jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316319 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 23 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile :
- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet a pris la décision de manière automatique sans examen de sa situation alors qu'il est dans une situation de vulnérabilité accentuée par son état de santé mentale et n'a jamais été entendu par les instances de l'asile ; le préfet n'a pas examiné le risque de violation des articles 33 de la convention de Genève et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la possibilité de lui refuser une attestation de demande d'asile en cas de demande de réexamen en application de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est qu'une faculté ; le refus de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile a des conséquences importantes en le privant des conditions matérielles d'accueil et le maintenant en situation très précaire ; le préfet n'a pas examiné les conséquences excessives de cette décision sur sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne et des dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu, ainsi que les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration alors même qu'il n'a jamais été entendu par les instances de l'asile et n'a jamais été reçu par les services préfectoraux ; il n'a pu faire valoir la durée de son séjour en France et en Europe, sa prise en charge médicale avec de lourds troubles psychiatriques et les craintes encourues en cas de retour en Somalie ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale et des risques encourus dans son pays d'origine ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le seul pays dans lequel il est admissible est la Somalie ; il n'a jamais été entendu par les instances de l'asile ; il fait état de craintes graves et actuelles du fait de son appartenance à un groupe minoritaire ; la situation en Somalie est qualifiée de violence généralisée notamment à la capitale ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,
- les observations de Me Néraudau, représentant M. B, en présence de ce dernier et assisté de M. E, interprète, qui soutient :
o il n'y a eu aucun examen de sa situation alors que l'obligation de quitter le territoire français contestée lui a été notifiée le jour même de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, alors qu'il est dans une situation de vulnérabilité du fait de ses troubles psychotiques graves, de son suivi psychiatrique en France, de la violence généralisée en Somalie et du conflit ethnique important dans son pays ;
o il n'a jamais été entendu sur ses craintes puisque sa demande devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2019 a été rejetée sans qu'il ait reçu de convocation et la procédure en 2020 clôturée car il ne s'est pas rendu à la convocation ;
o il n'a pas eu de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au terme de la procédure de 2023 ;
o son droit à être entendu en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne et de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ; il n'a jamais été entendu ni par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ni par la Cour nationale du droit d'asile, ni par les services de la préfecture ;
o en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, il n'y a pas eu examen au fond ; il vit en France depuis sept années et a une prise en charge médicale lourde en France ; la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas vérifié la disponibilité de son traitement en Somalie alors que son traitement parvient actuellement à le stabiliser ; il n'existe pas de système de santé en Somalie et il n'aura accès à rien vu son clan ;
o en ce qui concerne le pays de destination, il n'y a pas eu d'examen au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; son pays est dans une situation de violence généralisée et il est dans uns situation de grande vulnérabilité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant somalien né en janvier 1988, est entré en France en février 2017. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 avril 2019. A la suite de cette décision, le préfet du Gers a prononcé à son égard une obligation de quitter le territoire français le 12 juillet 2019. M. B a déposé une demande de réexamen en août 2019, demande rejetée le 28 janvier 2020. Interpellé pour des faits de vol avec dégradation et violences sur personne dépositaire de l'autorité publique le 6 mai 2020, il a été prononcé à son égard un arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français le 7 mai 2020. A nouveau interpellé le 7 mars 2021, un arrêté a été pris à son égard le 8 mars 2021 portant obligation de quitter le territoire français avec une interdiction de retour sur le territoire français de deux années. M. B a déposé une nouvelle demande de réexamen le 23 octobre 2023, qui a été enregistrée en procédure accélérée. Par des décisions du 23 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. B une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation des décisions du 23 octobre 2023.
Sur la décision refusant de délivrer à M. B une attestation de demande d'asile :
2. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () / 2° Lorsque le demandeur : () / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".
3. En premier lieu, l'arrêté du 23 octobre 2023 a été signé pour le préfet par Mme D F, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'intégration. Par un arrêté du 13 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a donné une délégation de signature à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique à l'effet de signer " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires aux maires ", et plus précisément, au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire () / - les décisions fixant le pays de renvoi ; () ". L'article 3 de ce même arrêté accordait, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint, la délégation de signature à Mme D F attachée, ajointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Il n'est ni établi ni même allégué que la directrice des migrations et de l'intégration et son adjoint n'auraient pas été absents. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
5. La décision refusant de délivrer à M. B une attestation de demande d'asile vise les considérations de droit et de fait qui la fondent et est donc suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 23 octobre 2023, qui relève le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2019 et le rejet de sa première demande de réexamen clôturée le 28 janvier 2020 et le dépôt d'une deuxième demande de réexamen, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation de M. B avant de refuser de lui délivrer une attestation de demande d'asile, les conséquences de cette décision étant sans incidence sur sa légalité.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".
8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
9. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
10. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
11. Il n'est pas contesté que M. B n'a aucunement été entendu par les services de la préfecture avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français attaquée et qu'il ne lui a aucunement été demandé d'observations écrites ou orales à cette occasion. Il ressort également des pièces du dossier qu'il n'a pas été entendu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni à l'occasion de sa première demande d'asile rejetée en avril 2019 ni à l'occasion de la clôture de sa première demande de réexamen en janvier 2020. S'il n'est pas contesté que la demande d'asile de M. B a été rejetée en avril 2019 sans qu'il ait honoré la convocation adressée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour l'entretien préalable et que sa première demande de réexamen a été clôturée en l'absence de production des documents demandés, il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat médical de novembre 2023, que depuis l'année 2018, M. B est atteint de trouble psychotiques avec désorganisation psychique, bizarreries de comportements et éléments délirants, seule la prise en charge médicale, établie depuis le mois de mai 2021, ayant permis une stabilisation partielle de son état, avec toutefois une persistante d'éléments délirants, d'agitation et de discours diffluent et peu compréhensible, soit des motifs de nature à faire naitre un doute quant à sa possibilité de répondre aux convocations et demandes de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2019 et 2020. Si l'intéressé a été placé en garde-à-vue au début de l'année 2023, il a été constaté qu'il ne pouvait, en raison de son état d'alcoolisation, lui être posé de questions, excluant qu'il soit interrogé, en tout état de cause, sur la possibilité d'une mesure d'éloignement. Il ressort ainsi également des pièces du dossier que M. B présente un état de santé psychique précaire et n'a vu cet état amélioré qu'après prescription notamment d'un antipsychotique. Dès lors, compte tenu de l'état de santé de l'intéressé, qui n'avait pas été porté à la connaissance des services préfectoraux, et de la circonstance, très particulière, que malgré le rejet d'une demande d'asile et le rejet d'une demande de réexamen, l'intéressé n'avait jamais été entendu sur les risques éventuellement encourus en cas de retour en Somalie, éléments de nature à influer sur le sens de la décision, M. B apparait fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu et à demander, pour ce motif, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français du 23 octobre 2023. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant fixation du délai de départ et fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être reconduit.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
13. Eu égard aux motifs du présent jugement, et en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée implique que le préfet de la Loire-Atlantique réexamine, dans un délai de trois mois, la situation de M. B. L'exécution du présent jugement n'implique en revanche pas qu'il soit enjoint au préfet de délivrer à l'intéressé une attestation de demande d'asile.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Néraudau, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 23 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à l'égard de M. B une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Néraudau, avocate de M. B, la somme de 1 200 en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Néraudau et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La magistrate désignée,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2316319
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026