jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023 suivie de pièces complémentaires enregistrées les 24 novembre et 4 décembre 2023, Mme C B, représentée par Me Neraudau, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui renouveler son titre de séjour " étudiant " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 700 euros hors taxes au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour alors que la décision l'a fait basculer dans une situation irrégulière alors qu'elle est mère d'un enfant de six mois et qu'elle emporte des conséquences déterminantes pour la poursuite de son parcours universitaire ; l'illégalité de la décision attaquée constituant également une situation d'urgence
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la compétence de l'auteure de l'acte n'est pas établie ;
*elle n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
*elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
* elle méconnaît le droit d'être préalablement entendue garanti par l'article 41§2 alinéa 1 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration en raison de la procédure entièrement dématérialisée d'instruction de sa demande de renouvellement
* elle est entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-togolais, seules applicables en l'espèce, en ce qu'elle établit poursuivre ses études en France et disposer de ressources personnelles supérieures au niveau minimum retenu par l'annexe de l'arrêté du 30 avril 2021 ;
* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à son intégration en France et aux relations qu'elle a nouées ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et d'un défaut d'examen de la situation de son fils âgé de six mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation de son stage soit subordonnée à la régularité de son séjour en France alors qu'elle ne peut pas soutenir avoir des ressources suffisantes tout faisant état de ce que la décision attaquée la placerait dans une situation difficile en lui supprimant des prestations sociales ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, à cet égard il entend solliciter la substitution de base légale de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par l'article 9 de l'accord franco-togolais
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 à 10 h 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- et les observations de Me Neraudau, représentant Mme B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B ressortissante togolaise née le 25 janvier 1995, est entrée en France le 14 septembre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable jusqu'au 28 août 2023. L'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre auprès du préfet de la Loire Atlantique le 6 juin 2023. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Il est constant que la décision contestée porte refus de renouvellement du titre de séjour de Mme B, laquelle séjourne régulièrement en France depuis le 14 septembre 2022. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. En outre, le préfet de la Loire-Atlantique, en se prévalant de l'absence d'incidence immédiate de la décision contestée sur la situation de la requérante en ce que cette dernière n'établirait ni ne pas pouvoir poursuivre sa formation en master pour l'année 2023/2024 et bénéficier à ce titre d'un stage gratifiant, ni sa situation de stress, ni enfin l'impossibilité de subvenir à ses besoins compte tenu de ses ressources extérieures aux prestations sociales, n'établit pas que les circonstances de l'espèce seraient de nature à renverser cette présomption d'urgence alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée doit nécessairement être en situation régulière pour prétendre au stage professionnel indispensable à la validation de son diplôme de master 2. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. L'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.
6. Le préfet de la Loire-Atlantique demande qu'il soit substitué au fondement légal initial de la décision attaquée, celui fondé sur les stipulations de l'accord franco-togolais du 13 juin 1996, notamment ses articles 9 et 13, lesquels renvoient aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du doit d'asile le soin de régir les points non traités par l'accord, s'agissant notamment de l'existence des moyens d'existence suffisants fixés par les dispositions de l'article R. 422-8 et de l'annexe 10 du code précité. Il résulte de l'instruction que si cette substitution de motif, qui ne prive pas Mme B d'une garantie procédurale, notamment en ce que son conseil a pu répliquer sur ce point au cours de l'audience, peut en conséquence être acceptée, il n'en demeure pas moins qu'eu égard , d'une part, aux preuves de transferts de fonds au profit de la requérante tout au long de l'année 2022, de l'attestation de virement irrévocable consentie à l'intéressée jusqu'en septembre 2023 et de l'engagement à poursuivre ce virement signé par la sœur ainée de la requérante ainsi que, d'autre part, au montant de l'aide personnalisé au logement et de l'allocation de soutien familial que Mme B perçoit en raison de son logement et de son fils, né le 1er juin 2023, d'un montant total mensuel de 545,24 euros, ainsi que du montant des gratifications qui seront versées à l'intéressée au cours de la période de stage de master 2 au premier semestre 2024, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur de fait et de droit au regard du montant minimum des ressources personnelles dont dispose l'intéressée, fixé par l'annexe de l'arrêté du 30 avril 2021 à 615 euros mensuels est, en l'état de l'instruction et dans les circonstances de l'espèce, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour pour études présentée par Mme B doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme B, dans un délai de d'un mois à compter de sa notification, et, dans cette attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à titre accessoire. Il n'y a pas lieu, pour l'instant, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Neraudau d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 9 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour pour études présentée par Mme B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de Mme B, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, à compter de la notification de cette même ordonnance.
Article 3 : L'État versera à Me Neraudau, avocate de Mme B, la somme de 800 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Neraudau.
Fait à Nantes, le 7 décembre 2023.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2317324
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026