lundi 10 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | AH-FAH |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2316241, les 2 novembre 2023 et 13 août 2024, Mme E L A et M. I F, représentés par Me Ah-Fah, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 7 août 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme A un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de visa de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la situation de Mme A n'a pas fait l'objet d'un examen réel et sérieux ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son identité et le lien familial qui l'unit à M. F sont établis par les documents d'état civil et les éléments de possession d'état produits ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A et M. F ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 janvier 2025, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction de délivrance d'un visa de long séjour à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2404222, les 20 mars et 13 août 2024, Mme E L A et M. I F, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de D F, représentés par Me Ah-Fah, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 19 février 2024 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à D F un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer la demande de visa de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de la situation du jeune D ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que son identité et le lien familial qui l'unit à M. F sont établis par les documents d'état civil et les éléments de possession d'état produits ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A et M. F ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 janvier 2025, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction de délivrance d'un visa de long séjour à D F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Pétri, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Des visas de long séjour ont été sollicités, auprès de l'autorité consulaire à Dakar (Sénégal), par Mme E L A, ressortissante sénégalaise née le 28 février 1993, et pour D F, de même nationalité né le 11 novembre 2023, en qualité de membres de la famille de M. I F, ressortissant sénégalais qui réside en France sous couvert d'une carte de séjour portant la mention " Passeport talent - salarié qualifié - entreprise innovante ". Ces demandes ont été rejetées les 7 août 2023 et 19 février 2024. Mme A et M. F demandent l'annulation des décisions par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté les recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces refus consulaires.
Sur la jonction :
2. Les requêtes portant les numéros 2316241 et 2404222 présentent à juger des questions semblables, concernent des membres de la même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Pour rejeter les recours préalables formés contre les refus de visa litigieux, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée, ainsi qu'elle est réputée le faire en vertu des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme s'étant fondée sur le motif opposé par ces refus consulaires tiré de ce que les demandeurs de visa n'apportent pas la preuve de leur qualité de membres de famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent ".
4. Aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent (famille)" d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint. / Cette carte est délivrée, dans les mêmes conditions, aux enfants du couple entrés mineurs en France, dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire ou lorsqu'ils entrent dans les prévisions de l'article L. 421-35, pour une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de leur parent. () ". Aux termes de l'article R. 421-11 du même code : " Lorsque l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent", "passeport talent - carte bleue européenne", "passeport talent - chercheur", "passeport talent - chercheur - programme de mobilité" ou "passeport talent (famille)" prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11, L. 421-13 à L. 421-21, L. 421-22 et L. 421-23 réside hors de France, la décision de délivrance du titre de séjour sollicitée est prise par l'autorité diplomatique et consulaire () ". Si la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent la délivrance des cartes de séjour ne peut en principe être utilement invoquée à l'appui de conclusions à fin d'annulation d'une décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée en France, il en va autrement lorsqu'est en cause le refus de délivrer un visa sollicité dans le cadre d'une demande de carte de séjour " passeport talent (famille) " dès lors qu'en vertu des dispositions citées ci-dessus de l'article R. 421-11 de ce code, cette carte est délivrée ou refusée à l'étranger résidant hors de France par les autorités diplomatiques et consulaires, en même temps qu'elles statuent sur la demande de visa. Dans ce cas, l'administration n'est en droit de refuser la délivrance d'un visa long séjour au conjoint et aux enfants d'une personne bénéficiant d'un titre de séjour dans le cadre de ces dispositions régissant le " passeport talent " que pour un motif d'ordre public.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de cet article 47 : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
En ce qui concerne D F :
7. Pour justifier du lien familial qui unit M. F et le jeune D F, les requérants ont produit le volet n°1 d'un acte de naissance n°2341, établi par un officier d'état civil du centre de Patte d'Oie (Sénégal) le 13 novembre 2023, faisant état de ce qu'il est né de l'union de M. I F et de Mme E L A le 11 novembre 2023. Si le ministre de l'intérieur fait valoir, pour remettre en cause la valeur probante de ce document, que les dates de rencontre de Mme A et de M. F lors de leur séjour au Maroc du 24 février au 11 mars 2023 ne permettent pas d'établir qu'ils sont les parents du jeune D, né le 11 novembre 2023, ces allégations sont contredites par le certificat de grossesse établi le 9 octobre 2023 par le docteur K H, gynécologue obstétricienne, attestant que la date probable d'accouchement de Mme A était fixée au 19 novembre 2023. Par suite, le lien de filiation qui unit le jeune D F à M. F et à Mme A doit être regardé comme établi. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en rejetant le recours formé contre le refus de visa opposé au jeune D, pour le motif énoncé au point 3, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne Mme A :
8. Pour justifier de son identité, Mme A a produit une copie littérale de l'acte de naissance n°98, dressée par un officier d'état civil de la commune de Thiare (département de Kaolack au Sénégal) le 23 mai 2023, faisant état de ce qu'elle est née de l'union de M. J A et de Mme B G. Si ce document ne comporte pas " l'année, le mois, le jour, l'heure et le lieu de la naissance " ainsi que " les prénoms, nom, âge, profession et domicile des père et mère ", mentions prévues par l'article 52 du code de la famille sénégalais, et alors que ces irrégularités ne peuvent être regardées comme régularisées par une ordonnance n°816/2024 du tribunal d'instance de Kaolack (Sénégal), établie postérieurement à la date de la décision attaquée, elle verse toutefois au dossier un passeport et une carte d'identité, dont les mentions sont concordantes avec les documents d'état civil mentionnés précédemment. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du volet n°1 d'un acte de mariage n°384, de sa copie littérale, et du livret de famille, que M. F et Mme A ont célébré leur mariage le 6 août 2022, documents qui ne sont pas contestés par le ministre de l'intérieur, en défense. Il ressort également des pièces du dossier que M. F a effectué des versements d'argent réguliers au profit de Mme A depuis le 1er septembre 2022. Enfin, ainsi qu'il l'a été dit au point 7, le lien de filiation entre D F, qui a vocation à rejoindre son père sur le territoire français et Mme A est établi. Dans ces conditions, l'identité de Mme A et le lien matrimonial qui l'unit à M. A doivent être regardés comme établis par les éléments de possession d'état produits. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant le recours formé par Mme A pour le motif énoncé au point 3.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A et M. F sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur l'injonction d'office et sur les conclusions à fin d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
11. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance de visas de long séjour à Mme A et à D F. Si les requérants n'ont pas présenté de conclusions aux fins d'injonction de délivrance de ces derniers, il y a lieu pour le tribunal, en application du second alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à Mme A et à M. F, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions implicites de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France opposés à Mme A et à D F sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, de faire délivrer à Mme A et à D F des visas de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A et à M. F la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E L A, à M. I F et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Claire Chauvet, présidente,
Mme Marina André, première conseillère,
Mme Françoise Guillemin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025.
La rapporteure,
Marina C
La présidente,
Claire Chauvet
La greffière,
Anne Voisin
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,, 2404222
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026