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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2316989

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2316989

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2316989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CARADEUX CONSULTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par des requêtes enregistrées les 13 et 16 novembre 2023 sous les nos2316879 et 2316989, le collectif " Sauvons les arbres de Clisson ", MM. A, Foucher, Halgand, Tanguy, Trezy, Leclere, Anceze et Mmes C, Fabre, Garro, Thomas et Bresch demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 novembre 2023 par laquelle le maire de la commune de Clisson (Loire-Atlantique) a décidé de procéder à l'enlèvement des pins parasol présents rue Yves du Manoir ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Clisson la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir en qualité de riverains et voisins de la rue Yves du Manoir, ainsi qu'en leur qualité d'usagers de cette voie publique ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la date d'abattage des arbres est fixée au 20 novembre 2023 ; sans intervention rapide du juge des référés, la course de vitesse contre la légalité engagée par la commune interdira tout recours contentieux ; le contexte de changement climatique implique de préserver les arbres adultes en pleine santé pour plus de fraîcheur lors des canicules, plus de biodiversité et plus de captation carbone ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 350-3 du code de l'environnement dès lors que ces arbres constituent, aux termes du plan local d'urbanisme, des arbres d'alignement d'une voie publique et sont ainsi protégés à ce titre ;

* elle méconnaît les dispositions des articles R. 350-20 et R. 350-26 du code de l'environnement dès lors qu'il n'est pas établi que le dossier de déclaration ou d'autorisation exigé par ces dispositions ait été communiqué aux services préfectoraux dans les délais impartis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 novembre 2023, la commune de Clisson représentée par Me Caradeux, conclut au rejet des requêtes et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, elle oppose une fin de non-recevoir aux conclusions des requêtes à fin de suspension dès lors qu'elles sont dirigées contre un acte préparatoire dépourvu de caractère exécutoire.

A titre subsidiaire, elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces des dossiers ;

- la requête enregistrée le 13 novembre 2023 sous le numéro 2316885 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 à 14 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés, qui informe les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que l'ordonnance est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes aux fins de suspension, la décision contestée ayant implicitement mais nécessairement été retirée ;

- les observations de M. A, représentant le collectif " Sauvons les arbres à Clisson " et les autres requérants, qui reprend leurs écritures à la barre et soutient, d'une part, que le courrier du 6 novembre 2023 en litige ne constitue pas un acte préparatoire et révèle, compte tenu de ses termes et de la date fixée pour la réalisation des travaux, la décision prise par le maire de la commune de Clisson d'abattre les arbres de la rue Yves du Manoir, et, d'autre part, que le dépôt, par cette commune, d'une demande d'autorisation de remplacement d'un alignement d'arbres, le 15 novembre 2023, auprès des services préfectoraux, en application de l'article R. 350-20 du code de l'environnement, démontre l'illégalité de la décision contestée ;

- et les observations de Me Dubos, substituant Me Caradeux, représentant la commune de Clisson, qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur l'absence de caractère décisoire du courrier du 6 novembre 2023, qui ne constitue qu'une information des riverains, alors qu'aucune décision n'a été prise par le maire de la commune lequel est en attente des suites données à sa demande d'autorisation de remplacement d'un alignement d'arbres, du 15 novembre 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos2316879 et 2316989 formées par les mêmes collectif et personnes présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour qu'il soit statué par une seule ordonnance.

2. Par un courrier du 6 novembre 2023, le maire de la commune de Clisson a informé les riverains de la rue Yves du Manoir, de ce qu' " il a été décidé de procéder à l'enlèvement des pins parasols présents dans cette rue ". Par les présentes requêtes, le collectif " Sauvons les arbres à Clisson " ainsi que MM. A, Foucher, Halgand, Tanguy, Trezy, Leclere, Anceze Mmes C, Fabre, Garro, Thomas et Bresch demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision du 6 novembre 2023.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Par un courrier du 6 novembre 2023, le maire de la commune de Clisson a informé les riverains de la rue Yves du Manoir de ce qu' " il a été décidé de procéder à l'enlèvement des pins parasols présents dans cette rue ", une première intervention étant prévue entre les 20 et 24 novembre 2023, puis une seconde, en vue de la remise en état des trottoirs et de la voirie. En outre, si les dates ainsi mentionnées sont qualifiées d'indicatives, les seules possibilités de décalage de celles-ci sont conditionnées aux " intempéries et/ou de retard sur le chantier " et non à la satisfaction d'obligations procédurales, les démarches de la commune en ce sens ayant été engagées le 15 novembre 2023, postérieurement à l'introduction de la requête n°2316879, dont la presse a fait état dès le 13 novembre 2023. Compte tenu des termes clairs de ce courrier, celui-ci ne peut être regardé comme un acte préparatoire, comme l'oppose la commune de Clisson en défense, mais révèle l'existence de la décision du maire de procéder à l'abattage des arbres en cause pour des impératifs de sécurité. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

5. Toutefois, il est constant que, le 15 novembre 2023, la commune de Clisson a déposé une demande d'autorisation de remplacement d'un alignement d'arbres auprès du préfet de la Loire-Atlantique en application de l'article R. 350-20 du code de l'environnement. En présentant une telle demande, à la suite de laquelle le préfet peut notamment s'opposer à l'opération d'abattage en cause, le maire de la commune de Clisson doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement procédé au retrait de la décision litigieuse. Par suite, les conclusions des requêtes aux fins de suspension sont devenues sans objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de chacune des parties les frais engagés par celles-ci à l'occasion de l'instance et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions des requérants et de la commune de Clisson présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions des requêtes nos2316879 et 2316989 à fin de suspension.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos2316879 et 2316989 est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Clisson présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au collectif " Sauvons les arbres de Clisson ", MM. Frédéric A, Didier Foucher, Fabrice Halgand, Eric Tanguy, Christophe Trezy, Yannick Leclere, David Anceze et Mmes B C, B Fabre, Isabelle Garro, Julie Thomas et Anne Bresch et à la commune de Clisson.

Fait à Nantes, le 18 décembre 2023.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTE

La greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2316879-2316989

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