mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316145 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | BENVENISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 octobre 2023, 23 janvier 2024 et 22 mars 2024, Mme A F B, représentée par Me Benveniste, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 1er février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, en dépit de la recommandation de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 novembre 2023, rejeté le recours dirigé contre la décision du 31 juillet 2023 de l'autorité consulaire française à Nairobi (Kenya) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de jeune au pair ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle procède d'une appréciation manifestement erronée du risque de détournement de l'objet du visa.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A F B, ressortissante kenyane, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de jeune au pair auprès de l'autorité consulaire française à Nairobi (Kenya). Par une décision du 31 juillet 2023, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision de refus, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a, le 22 novembre 2023, recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé. Par une décision du 1er février 2024, dont Mme B demande l'annulation, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de délivrer le visa.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter le recours dont il était saisi, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé, d'une part, sur le risque de détournement par Mme B de l'objet du visa demandé, à d'autres fins que celles d'exercer en qualité de jeune au pair, révélé par la déclaration au poste consulaire de la présence d'un compagnon en France et l'absence d'inscription de l'intéressée à des cours de français, et d'autre part, sur la non-conformité de la convention conclue par Mme B avec la famille d'accueil avec la convention-type de jeune au pair, interdisant la prise en charge d'un enfant de moins de trois ans par un jeune au pair.
3. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article L. 426-22 dudit code : " L'étranger âgé de dix-huit à trente ans qui est accueilli temporairement dans une famille d'une nationalité différente et avec laquelle il ne possède aucun lien de parenté, dans le but d'améliorer ses compétences linguistiques et sa connaissance de la France en échange de petits travaux ménagers et de la garde d'enfants, et qui apporte la preuve soit qu'il dispose d'une connaissance de base de la langue française, soit qu'il possède un niveau d'instruction secondaire ou des qualifications professionnelles, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " jeune au pair " d'une durée d'un an. Cette carte est renouvelable une fois./ Une convention conclue entre le titulaire de cette carte et la famille d'accueil définit les droits et obligations des deux parties, notamment les modalités de subsistance, de logement et d'assurance en cas d'accident du jeune au pair, les modalités lui permettant d'assister à des cours, la durée maximale hebdomadaire consacrée aux tâches de la famille, qui ne peut excéder vingt-cinq heures, le repos hebdomadaire et le versement d'une somme à titre d'argent de poche. Une annexe à la convention retranscrit également les dispositions du code pénal sanctionnant la traite des êtres humains, les infractions d'exploitation, les droits garantis par la loi à la victime ainsi que les sanctions pénales encourues par l'employeur. Une liste des coordonnées d'associations spécialisées dans l'assistance aux victimes figure à la fin de cette annexe () ".
4. S'il est possible, pour le ressortissant d'un pays tiers, d'être admis en France et d'y séjourner pour y effectuer un séjour en qualité de jeune au pair sur le fondement d'un visa d'entrée et de long séjour en France dans les mêmes conditions que le titulaire d'une carte de séjour, ainsi que le prévoient les articles L. 426-22 et R. 426-13 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de dispositions spécifiques relatives à la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France figurant dans ce code, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de jeune au pair en se fondant, d'une part, sur le risque de détournement de l'objet du visa sollicité, lorsque le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour du ressortissant étranger en France et, d'autre part, sur la non-conformité avec la convention type de jeune au pair de la convention conclue par le demandeur avec la famille d'accueil.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu la délivrance d'un visa d'entrée et de court séjour en France en 2022 ayant pour objet une visite privée. Si le ministre oppose la circonstance que la personne répondante dans le cadre de cette demande, M. D C, aurait été présenté par la requérante comme étant son compagnon, il ne l'établit pas, alors que l'intéressée conteste formellement cette allégation et indique avoir respecté les termes dudit visa. En outre, il n'est pas contesté par le ministre que Mme B a obtenu le diplôme d'études en langue française (DELFA) de niveau A1, après avoir suivi 240 heures de cours de langue française auprès de l'alliance française de Nairobi (Kenya). Par suite, la circonstance selon laquelle la requérante ne justifie pas d'une inscription à des cours de français durant son séjour en France, alors qu'elle doit être regardée comme justifiant des connaissances de base de la langue française, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 426-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne saurait valablement lui-être opposée. Par suite, en lui opposant cette circonstance pour estimer que sa demande présenterait un risque avéré de détournement de l'objet du visa, le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation.
6. D'autre part, si le ministre oppose la circonstance, révélée par un courrier des époux E, famille accueillante, que Mme B serait conduite à prendre en charge leur dernier enfant âgé de 7 mois, alors que la convention type de jeune au pair l'interdirait, il ressort des pièces du dossier, notamment de ce même courrier adressé à la demanderesse par ses employeurs, que la garde de l'enfant de moins de trois ans par Mme B n'est envisagée que ponctuellement, dès lors qu'il est établi que cet enfant dispose d'une place en crèche. Par suite en opposant ce motif, le ministre a commis une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la décision du 1er février 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa d'entrée et de long séjour en France demandé par Mme B dans un délai de deux mois suivant sa notification, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, à verser à Mme B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er février 2024 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F B et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. REVEREAU
Le président,
P. BESSE
La greffière,
N. BRULANT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026