2020 au 10 décembre 2020, serait actuellement, à l'époque de l'arrêté attaqué, effectivement menacé dans sa vie ou sa liberté dans le pays dont il est le ressortissant, ni qu'il risquerait effectivement d'être personnellement soumis dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, notamment en raison d'une " orientation sexuelle " dont il fait état. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en comptant ce pays au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire, le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus que le paragraphe 2 de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Seguin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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