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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316286

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316286

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023, M. D A C et Mme B E, agissant en leurs noms propres et en qualité de représentants légaux de Salwa Abdelmaroof A Mohamed, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 27 juin 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'ambassade de France au Soudan refusant de délivrer à Mme E et à Salwa Abdelmaroof A Mohamed des visas de long séjour a, à son tour, implicitement refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes dans la même condition de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen, dès lors que les visas ont été sollicités dans le cadre de la procédure de regroupement familial et non de la réunification familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motif.

La demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentée par

M. A C a été rejetée par une décision du 21 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du

4 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant soudanais, a obtenu le bénéfice du regroupement familial par une décision du préfet du Maine-et-Loire du 3 septembre 2020 au profit de son épouse, Mme E. Des demandes de visas de long séjour ont été déposées au profit de l'intéressée et de l'enfant alléguée du couple, Salwa Abdelmaroof A Mohamed, auprès de l'ambassade de France au Soudan, laquelle a rejeté ces demandes. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions de refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités par une décision implicite née le 27 juin 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée procéderait d'un défaut d'examen.

3. En deuxième lieu, lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans.".

5. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que les décisions consulaires auxquelles elle s'est substituée, à savoir : " En application de l'article L. 561-2 du CESEDA, votre mariage ou votre union a été célébré(e) postérieurement à l'introduction de la demande d'asile par votre conjoint ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du courriel adressé le 21 juillet 2022 à l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan), que Mme E et Salwa Abdelmaroof A Mohamed ont sollicité la délivrance de visas de long séjour au titre du regroupement familial.

7. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A C s'est vu accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de Mme E par une décision du préfet du Maine-et-Loire du 3 septembre 2020. Dans ces conditions, le motif opposé par l'administration n'est pas au nombre des motifs d'ordre public susceptibles de fonder légalement le refus de délivrance d'un visa sollicité à ce titre. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle concerne Mme E, est entachée d'une erreur de droit.

8. D'autre part, et en tout état de cause, un tel motif ne saurait être opposé à

Salwa Abdelmaroof A Mohamed, fille alléguée du regroupant. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle concerne l'intéressée, est également entachée d'une erreur de droit.

9. Toutefois, l'administration peut, notamment en première instance, faire valoir devant les juges de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors aux juges, après avoir mis à même la partie ayant introduit le recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, ils peuvent procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas la partie requérante d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Pour justifier de la légalité de la décision litigieuse, le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué aux requérants, que M. A C n'a pas déclaré l'existence de Salwa Abdelmaroof A Mohamed lors de sa demande de regroupement familial, cette omission ôtant tout caractère probant aux pièces produites à l'appui des deux demandes de visas.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A C n'a pas déclaré l'existence de Salwa Abdelmaroof A Mohamed, née le 3 février 2019, lors de sa demande de regroupement familial présentée le 9 juillet suivant. Dans ces conditions, en l'absence de réplique de la part des requérants sur ce point, le ministre est fondé à soutenir que la demande de regroupement familial présentée par M. A C revêt un caractère frauduleux. Le motif invoqué par le ministre est, ainsi, de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre, laquelle ne prive les requérants d'aucune garantie.

12. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que les demandeuses vivraient en situation de précarité au Soudan, ils ne l'établissent pas. Par suite, eu égard à ce qui a été dit au point 11 et alors qu'ils ne justifient pas de l'intensité et de la continuité des liens unissant les intéressées à M. A C, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A C et Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C et Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C, à Mme B E, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER Le greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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