vendredi 17 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316142 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LELOUEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2023, Mme G D, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de J A, Andréa Noelline I A et Patrick Lenny Destiné Kamadeu E, représentée par Me Lelouey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française au Cameroun rejetant les demandes de visa d'entrée et de long séjour présentées pour J A, Andréa Noelline I A et Patrick Lenny Destiné Kamadeu E au titre du regroupement familial, ensemble les décisions consulaires ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer les demandes de visa sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et/ou de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à la condition que Me Lelouey renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les décisions consulaires attaquées et la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a justifié par des actes authentiques et probants, l'identité et le lien familial l'unissant aux demandeurs de visa ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 2 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ravaut,
- et les observations de Me Rombout, substituant Me Lelouey, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante camerounaise résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'au 30 novembre 2027, a obtenu une autorisation de regroupement familial par une décision du préfet de la Manche en date du 27 juillet 2022, pour son époux, M. L B A K, ses deux enfants, HN I A et J A et son petit-fils sur lequel elle exerce l'autorité parentale, Patrick Lenny Destiné Kamadeu E. Dans ce cadre, des demandes de visas de long séjour ont été présentées, et si le visa d'entrée sur le territoire a été délivré pour M. L B A K, l'autorité consulaire française au Cameroun a rejeté les demandes formées pour H I A, J A et Patrick Lenny Destiné Kamadeu E, d'abord par des décisions implicites puis par des décisions explicites en date du 3 août 2023, qui se sont substituées aux précédentes. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 30 août 2023 du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre les décisions consulaires ainsi que les décisions de l'autorité consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en raison des pouvoirs ainsi conférés à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, les décisions par lesquelles elle rejette, implicitement ou expressément, les recours introduits devant elle se substituent à celles des autorités diplomatiques ou consulaires. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent, par conséquent, être regardées comme uniquement dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre les décisions de refus de l'autorité consulaire au Cameroun.
4. En application des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant appropriée les motifs de la décision initiale. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant appropriée le motif opposé par l'autorité consulaire française au Cameroun, à savoir que les documents d'état civil produits comportent des éléments permettant de conclure qu'ils ne sont pas authentiques.
5. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. "
6. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le regroupement familial, autorisé par le préfet, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le caractère inauthentique des actes produits pour établir l'identité et le lien familial entre les demandeurs de visa et la personne qu'ils entendent rejoindre en France.
7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article dispose quant à lui : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
8. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
9. D'une part, pour établir l'identité et le lien de filiation de J A, Mme D produit son acte de naissance établi par les autorités gabonaises, sous le n° 004/012, le 4 janvier 2010 et qui mentionne qu'il est né le 23 décembre 2009 de l'union de la requérante et de M. B A K. Elle produit également la transcription de cet acte de naissance par l'officier d'état civil de l'ambassade du Cameroun au Gabon, sous le n° 351, le 28 juin 2017, comportant des mentions concordantes. Enfin, elle produit une attestation de conformité à la souche de l'officier d'état civil de l'ambassade du Cameroun au Gabon en date du 24 août 2023 ainsi qu'une copie de cette souche. Pour établir l'identité et le lien de filiation de H I A, Mme D produit son acte de naissance établi par les autorités gabonaises, sous le n° 005/012, le 4 janvier 2010 et qui mentionne qu'il est né le 23 décembre 2009 de l'union de la requérante et de M. B A K. Elle produit également la transcription de cet acte de naissance par l'officier d'état civil de l'ambassade du Cameroun au Gabon, sous le n° 352, le 28 juin 2017, comportant des mentions concordantes. Enfin, elle produit une attestation de conformité à la souche de l'officier d'état civil de l'ambassade du Cameroun au Gabon en date du 24 août 2023 ainsi qu'une copie de cette souche.
10. D'autre part, pour justifier de l'identité et du lien familial de Patrick Lenny Destiné Kamadeu E, Mme D produit l'acte de naissance dressé par l'officier d'état civil de Yaoundé 7 en date du 31 décembre 2018 mentionnant qu'il est né le 27 décembre 2018 de M. E et M C F, ainsi qu'une attestation d'existence de souche et de sa conformité établie par l'officier d'état civil de Yaoundé 7 le 25 août 2023. S'il est constant que Patrick Lenny Destiné Kamadeu E n'est pas le fils biologique M Mme D mais son petit-fils, la requérante produit également un jugement n° 1314/TPD du 20 octobre 2021 du tribunal de première instance de Yaoundé Ekounou lui conférant l'autorité parentale sur cet enfant.
11. Il résulte de ce qui précède que faute pour la commission ou le ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit d'observations, de préciser quels éléments des actes d'état civil ainsi produits révèleraient leur caractère inauthentique, lequel ne ressort pas à l'évidence des pièces du dossier, Mme D est fondée à soutenir qu'en retenant le motif énoncé au point 3 pour fonder sa décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à H I A, J A et Patrick Lenny Destiné Kamadeu E les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
14. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55%. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lelouey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 775 euros.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 425 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 30 août 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lelouey une somme de 775 euros (sept cent soixante-quinze euros) en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera à Mme D une somme de 425 euros (quatre cent vingt-cinq euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D, à Me Lelouey et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Ravaut, conseiller,
Mme Fessard-Marguerie, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.
Le rapporteur,
C. RAVAUT
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026