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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316445

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316445

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 23 novembre 2023 et 17 mai 2024 (non communiqué), M. B A, représenté par Me Heller, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Sarthe conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur les conclusions portant annulation de la décision attaquée, et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête n'a plus d'objet, le requérant ayant exécuté la mesure d'éloignement le 12 avril 2024, postérieurement à la décision attaquée ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 18 janvier 1975, déclare être entré irrégulièrement en France en janvier 2013. Il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 5 octobre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le moyen commun au refus de titre de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français :

2. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire visent les stipulations conventionnelles et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elles font application, en particulier les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles mentionnent en outre de manière précise les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer le refus de titre de séjour, notamment les conditions de son entrée sur territoire, la durée de son séjour ainsi que sa situation professionnelle et familiale en France et en République du Congo. Par suite, ces décisions sont suffisamment motivées tant en droit qu'en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Enfin, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. M. A déclare être arrivé en France en janvier 2013 sans en apporter la preuve, et admet dans ses écritures s'être maintenu sur le territoire de manière irrégulière sans avoir sollicité la régularisation de son séjour. S'il se prévaut de la présence en France de sa concubine, compatriote congolaise titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et de leurs quatre filles mineures, il n'établit pas être totalement dépourvu d'attaches en République du Congo, où il a vécu la majeure partie de sa vie et retourne régulièrement. Si M. A soutient qu'il contribue de manière effective à l'entretien et l'éducation de ses filles, et qu'il vit en couple depuis plus de dix ans avec leur mère, il ressort toutefois des actes de naissance de ses filles que M. A a vécu en dehors du foyer familial à plusieurs reprises depuis la naissance de ces dernières, notamment à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) lors de la naissance de sa fille née en 2013, à Soisy-sous-Montmorency (Val d'Oise) lors de la naissance de sa fille née en 2015, et à Rouen (Seine-Maritime) lors de la naissance de ses filles nées en 2021 et 2022. Afin d'établir l'existence de sa contribution effective dans l'éducation et l'entretien de ses filles M. A verse notamment au dossier plusieurs factures d'achats destinés à des enfants, dont l'adresse de livraison se situe à son adresse postale et non à celle de ses enfants, ainsi que des photographies en compagnie de ses filles et de la mère de celles-ci non datées. Pour autant, l'ensemble de ces éléments ne permettent pas à eux-seuls d'établir la réalité de la contribution effective du requérant dans l'entretien et l'éducation de ses filles. Enfin, pour justifier son insertion socio-professionnelle, M. A verse au dossier plusieurs diplômes d'études supérieures, notamment deux diplômes délivrés par l'institut de relations internationales et stratégiques, ainsi que deux masters de droit délivrés par l'université de Brest et de Grenoble. Toutefois, ces éléments ne permettent pas à eux-seuls de justifier d'une particulière intégration socio-professionnelle. Dans ces conditions et en dépit du fait que M. A respecterait les valeurs de la République et maîtriserait la langue française, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle de M. A en France ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ".

10. Dès lors que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Sarthe pouvait décider, par application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'assortir sa décision d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. M. A n'établit pas, dans ces conditions, que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur de fait, d'erreur de qualification juridique des faits et d'erreur de droit au regard de ces dispositions.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

13. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A est un ressortissant de la République du Congo - Brazzaville et indique que si le requérant se maintient au-delà du délai de départ volontaire, son éloignement pourra être exécuté d'office à destination du pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de non-lieu opposée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

M. ALLIO-ROUSSEAU

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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