jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2316489 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Neraudau, doit être regardé comme demandant au juge de référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et dans l'attente, de le munir d'un récépissé constatant sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros hors taxes au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant de la décision contestée qui porte refus de renouvellement de son titre de séjour dès lors qu'elle a pour effet de le placer en situation irrégulière ; de plus, cette condition est remplie dès lors que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation en ce qu'elle a pour conséquences d'aggraver son état de santé ; comme en atteste le médecin en charge de son suivi, par un certificat médical du 7 février 2023, une rupture de son traitement et un changement dans sa situation administrative emportent des risques majeurs pour sa santé physique et mentale, et un risque élevé d'atteinte à sa vie ; par ailleurs, il risque de perdre son emploi et le bénéfice des allocations perçues en sa qualité de travailleur handicapé, la reconnaissance de son invalidité étant sans limitation de durée ; enfin, l'urgence est caractérisée dès lors que la décision contestée est entachée d'un doute sérieux sur sa légalité ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
* la compétence de son auteur n'est pas établie ;
* elle est entachée d'un défaut ou tout au moins d'une insuffisance de motivation dès lors qu'il existe un défaut d'examen actualisé de sa situation ; elle ne fait pas état d'une amélioration de son état de santé, ni de l'accès aux soins en Guinée et se borne à mentionner le nouvel avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ainsi qu'un document général, intitulé " fiche pays " qui serait établi par le ministère de l'intérieur, dont aucune référence n'est jointe et qui n'est pas produit, ce qui ne permet pas d'en connaitre le contenu ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; elle ne fait pas état d'une amélioration de son état de santé, ni de l'accès aux soins en Guinée et se borne à mentionner le nouvel avis du collège des médecins de l'OFII, ainsi qu'un document général, intitulé " fiche pays " qui serait établi par le ministère de l'intérieur, dont aucune référence n'est jointe et qui n'est pas produit, ce qui ne permet pas d'en connaitre le contenu ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation au regard des articles 3, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles R. 425- 11, R. 425-12 et R 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il appartient au préfet de démontrer d'une part, que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII qui a émis l'avis dont il se prévaut, avis qui doit être rendu à l'issue d'une délibération en formation collégiale et, d'autre part, de s'assurer de la régularité de la composition de ce collège ; il n'est pas justifié que l'avis des médecins de l'OFII a été rendu à l'issue d'une délibération collégiale, le préfet devant, pour l'établir, verser les extraits de l'application " Thémis " qu'il appartiendra au tribunal de solliciter, le cas échéant ; il doit également être démontré que les médecins de l'OFII ont délibéré sur la question des conséquences d'un défaut de prise en charge médicale et de la disponibilité du traitement médical dans son pays d'origine ; il n'est pas établi que les signatures apposées par les médecins sur l'avis médical sont lisibles et présentent les garanties de signatures authentiques ;
*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation au regard de ces dispositions dès lors qu'il n'est démontré, ni une amélioration de son état de santé, ni la modification de son traitement médical, ni une amélioration des caractéristiques du système de soins en Guinée, alors qu'il s'agit d'une demande de renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé ; à l'inverse, il établit, d'une part, que son traitement médical n'a pas évolué depuis 2022 et que son interruption entraînerait des conséquences d'une extrême gravité, avec risque vital, d'autre part, qu'il a été reconnu travailleur MDPH depuis l'octroi de son titre de séjour l'autorisant à travailler, enfin, qu'il n'y a pas le traitement que son état nécessite en Guinée et que les caractéristiques du système de santé et l'offre de soins dans ce pays n'ont pas connu d'amélioration depuis l'année 2022, date à laquelle il s'est vu délivrer son précédent titre de séjour pour raisons médicales ; la stabilité relative de son état résulte de la double prise des médicaments indisponibles en Guinée et de l'accompagnement médical et social mis en place ; ses troubles psychiatriques sont aussi en lien avec sa situation dans son pays d'origine ; il démontre également qu'une quelconque rupture dans sa prise en charge, telle qu'elle est actuellement mise en place en France, emporterait des conséquences d'une extrême gravité (risques suicidaires notamment) ; il fait état de plusieurs pathologies dont la tuberculose, l'hypertension artérielle, de varices et souffre d'une pathologie psychiatrique liée à des évènements vécus en Guinée tels que le décès de ses parents, le risque d'être persécuté par son ancien employeur et les autorités guinéennes ; ses médicaments sont indisponibles en Guinée et une interruption de sa prise en charge médicale aura des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; la présomption attachée à l'avis de l'OFII est ainsi renversée par les pièces produites ; de plus, il appartient au préfet de justifier son changement de position d'une année à l'autre, en produisant des éléments postérieurs à la précédente délivrance de son titre de séjour, et de démontrer que le traitement nécessaire à son état de santé est disponible en Guinée, ce qui est contredit par le médecin en charge de son suivi ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : sa situation personnelle en France, tout comme des considérations humanitaires, devaient conduire le préfet à faire usage de son pouvoir de régularisation ; il n'a aucune attache familiale en Guinée et craint d'y être persécuté en cas de retour, et de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'il réside en France depuis plus de cinq années et démontre y être parfaitement intégré, notamment professionnellement ; fils unique, il a une activité de maraîchage et a tissé de multiples liens en France ; la décision porte une atteinte grave à son droit de mener une vie privée normale ;
*il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir aux conclusions de la requête dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination.
Par ailleurs, le préfet fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. A ne démontre pas que la décision litigieuse d'une part, entraînerait la perte de son emploi, et risquerait d'affecter ses conditions de logement, et, d'autre part, le priverait des aides et droits dont il bénéficie compte tenu de son statut de travailleur handicapé ; il n'est pas établi qu'il perçoit l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et, en tout état de cause, la seule privation du bénéfice de cette allocation ne suffit pas à caractériser la situation d'urgence alléguée ; de plus, la suspension de l'exécution de la décision contestée ne peut lui permettre de percevoir l'AAH, dès lors que le juge des référés ne peut enjoindre à la délivrance d'un récépissé sans méconnaître les dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative ; il peut bénéficier d'une aide médicale d'Etat en France destinée aux personnes en situation irrégulière ; un certificat médical du 9 novembre 2023 atteste de la stabilisation de son état de santé ; la décision contestée n'a ainsi pas pour effet de placer M. A dans une situation de précarité ou dans un état d'indigence ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, portant refus de titre de séjour :
* la compétence de son auteur est établie ;
* elle est suffisamment motivée ;
* elle n'est pas entachée d'un vice de procédure et le requérant n'a été privé d'aucune garantie ;
* elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni n'est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions : le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de M. A nécessitait des soins dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'eu égard à l'offre de santé dans son pays d'origine, il pourra effectivement s'y faire soigner et y voyager sans risque ; M. A n'apporte aucun élément remettant en cause le sens de cet avis, qui n'est pas contradictoire avec le précédent avis du collège de médecins de l'OFII aux termes duquel les soins de M. A devaient être poursuivis en France pour une durée d'un an ; la circonstance qu'il bénéficie du statut de travailleur handicapé est, par elle-même, sans incidence sur la détermination du respect des conditions posées par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il n'indique pas les médicaments ou soins auxquels il n'aurait pas accès dans son pays d'origine et seule une attestation d'un médecin psychiatre du 7 février 2023 se prononce sur l'absence d'accès aux soins de M. A dans son pays d'origine ; le requérant ne souffre pas de la tuberculose mais de séquelles de la tuberculose et a fait l'objet d'un traitement pour de telles séquelles en 2017, et il n'est ainsi plus possible de considérer le requérant comme souffrant de cette pathologie ; il ne produit aucune attestation médicale indiquant le suivi de son hypertension ; il n'apporte aucun élément attestant des suites qui ont été données à l'intervention chirurgicale de son hernie inguinale de juillet 2023 ; son état de santé a ainsi évolué favorablement depuis l'obtention de son titre de séjour ; son état psychiatrique s'est également stabilisé ; la fiche pays établie par le ministre de l'intérieur en 2006 indique que de nombreux soins sont disponibles dans son pays d'origine et que depuis 2015, la Guinée est pourvue d'un plan national de développement sanitaire ; l'hôpital national de Donak dispose de chirurgiens expérimentés traitant des hernies inguinales ; une liste des médicaments établie par le ministre de la santé guinéen en 2021 comporte des antituberculeux et dans le même sens, une fiche MedCOI de 2017 révèle que le suivi par un pneumologue est possible, qu'il existe un service de pneumologie, de cardiologie, de psychiatrie et d'imagerie médicale, au sein de la clinique Ambroise Paré à Conakry, sa ville de naissance ; il ressort d'un document du ministère de l'intérieur du royaume des Pays-Bas de 2011 que les pathologies psychiatriques sont effectivement prises en charge en Guinée ; cette effectivité d'accès aux soins est corroborée par deux nouvelles fiches MedCOI de 2017 et 2019, aux termes desquelles il ressort que les pathologies psychiatriques, et notamment les états de dépression sévère, sont pris en charge en Guinée et qu'il existe à cet effet des structures médicales dans lesquelles les spécialités psychiatriques sont présentes ; s'agissant des traitements médicamenteux prescrits à M. A, la, mirtazapine tout comme la rispéridone sont disponibles en Guinée ; le risperdal étant composé de risperdone, ce traitement doit également être regardé comme disponible, dès lors qu'aucun élément n'établit la nécessité de combiner risperdone et risperdal qui ont le même principe actif ; des alternatives au neuroleptique tercian sont également possibles, la chlorpromazine, disponible en Guinée, pouvant être substituée à la cyamémazine, substance active du tercian ; le risque de retraumatisation dépeint en cas de retour en Guinée n'est pas établi par les pièces produites par le requérant ; de plus, si M. A indique que son état de santé serait lié à des événements vécus dans son pays d'origine, qui l'empêcherait d'y retourner, il n'est pas établi que le stress post traumatique dont il souffre serait effectivement lié à des événements vécus dans son pays d'origine ce qui, par suite, serait de nature à faire obstacle à sa prise en charge médicale dans son pays d'origine ; la demande d'asile de M. A a été rejetée et la Cour administrative d'appel de Nantes a jugé qu'il n'existait aucun risque pour la santé ou la sécurité de M. A en cas de retour dans son pays d'origine ; en cas de doute, il appartient au juge administratif de solliciter l'entier dossier médical de M. A et les observations de l'OFII ;
* elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : M. A n'a sollicité le renouvellement de son titre de séjour que pour raisons de santé et sur ce seul fondement ; en tout état de cause, il est présent sur le territoire français depuis janvier 2017 et s'est maintenu pendant plusieurs années en situation irrégulière, n'ayant obtenu qu'un seul droit au séjour d'une durée d'un an ; il est célibataire et sans enfant, ne faisant état d'aucune attache, ni d'aucune intégration notable ; il ne démontre pas qu'il serait isolé en cas de retour en Guinée où il a vécu la majeure partie de son existence, n'apporte pas la preuve du décès de ses parents et ne produit pas des pièces démontrant qu'il serait soumis à un risque de traitement inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine alors de plus que les instances asilaires ont rejeté sa demande de protection, et les juridictions administratives se sont prononcées à quatre reprises considérant qu'il n'existait aucun risque pour M. A en cas de retour en Guinée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2023.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 7 novembre 2023 sous le numéro 2316562 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 novembre 2023 à 14 heures :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- et les observations de Me Fabre, substituant Me Neraudau, représentant M. A, en sa présence, qui précise que la présente requête tend uniquement à la suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 portant refus de titre de séjour et renonce ainsi aux moyens soulevés à l'encontre des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, Me Fabre reprend ses écritures à la barre et soulève le moyen tiré de ce que le docteur C, qui a établi le rapport médical, ne figure pas sur la liste des médecins désignés pour participer au collège à compétence nationale de l'OFII, produite en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 30 mars 1998, déclare être entré en France le 30 janvier 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 août 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 novembre 2018. L'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, lequel lui a été délivré le 5 avril 2022, et dont il a demandé le renouvellement. Par une décision du 9 octobre 2023, dont M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'admettre l'intéressé au séjour.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des conclusions de la requête de M. A que celle-ci tend uniquement à ce que l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 portant refus de titre de séjour soit suspendue. S'il est vrai que ses écritures comportent des moyens dirigés contre les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, l'intéressé a expressément renoncé à ces moyens lors de l'audience, par la voix de son conseil. Par suite, et alors, au demeurant que, comme le fait valoir le préfet en défense, à supposer que M. A ait entendu contester devant le juge du référé-suspension la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et la décision fixant le pays de renvoi, de telles conclusions sont irrecevables, la présente requête doit être regardée comme uniquement dirigée contre la décision du 9 octobre 2023 portant refus de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
5. Il est constant que la décision contestée porte refus de renouvellement du titre de séjour de M. A. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. Le préfet de la Loire-Atlantique, en se prévalant, d'une part, du fait que le précédent titre de séjour de l'intéressé était motivé par la nécessité de poursuivre ses soins en France durant uniquement une période d'un an, d'autre part, de l'absence de preuve que M. A sera privé de son emploi, des aides et du logement dont il bénéfice du fait de la décision litigieuse et, enfin, de ce que l'intéressé peut bénéficier de l'AME, n'invoque aucune circonstance de nature à renverser cette présomption d'urgence. De surcroît, il ne saurait être sérieusement contesté que l'insertion professionnelle de M. A, qui justifie d'un contrat de travail à durée déterminée d'insertion conclu le 15 juillet 2022, se trouvera compromise à bref délai, à défaut du caractère régulier de son séjour en France. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. Compte tenu de la pathologie psychiatrique dont souffre M. A, de la nature de la prise en charge qu'elle implique et du traitement médicamenteux qui lui est prescrit, le moyen invoqué par l'intéressé à l'appui de sa demande de suspension et tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour, pour raisons de santé, de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de 15 jours à compter de sa notification, et dans cette attente, de lui délivrer, sans délai, un récépissé constatant sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Sur les frais liés à l'instance :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Neraudau d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour, pour raisons de santé, de M. A, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans cette attente, de lui délivrer, sans délai, un récépissé constatant sa demande de renouvellement de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Neraudau, avocate de M. A, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Neraudau.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 7 décembre 2023.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
Le greffier,
J-F MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026