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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316900

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316900

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantAMARA LEBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Amara-Lebret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a interdit le retour sur le territoire français pendant douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de

1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée, été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, est entré en France muni d'un titre de séjour italien en qualité de résident de longue durée. Après avoir formé une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été rejetée le 11 juin 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 22 février 2022, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit à l'issue de ce délai. Le recours formé par M. B contre cet arrêté a été rejetée par le tribunal administratif de Nantes par jugement du 1er mars 2023. M. B a été interpellé le 7 novembre 2023 par les services de police, et placé en garde à vue pour des faits de soustraction à une mesure d'éloignement. Par un arrêté du 8 novembre 2023, le préfet de

Maine-et-Loire a interdit à M. B le retour sur le territoire français pendant douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

3. En premier lieu, l'arrêté du 8 novembre 2023 a été signé par M. A, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers de la préfecture de Maine-et-Loire. Par arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté litigieux n'aurait pas été compétent doit être écarté.

4. En deuxième lieu, de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

5. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

6. L'arrêté litigieux vise les dispositions de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et relève que M. B se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, qu'il n'établit pas disposer en France d'attaches privées et familiales intenses, stables et anciennes, et qu'il n'exerce pas d'activité professionnelle que sa cellule familiale peut se reconstituer dans son pays d'origine ou en Italie, et. Si l'arrêté ne fait pas état de la présence en France de son épouse, et de ses enfants scolarisés, il indique toutefois que la cellule familiale peut se reconstituer dans le pays d'origine du requérant, ou en Italie, ce qui permet de constater que le préfet de Maine-et-Loire a bien tenu compte des attaches familiales du requérant, dont l'épouse fait d'ailleurs également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise en application d'une obligation de quitter le territoire français que le tribunal administratif de Nantes a confirmée le 1er mars 2023. Si le requérant fait valoir la présence en France de sa famille, et les attaches amicales qu'il a nouées, et l'achat d'un bien immobilier à Angers, ces éléments ne sauraient être regardés comme constituant des circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative d'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Il en va de même des moyens tirés de ce qu'il aurait commis une erreur de droit et méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. B vit en France depuis moins de quatre ans. Son épouse fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et le recours qu'elle a formé contre cette décision a été rejeté par le tribunal administratif de Nantes par jugement du 1er mars 2023. S'il fait état de la présence en France de ses enfants et de leur scolarisation de ses enfants, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, dont M. B et son épouse sont originaires, ou en Italie, où le requérant a la qualité de résident. S'il se prévaut encore de la présence en France d'une de ses sœurs, et justifie avoir noué des relations amicales en France, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc. Dans ces circonstances, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté, pour les mêmes motifs.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

S. LEGEAYLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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