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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316496

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316496

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de La Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de

1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, en contrepartie de la renonciation de cette dernière au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de cette décision ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de cette décision ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de La Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

14 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 avril 2020. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 19 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée le 28 avril 2023 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La demande de réexamen présentée par M. A a été rejetée pour irrecevabilité par l'OFPRA le 11 août 2023. Par un arrêté du 4 octobre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de La Loire-Atlantique a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 4 octobre 2023 a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture. Par arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de La Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire, et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. A, qui vit en France depuis moins de cinq ans, est célibataire et sans enfant. S'il évoque les efforts d'insertion qu'il a démontrés, notamment par son engagement passé en tant que bénévole dans une association, le contrat d'engagement jeune qu'il a conclu et ses recherches en vue d'obtenir une formation, il ne justifie pas avoir noué en France des attaches personnelles ou familiales d'une particulière intensité. Enfin, le requérant, qui indique ne plus avoir d'attaches en Côte d'Ivoire, ne l'établit pas. Dans ces circonstances, en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de La Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. M. A fait état de ses craintes en cas de retour en Côte d'Ivoire, où il indique crainte des persécutions de la part de la population et des autorités en raison de sa prétendue homosexualité. Il explique que son père, lui-même homosexuel, a été assassiné en 2017 et que craignant de subir le même sort, il a organisé une manifestation qui a provoqué son arrestation par les forces de l'ordre, qui l'ont torturé. Si le requérant produit un certificat médical évoquant des cicatrices sur différentes parties du corps, ce certificat avait déjà été communiqué à la CNDA, qui a estimé que ce document ne pouvait déterminer à lui seul les circonstances à l'origine de ces séquelles, ni établir leur lien avec les mauvais traitements mentionnés par le requérant, et a confirmé le rejet de sa demande d'asile au motif que les faits allégués ne pouvaient être tenus pour établis. Le requérant n'apporte, dans la présente instance, aucun élément nouveau de preuve de nature à établir la réalité et l'actualité des craintes qu'il allègue. Dans ces circonstances, il ne peut être considéré comme établi que la vie ou la liberté de

M. A serait menacée en Côte d'Ivoire, ni qu'il risquerait effectivement et actuellement, d'être personnellement soumis à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, en désignant ce pays parmi les destinations possibles en cas d'éloignement d'office, le préfet de La Loire-Atlantique n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Poulard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

S. LEGEAYLa République mande et ordonne au préfet de La Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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