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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316758

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316758

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, M. C D et Mme B A, représentés par Me Regent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran refusant un visa de long séjour pour Mme A au titre de la procédure de réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le droit à réunification familiale dès lors que l'identité et le lien marital sont établis eu égard aux actes d'état civil produits et aux éléments de possession d'état versés au débat ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union-Européenne.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2024 :

- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,

- et les observations de Me Sachot, substituant Me Regent, représentant M. D et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant afghan, né le 17 mai 1992, a obtenu le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 12 décembre 2016. Il se déclare marié à Mme B A, également ressortissante afghane, née le 15 janvier 1994. Mme A a sollicité auprès de l'ambassade de France à Téhéran un visa de long séjour en qualité de membre de famille de réfugié qui a été rejetée par l'autorité consulaire française. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 15 février 2023, dont les requérants demandent l'annulation, rejeté le recours formé contre la décision consulaire au motif tiré de ce que les déclarations contradictoires du protégé subsidiaire ne permettent pas d'établir l'identité et le lien marital avec la demanderesse de visa.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date 'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue (). Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

4. Par ailleurs, le premier alinéa de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Afin d'établir l'identité de Mme A et son lien de famille avec M. D, les requérants produisent une copie de la taskera n° 1400-0203-25925 et du passeport n° P04087081 délivrés à Mme A les 8 mai 2021 et 25 octobre 2021 desquels il ressort qu'elle est née le 25 janvier 1994 à Kabul. Il ressort toutefois de la demande d'asile présentée par M. D, le 17 juin 2016, qu'il s'est déclaré en situation de concubinage avec Mme E née en 1993 à Lazar-e Sharif, ce qu'il a confirmé au cours de son entretien réalisé auprès de l'Office le 29 novembre 2016. Il ressort par ailleurs de sa fiche familiale de référence établie le 27 décembre 2016, soit postérieurement à sa demande d'asile, qu'il s'est déclaré célibataire, et de la fiche familiale de référence modificative datée du 31 mars 2017 qu'il s'est déclaré marié religieusement, le 5 février 2014, avec Mme B A née le 15 février 1993. Il produit, en outre un document traduit en langue étrangère, qu'il présente comme un certificat de mariage délivré par les autorités afghanes, le 28 octobre 2017, duquel il ressort que Mme B s'est mariée religieusement avec un tiers, M. C, le 26 janvier 2014. Pour justifier ses déclarations contradictoires, M. D se borne à soutenir que les documents relatifs à sa demande d'asile ont été remplis par un ami qui " parlait un peu l'anglais " et qu'il s'est trompé dans l'identité et la date de naissance de son épouse eu égard à son manque de maîtrise de la langue française, et qu'il a sollicité auprès de l'Office la modification des données biographiques initialement transmises. Enfin, à supposer que l'identité de Mme A soit établie, les éléments de possession d'état versés au débat, comme les quelques photos non datées ainsi que les extraits des conversations téléphoniques via l'application WhatsApp à compter du 9 septembre 2021 ne sont pas suffisants pour regarder les requérants comme justifiant d'une vie commune stable et continue depuis une date antérieure à la demande d'asile. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en retenant que le lien de parenté entre le réunifiant et la demanderesse de visa n'est pas établi.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, dès lors que l'identité de Mme A et son lien marital allégué avec M. D ne sont pas établis, les moyens de la requête tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union-Européenne, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède la requête de M. D et de Mme A doit être rejetée, y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et une demande relative aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervouet, président du tribunal,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

A. FESSARD

Le président,

C. HERVOUET

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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