vendredi 28 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317036 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | PRONOST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 novembre 2023, le 7 décembre 2023 et le 10 décembre 2024, M. I B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant des mineurs C, A, H, F et L B G, ainsi que Mme D B G et M. E B G, représentés par Me Pronost, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 23 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française au Kenya et en Somalie en date du 15 juin 2023 refusant de délivrer des visas d'entrée et de long séjour à Mme D B G et M. E B G et aux mineurs C, A, H, F et L B G au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer les demandes de visa dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne s'est pas réunie dans une composition régulière ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les documents produits permettent d'établir l'identité et le lien de famille des demandeurs de visa et que les mentions des actes correspondent aux déclarations de M. B G B lors de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. I B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ravaut,
- et les observations de Me Pronost, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. I B, ressortissant somalien, est bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 15 janvier 2020. Dans le cadre de la procédure de réunification familiale, des visas de long séjour ont été sollicités pour Mme D B G et M. E B G, et les mineurs C, A, H, F et L B G, qu'il présente comme ses enfants, et refusés par des décisions de l'autorité consulaire française au Kenya et en Somalie en date du 15 juin 2023. Par la présente requête, M. I B, Mme D B G et M. E B G demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler la décision du 23 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française au Kenya et en Somalie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours des requérants au motif que les documents d'état civil présentés et les pièces transmises pour les compléter ne sont pas probants et ne permettent pas d'établir l'identité des demandeurs de visa et leur lien de famille avec le réunifiant.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code, rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'un réfugié statutaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des actes produits pour établir l'identité des demandeurs de visa et leur filiation à l'égard du réunifiant.
5. S'agissant de Mme D B G et de M. E B G, sont versés à l'instance leurs certificats de naissance et leurs certificats d'identité dressés par l'officier d'état civil de la ville de Mogadiscio le 27 novembre 2021 et faisant état de leur naissance le 5 juin 2004 de l'union de M. B G B et de Mme K. Par ailleurs, les déclarations de M. B G B dans la fiche familiale de référence et dans son dossier de demande d'asile concordent avec les mentions contenues dans les certificats. Enfin, le décès de la mère des demandeurs le 31 décembre 2005 est attesté par un acte établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 décembre 2020. Si le ministre de l'intérieur soutient que la date de décès de la mère n'est pas clairement déterminée et semble remettre en cause la réalité de celui-ci, non seulement il ne produit aucune pièce en ce sens mais, en outre, il ne justifie pas avoir engagé une procédure d'inscription en faux de l'acte établi par l'OFPRA. En tout état de cause, l'irrégularité relevée par le ministre n'est pas de nature à remettre en cause le caractère probant des actes produits pour justifier l'identité des demandeurs de visa et leur filiation.
6. S'agissant des mineurs C, A, H, F et L B G, M. B G B verse à l'instance leurs certificats de naissance et leurs certificats d'identité tous dressés par l'officier d'état civil de la ville de Mogadiscio le 5 septembre 2021 et faisant état de la naissance des enfants, le 20 juillet 2006 pour C, le 1er septembre 2007 pour A, le 1er août 2008 pour H, le 4 juillet 2009 pour F et le 31 décembre 2010 pour L, de son union avec Mme J. Ces mentions sont corroborées tant par les passeports délivrés pour chaque enfant que par les déclarations du requérant à l'OFPRA lors de sa demande d'asile et dans sa fiche familiale de référence. Enfin, il ressort du certificat de décès établi par la cour du district de Karan le 18 mars 2023, dont les inscriptions ne sont pas contestées par le ministre de l'intérieur, que la mère des enfants est décédée le 14 février 2023.
7. Si le ministre fait valoir que les documents ainsi produits ont été établis par la municipalité de Mogadiscio alors que les enfants sont tous nés à Boulomarer, cette circonstance, qui résulte de l'absence de service central d'état civil en Somalie expliquant l'absence d'actes d'état civil de naissance au profit de la délivrance de certificats de naissance, n'est pas suffisante pour leur ôter tout caractère probant. Dans ces conditions, ces documents, dont les mentions sont corroborées par les déclarations de M. B G B devant l'OFPRA et dans sa fiche familiale de référence, par ses deux voyages au Kenya et par les photographies produites avec ses enfants, permettent de déterminer tant l'identité des demandeurs de visa que leur filiation à l'égard du réunifiant par le mécanisme de la possession d'état. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a méconnu les dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de leur délivrer les visas sollicités.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à Mme D B G et M. E B G, à M. C B G et aux mineurs A, H, F et L B G les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. M. I B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pronost renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 23 novembre 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pronost une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. I B, à Mme D B G, à M. E B G, à M. C B G, à Me Pronost et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
M. Ravaut, conseiller,
Mme Fessard-Marguerie, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2025.
Le rapporteur,
C. RAVAUT
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026