vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317186 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 4ème chambre |
| Avocat requérant | L'HELIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 novembre 2023, M. B C, représenté par Me L'Helias, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Laval en vue d'indiquer les diligences dans la préparation de son départ ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne, à titre principal, de réexaminer sa situation en vue de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de son admission exceptionnelle au séjour, à défaut sur le fondement de sa vie privée et familiale, ou en raison de son état de santé, ce dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, pour la durée de cet examen, un récépissé valant autorisation de séjour et de travail ;
4°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à titre subsidiaire, s'il n'a pas été statué sur la demande d'aide juridictionnelle, de lui verser la même somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté ait été signé par une autorité compétente ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète de la Mayenne s'est estimée liée par les décisions des juridictions de l'asile pour décider son éloignement ;
- son état de santé fait obstacle à son éloignement en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou, subsidiairement en application des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, ce qui fait obstacle à son éloignement ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements inhumains ou dégradants, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision l'astreignant à se présenter à la police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité, par voie de conséquence, de la décision l'astreignant à se présenter au commissariat de police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 5 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;
- la convention des Nations-Unies contre la torture et autres peines ou traitements inhumains ou dégradants du 10 décembre 1984 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et des décisions accompagnant ces mesures.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né le 26 février 1992, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 6 novembre 2022 et a sollicité le 16 novembre 2022 la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 10 février 2023 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par un arrêt du 29 septembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 20 octobre 2023, la préfète de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de police de Laval en vue d'indiquer les diligences dans la préparation de son départ. Par sa requête, M. C, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 5 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite la demande présentée par M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté et de la méconnaissance du droit d'être entendu :
3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D A, directrice de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne. Par arrêté du 2 mai 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Mayenne, la préfète de ce département lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles fixant le pays de renvoi et les décisions fixant les obligations de l'étranger pendant le délai de son départ. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.
5. D'autre part, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué et L. 542-2 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
6. En l'espèce, s'il est constant que M. C, dont la demande d'asile a été rejetée, n'a pas été invité par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux, ses observations écrites ou orales, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a été privé de la possibilité de les présenter, ou qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux. Par suite, et alors que la préfète n'était pas tenue d'inviter M. C à formuler des observations avant l'édiction de la décision attaquée, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète a méconnu son droit à être entendu en application de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de la Mayenne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant sans méconnaître l'étendue de son pouvoir d'appréciation. Par suite le moyen tiré de ce que la préfète s'est estimée liée par les appréciations portées par les juridictions de l'asile pour décider de prendre à son égard une décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. " Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
9. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une prise en charge hospitalière programmée d'une durée de vingt-quatre heures le 16 novembre 2023, lors de laquelle il a dû subir une intervention chirurgicale en ambulatoire, en vue du retrait d'un ptérygion à l'œil droit et ne produit aucun élément permettant de présumer de la gravité alléguée des problèmes oculaires dont il dit souffrir, ni des potentielles difficultés de prise en charge médicale en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, en l'état des pièces du dossier, la préfète a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le requérant n'était pas au nombre des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant la saisine de l'avis du collège de l'OFII.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
12. Indépendamment des cas limitativement énumérés par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne peut faire obligation de quitter le territoire à un étranger dont la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il en résulte que, alors que la préfète de la Mayenne n'avait pas l'obligation de rechercher d'office s'il y avait lieu de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement, le requérant qui n'a pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article, ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. M. C n'est présent en France que depuis le 6 novembre 2022 selon ses déclarations, soit onze mois et demi à la date de la décision attaquée. Il est célibataire, sans charge de famille et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans, et où résident plusieurs membres de sa famille, dont son oncle paternel. S'il fait valoir qu'il a reconstitué un réseau relationnel et amical en France, il n'en justifie pas. Par ailleurs il n'établit pas avoir effectué des démarches de nature à obtenir un titre de séjour l'autorisant à travailler, de sorte qu'il ne justifie d'aucune insertion professionnelle. La seule attestation produite par le coordinateur de l'espace Emmaüs de Laval, indiquant que le requérant travaille comme bénévole à raison de trois demi-journées par semaine depuis le 2 mai 2023, soit depuis seulement cinq mois à la date de la décision attaquée, ne suffit pas à établir une intégration particulière sur le territoire français. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. C, la préfète de la Mayenne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été édictée, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.
16. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, il ressort de la motivation de la décision attaquée que la préfète de la Mayenne a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale avant de fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé d'office. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, adoptée à New-York le 10 décembre 1984 : " 1- Aucun Etat n'expulsera, ne refoulera ni n'extradera une personne vers un autre Etat où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture. 2- Pour déterminer s'il y a de tels motifs, les autorités compétentes tiendront compte de toutes les considérations pertinentes, y compris, le cas échéant, de l'existence, dans l'Etat intéressé, d'un ensemble de violations systématiques des droits de l'homme, graves, flagrantes ou massives () ".
18. M. C soutient risquer subir des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle et du climat général d'homophobie qui y règne et qu'il risque d'être poursuivi, sans jamais avoir commis d'infraction, par les forces de police nationales congolaises en raison de la liaison qu'il a entretenu avec l'époux d'une femme membre de ces services. Toutefois, en se bornant à faire état d'un article de presse et d'un extrait du rapport du 24 juin 2021 du commissariat général aux réfugiés et apatrides, organisme belge chargé de la gestion des demandes d'asile, relatifs aux harcèlement et agressions dont est victime la communauté homosexuelle en République démocratique du Congo, le requérant n'établit pas la réalité, l'actualité et le caractère personnel des craintes invoquées. Au demeurant, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, la préfète n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 10 décembre 1984 et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision astreignant le requérant à se présenter auprès des services de la police pour indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :
19. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".
20. En application de ces dispositions, la préfète de la Mayenne a assorti la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C d'une obligation de présentation une fois par semaine au commissariat de police de Laval, pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ.
21. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. C invoque à l'encontre de la décision lui faisant obligation de se présenter au commissariat de police, doit être écarté.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2023 de la préfète de la Mayenne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la préfète de la Mayenne et à Me L'Helias.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La magistrate désignée,
F. SPECHT- CHAZOTTES
La greffière
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026