mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Neraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour le temps de cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa demande ;
- elle méconnaît l'article L. 422-10 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il est fondé à demander que l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 complétant la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes entre les deux pays soit substitué, en tant que base légale, au 2° de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président-rapporteur,
- les observations de Me Neraudau, représentant Mme C,
- les observations de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 9 avril 1973, est entrée en France le 22 août 2016, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 21 août 2016 au 21 août 2017. Le préfet de la Loire-Atlantique lui a ensuite délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 16 octobre 2017 au 15 octobre 2018. Après avoir obtenu un diplôme de master à l'issue de l'année universitaire 2017/2018, Mme C a été mise en possession d'une première autorisation provisoire de séjour, portant la mention " étudiant en recherche d'emploi ", valable du 26 décembre 2018 au 25 septembre 2019, puis d'une seconde autorisation provisoire de séjour, portant la même mention et valable du 21 octobre 2019 au 25 juin 2020. Elle a ensuite été titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 31 décembre 2020 au 30 décembre 2021 et dont, avant le 30 décembre 2021, elle a demandé le renouvellement. Le 10 août 2022, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté du 23 décembre 2022 dont Mme C demande l'annulation, ce préfet a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Guillaume B, directeur adjoint des migrations et de l'intégration, à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 5 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D, directrice des migrations et de l'intégration ou, en l'absence de cette dernière, à son adjoint M. B, à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau du séjour, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire, d'une décision fixant le pays de renvoi () ". Dès lors et dans la mesure où l'absence ou l'empêchement, le 23 décembre 2022, de Mme D ne ressort pas du dossier, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211 5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de son auteur de refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée. Conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, par suite, motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que Mme C est ressortissante gabonaise et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, motivée.
5. Il résulte de l'instruction que, pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à l'examen de la situation particulière de Mme C, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.
6. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () ".
7. Successivement saisi de différentes demandes de délivrance d'un titre de séjour par un ressortissant étranger, le préfet, qui n'a pas l'obligation d'y statuer par une décision explicite, n'est pas non plus tenu d'y statuer par une seule et même décision.
8. L'arrêté attaqué énonce qu'à l'issue, le 30 décembre 2021, du titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dont elle était titulaire, Mme C ne s'est pas manifestée auprès de l'administration pour en demander le renouvellement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, comme d'ailleurs le préfet en fait état dans ses écritures, avant le 30 décembre 2021, Mme C avait demandé le renouvellement de ce titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que cette énonciation de l'arrêt attaqué est entachée d'une erreur de fait. Toutefois, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 précités, cette demande du 9 décembre 2021 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Il en résulte que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet, qui n'était pas tenu de se prononcer explicitement sur cette demande de titre de séjour dans l'arrêté du 23 décembre 2022, a omis de se prononcer sur ladite demande.
9. Si, comme il a été dit, l'arrêté attaqué est affecté sur ce point d'une erreur de fait, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser le 23 décembre 2022 de délivrer un titre de séjour à Mme C, le préfet de la Loire-Atlantique n'a tiré ou déduit aucune conséquence particulière du constat erroné de ce que l'intéressée se serait abstenue de demander le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dont elle était titulaire et, en particulier, n'a pas estimé que Mme C devrait être regardée comme se trouvant dans le cas d'une première demande de délivrance d'un titre de séjour. Il en résulte que ce constat erroné n'est pas au nombre des considérations de droit ou de fait constituant le fondement de la décision du 23 décembre 2022 refusant à Mme C la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, cette erreur de fait est sans incidence sur l'appréciation de la légalité de cette décision et n'est, par suite, pas propre à en justifier l'annulation.
10. Pour refuser de délivrer à Mme C la carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " prévue par l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a successivement considéré, d'une part, que Mme C n'est pas en mesure de justifier de la réalité de l'envoi d'une demande de délivrance de ce titre de séjour et, de surcroît, qu'elle n'en remplit pas les conditions de la délivrance. Aux termes de cet article L. 422-10 : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie soit avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " délivrée sur le fondement des articles L. 422-1, L. 422-2 ou L. 422-6 et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret, soit avoir été titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent-chercheur " délivrée sur le fondement de l'article L. 421-14 et avoir achevé ses travaux de recherche, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur ; / 2° Il justifie d'un projet de création d'entreprise dans un domaine correspondant à sa formation ou à ses recherches. ".
11. En premier lieu, si le préfet convient que Mme C avait, avant le 30 décembre 2021, demandé le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle détenait par la délivrance d'une carte de séjour de même nature, il ne ressort en revanche pas des pièces du dossier que Mme C, qui se borne à présenter une preuve de dépôt d'un courrier recommandé adressé à la préfecture le 9 décembre 2021, aurait, à cette occasion ou à une autre, demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ".
12. En deuxième lieu et au surplus, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ".
13. Aux termes de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement : " Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf (9) mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle () A l'issue de la période de validité de l'autorisation provisoire de séjour, l'intéressé pourvu d'un emploi ou titulaire d'une promesse d'embauche, satisfaisant aux conditions ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle, sans que soit prise en considération la situation de l'emploi ".
14. L'article 8 de cet accord bilatéral du 5 juillet 2007 stipule qu'il complète la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992. Aux termes de l'article 12 de cette convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".
15. Il résulte de ce qui précède que le séjour des ressortissants gabonais ayant achevé avec succès en France un cycle de formation conduisant à un diplôme au moins équivalent au master et souhaitant compléter leur formation par une première expérience professionnelle est un point traité par la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 complétée par l'accord du 5 juillet 2007. En conséquence, les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à ces ressortissants gabonais, auxquels sont applicables les stipulations précitées de l'article 2.2 de l'accord du 5 juillet 2007. Dès lors, en faisant application à Mme C de cet article L. 422-10, le préfet en a méconnu le champ d'application.
16. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée et d'avoir, au préalable, mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
17. Ainsi que le fait valoir en défense le préfet de la Loire-Atlantique, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet pouvait décider de refuser le titre de séjour qui aurait été sollicité sur le fondement de ces stipulations, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, ce qui est le cas en l'espèce. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale ainsi demandée.
18. L'article 2.2 de l'accord franco-gabonais précité n'énonce aucune modalité d'application quant aux demandes présentées sur son fondement. D'une part, aux termes de l'article 12 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 que l'accord franco-gabonais relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement vient compléter, il convient de se reporter au droit national pour tous les points non traités par la convention. D'autre part, cet accord n'a pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus des titres de séjour. Il convient dès lors de se référer à l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lequel " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ".
19. L'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'étranger qui sollicite une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " doit à l'appui de sa demande présenter une carte de séjour portant la mention " étudiant " en cours de validité et un diplôme au moins équivalent obtenu dans l'année. Il ressort des pièces du dossier que le dernier titre de séjour portant la mention " étudiant " dont Mme C était titulaire est arrivé à échéance en 2018 et qu'elle a obtenu un diplôme de master en 2018. Il en résulte qu'à supposer qu'elle aurait effectivement, en 2021 ou 2022, saisi le préfet de la Loire-Atlantique d'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", sa situation ne relevait alors plus des prévisions de l'article 2.2 précité de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007, dont d'ailleurs elle avait bénéficié à la suite de l'obtention de ce master, à la faveur de la délivrance des deux autorisations provisoires de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi " rappelées au point 1 ci-dessus. Il en résulte que le moyen tiré d'une inexacte application de cet article 2.2, qu'il y a lieu de substituer à l'article L. 422-10, doit être écarté.
20. L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
21. Ainsi qu'il a été dit, l'arrêté attaqué ne statue pas sur la demande de renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " que Mme C avait présentée au mois de décembre 2021 et qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, qu'il est loisible à l'intéressée de frapper de recours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 précité, qui ne prescrit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, est inopérant à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 décembre 2022 lui refusant l'admission au séjour.
22. La circonstance qu'il n'a pas été délivré récépissé de la demande de renouvellement de la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 31 décembre 2021 dont les parties indiquent qu'elle a été présentée par Mme C est sans influence sur l'appréciation de la légalité de l'arrêté attaqué.
23. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
24. Le séjour de la requérante en France, remontant à plus de six ans à la date de l'arrêté attaqué, n'est plus récent. Il n'est, toutefois, pas particulièrement ancien, alors qu'elle est née en 1973. Il ressort des pièces du dossier qu'elle est célibataire et n'a aucune tierce personne à sa charge. Le pacte civil de solidarité qu'elle avait conclu avec un ressortissant français, dont elle s'est séparée en 2022, a pris fin. Elle ne justifie pas d'attaches de nature privée ou familiale particulières en France. Quand bien même elle a eu l'occasion de séjourner en France avant 2016, entre 1984 et 1990 où elle fait valoir qu'elle était scolarisée à Paris ainsi qu'en juillet et août 2014, l'ensemble des membres de sa famille proche, en particulier ses frères, résident au Gabon et il ne ressort pas du dossier que des proches de la requérante seraient établis en France depuis une longue durée. Si Mme C rappelle les études qu'elle a menées à bien en France entre 2016 et 2018 puis les autorisations provisoires de séjour qui lui ont ensuite été délivrées ainsi qu'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " et les quelques activités professionnelles que ses titres ou autorisations de séjour lui ont permis d'occuper, ces études et activités professionnelles se rapportent à des composantes essentiellement publiques de la vie personnelle, mais non à la vie privée et familiale et ne caractérisent pas des attaches de nature privée et familiales anciennes, intenses et stables. Seule une carte de séjour temporaire lui avait été délivrée pendant un an en considération de sa vie privée, en raison de ce pacte civil de solidarité qui a pris fin en 2022, mais le visa de long séjour, la carte de séjour en qualité d'étudiante puis deux autorisations provisoires de séjour portant la mention " étudiant en recherche d'emploi " ont été délivrées sans rapport avec la vie privée et familiale de Mme C. La circonstance qu'elle aurait vécu en France entre 1984 et 1990 ne caractérise pas des attaches privées et familiales particulières dont elle disposerait effectivement en France à l'époque de l'arrêté attaqué, trente-deux ans plus tard. Mme C ne justifie pas ne pouvoir poursuivre sa vie privée et familiale dans le pays dont elle est la ressortissante et où elle a vécu pendant plus de trente-cinq ans. Elle n'est pas non plus dans l'impossibilité de se rendre à nouveau en France, munie de visas, comme elle l'a fait avant et en 2016. Dès lors et quand bien même Mme C se prévaut d'une bonne intégration en France et, selon elle, de perspectives d'emploi, le préfet de la Loire-Atlantique, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de Mme C.
25. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale" () ". Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste en estimant que l'admission exceptionnelle de Mme C au séjour en France ne répond pas à des motifs humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels. Il n'en ressort pas davantage que, comme le fait valoir la requérante, les services de la préfecture de la Loire-Atlantique lui aurait conseillé de demander le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour.
26. Compte tenu de ce qui a été de la légalité de la décision du 23 décembre 2023 refusant la délivrance d'un titre de séjour, Mme C n'est pas fondée à soutenir que celle portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.
27. Compte tenu de ce qui a été de la légalité des deux décisions du 23 décembre 2023 refusant la délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français, Mme C n'est pas fondée à soutenir que celle fixant le pays de renvoi, qui ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est illégale en raison de l'illégalité de ces deux décisions.
28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent, dès lors, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Néraudau.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le président-rapporteur,
A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026