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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317185

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317185

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 mai 2023 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle remplit les critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ; elle est mère de trois enfants scolarisés en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation de la requérante et méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des circonstances humanitaires justifiant qu'il n'y ait pas d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas pris en compte l'ensemble des critères fixés par ces dispositions puisqu'il a relevé qu'elle ne présentait pas une menace pour l'ordre public et a néanmoins prononcé une interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante albanaise née en juin 1984, est entrée en France le 18 novembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 16 juin 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er décembre 2017. Consécutivement à ces décisions, Mme B s'est vu notifier une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 16 janvier 2018. Son recours contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 20 mars 2018. Elle a, ensuite, sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour en mars 2018. Sa demande a été rejetée par une décision portant en outre obligation de quitter le territoire français le 22 janvier 2019. Son recours contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 19 juin 2019. Son appel contre ce jugement a été rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 5 février 2020. Une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée en février 2020 par Mme B a été rejetée par une décision du 24 juillet 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours formé par Mme B contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 1er septembre 2022. Son appel contre ce jugement a été rejeté. Par la suite, Mme B a, de nouveau, sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 11 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions du 11 mai 2023.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour attaqué du 11 mai 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme B et de celle de ses trois enfants avant d'adopter la décision attaquée.

5. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du 28 novembre 2012 que le ministre de l'intérieur a adressée aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et qui ne sont pas utilement invocables à l'appui d'un recours dirigé contre une décision portant refus de titre de séjour.

8. D'autre part, Mme B fait valoir sa durée de séjour, son intégration par le travail notamment au regard des contrats de travail versés au dossier, récemment signés, en tant qu'agente de service, depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, ainsi que la scolarisation de ses enfants en France et la présence de sa mère en France. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Mme B est arrivée sur le territoire français le 18 novembre 2016 sous couvert d'un visa court séjour et âgée de trente-deux ans. Si elle invoque la durée de sa présence en France, elle n'a toutefois séjourné régulièrement dans ce pays qu'en qualité de demandeure d'asile alors que sa demande de réexamen a été rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 1er décembre 2017. Elle s'est ensuite soustraite à l'exécution de trois obligations de quitter le territoire français du 16 janvier 2018, du 22 janvier 2019 et du 24 juillet 2020. Elle est célibataire et mère de trois enfants, âgés de dix, six et quatre ans à la date de la décision attaquée, dont deux sont nés en France et tous scolarisés. Si elle se prévaut être particulièrement intégrée par le travail notamment avec la signature de contrats à durée indéterminée, leur signature demeure récente. En outre, aucun élément apporté antérieurement à la date de la décision attaquée ne permet de justifier que Mme B ait développé des attaches personnelles anciennes, stables et intenses sur le territoire français. De plus, si l'intéressée se prévaut de la présence de sa mère en France, cette dernière fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et n'a donc pas vocation à se maintenir en France. Enfin, Mme B ne démontre pas non plus être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine dans lequel elle a vécu plus de trente-deux ans. Dans ces circonstances, et eu égard notamment aux conditions de séjour en France de Mme B, malgré la naissance en France de deux de ses enfants, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. La décision portant refus de titre de séjour du 11 mai 2023 n'a ni pour effet ni pour objet de séparer Mme B de ses trois enfants. L'intéressée n'établit pas que ses enfants scolarisés et pour deux d'entre eux nés en France ne pourraient poursuivre leur scolarisation dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8, 10 et 12 du jugement, le préfet n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme B.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 13 du jugement que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français du 11 mai 2023 devrait être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision du même jour refusant de lui délivrer un titre de séjour.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

16. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du jugement, le refus de séjour contenu dans l'arrêté du 11 mai 2023 est suffisamment motivé. Il suit de là et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Maine-et-Loire aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 12 du jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen et qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8, 10 et 12 du jugement, le préfet n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme B.

Sur la décision fixant le pays de destination :

20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 19 du jugement que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 11 mai 2023 fixant le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 19 du jugement que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 11 mai 2023 fixant le délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision du même portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois :

22. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Par ailleurs, l'article L. 612-8 du même code dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

23. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

24. En outre, il résulte de l'article L. 612-6 de ce code que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit alors être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 19 du jugement que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du 11 mai 2023 prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision du même portant obligation de quitter le territoire français.

26. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte l'indication des considérations de droit et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision de son auteur de faire interdiction à Mme B de retour sur le territoire français pendant dix-huit mois. Cette motivation, qui permet à la requérante à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée. L'existence d'une menace à l'ordre public n'étant pas, en application de ces mêmes dispositions, la seule condition pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne pouvait prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre après avoir constaté qu'elle ne constituait pas une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, compte tenu des circonstances que les trois enfants de Mme B ont vocation à la suivre, que sa mère a fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle-même s'est soustraite à l'exécution de plusieurs obligations de quitter le territoire français, cette décision ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. En dernier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'égard de Mme B est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur les dispositions de l'article L. 612-6 du même code, que la requérante ne peut donc utilement invoquer.

28. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cc

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