jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHAUTEN |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2023 et le 4 novembre 2024 sous le numéro 2317108, M. D B, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-3318 du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2023-3390 du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois et lui a fait obligation de se présenter au commissariat de police d'Angers les mardis et jeudis à 10 heures, sauf jours fériés ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire et dans ce même délai, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, ainsi que celle fixant le pays de destination la prive de base légale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois avec obligation de présentation :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai la prive de base légale ;
- elle est manifestement excessive et disproportionnée au regard de sa situation personnelle et professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 12 septembre 2024.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2023 et le 4 novembre 2024 sous le numéro 2317115, Mme E A épouse B, représentée par Me Schauten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-3319 du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'annuler l'arrêté n° 2023-3389 du 7 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assignée à résidence pour une durée de six mois et lui a fait obligation de se présenter au commissariat de police d'Angers les mardis et jeudis à 10 heures, sauf jours fériés ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire et dans ce même délai, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ainsi que de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, ainsi que celle fixant le pays de destination la prive de base légale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois avec obligation de présentation :
- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai la prive de base légale ;
- elle est manifestement excessive et disproportionnée au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme A épouse B n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 12 septembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B et Mme E A épouse B, ressortissants chinois, sont respectivement nés les 6 novembre 1983 et 10 mai 1987 à Zhejiang en Chine. M. B est entré régulièrement sur le territoire français le 31 mars 2011 sous couvert d'un visa D Schengen à entrées multiples valable du 16 février 2011 au 13 novembre 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 24 août 2011 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 26 janvier 2012 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Mme A épouse B a fait une demande d'asile le 14 mai 2014 qui a été rejetée par décision du 23 octobre 2014 de l'OFPRA, confirmée par décision du 9 janvier 2015 de la CNDA. Les requérants ont sollicité le 14 novembre 2022 du préfet de Maine-et-Loire leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Toutefois, par deux arrêtés du 26 octobre 2023, notifiés le 15 novembre suivant, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire sans délai, leur a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois. Par deux arrêtés du 7 novembre 2023, notifiés le 15 novembre suivant, le préfet de Maine-et-Loire a également prononcé leur assignation à résidence pour une durée de six mois. M. B et Mme A épouse B demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du préfet de Maine-et-Loire.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2317108 et 2317115 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a porté sur l'un ou l'autre de ces points.
4. M. B, ressortissant chinois né le 6 novembre 1983, est entré régulièrement sur le territoire français le 31 mars 2011, sous couvert d'un visa D Schengen valable du 16 février 2011 au 13 novembre 2011. Il s'est également vu délivrer une carte de séjour temporaire pour raison de santé valable du 30 avril 2013 au 29 octobre suivant, régulièrement renouvelée jusqu'au 20 juillet 2016. Il est marié à Mme A épouse B de nationalité chinoise, née le 10 mai 1987, qui a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 10 mars 2014. Ils sont parents de deux enfants scolarisés en France. Leur fils, C F B, est né à Paris le 13 janvier 2017 et leur fille, G B, est née le 28 avril 2011 à Zhejiang (Chine). M. B se prévaut également de son statut d'entrepreneur et a produit l'ensemble des documents fiscaux relatifs à son entreprise et au revenu généré par celle-ci depuis 2018. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des deux requêtes, compte tenu de l'ancienneté du séjour des requérants en France, de l'insertion professionnelle de M. B, le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en leur refusant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors les deux arrêtés contestés doivent être annulés dans toutes leurs décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Compte tenu du motif d'annulation des deux arrêtés litigieux, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Maine-et-Loire délivre à M. et Mme B les titres de séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Me et Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de Maine-et-Loire du 26 octobre 2023 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. et Mme B le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : 1. L'Etat versera la somme globale de 2 000 (deux milles) euros à M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, Mme E B, à Me Schauten et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Beyls, conseillère,
M. Huet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. BEYLS
Le greffier,
G. VIEL
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N° 2317108, 2317115
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026