jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 novembre et 4 décembre 2023, M. H E et Mme D F, agissant en son nom et au nom des enfants B et A C, représentés par Me Pollono, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 20 juillet 2023 par lesquelles l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) a refusé de délivrer les visas de long séjour sollicités par Mme F et les enfants B et A C, au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen de la situation des demandeurs de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxes au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la validité des visas iraniens de Mme F et des enfants B et A a expiré et qu'ils encourent des risques en cas de retour en Afghanistan au regard de l'ancien poste occupé par l'intéressée ; le gouvernement pakistanais a officiellement indiqué que les ressortissants afghans en situation irrégulière devaient quitter le territoire avant le 1er novembre 2023 ; à défaut, ceux-ci seront expulsés vers l'Afghanistan malgré les risques liés au régime des talibans ; compte tenu des délais d'audiencement au fond, l'urgence est caractérisée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
*elle est entachée d'un défaut de motivation ;
*elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'identité des demandeurs de visa et les liens familiaux les unissant au réunifiant sont établis par les actes d'état civil produits alors que la composition familiale invoquée a été confirmée par une note de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 avril 2023 ; le fait que Mme F est bien la mère des personnes réfugiées en France et des jeunes demandeurs de visa est également établi par possession d'état ;
* elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit, en ce qu'elle est fondée sur le motif tiré du délai déraisonnable observé par M. H E pour initier la procédure de réunification familiale en cause, à la suite de la protection internationale qui lui a été accordée : ce motif n'est pas d'ordre public et ne peut, en conséquence, être valablement opposé pour justifier légalement un refus de visa sollicité au titre de la réunification familiale ; le délai de trois mois cité par l'arrêt de la CJUE ou le Conseil d'Etat dans sa décision n° 472495 relève d'une disposition optionnelle de la directive 2003/83/CE, à laquelle la France n'a pas souscrit et qui n'existe donc pas en droit français ; ainsi, il n'existe aucun délai pour solliciter le bénéfice de la réunification familiale en droit français, comme l'a rappelé le Conseil d'Etat dans son avis n°472495 ; de plus, opposer un tel délai de trois mois méconnaîtrait les principes de clarté et de précision de la loi pris avec l'objectif à valeur constitutionnelle d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi issu de la combinaison des articles 4, 5, 6 et 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC) et serait contraire à l'objectif poursuivi par la directive 2003/86 qui est de favoriser la réunification familiale ; enfin, le délai observé pour présenter les demandes de visa litigieuses, à la suite de la protection accordée à M. H E ne saurait être qualifié de déraisonnable, compte tenu de la prise de pouvoir des talibans, qui a contraint les demandeurs de visa à se cacher avant de réussir à fuir leur pays et se rendre au Pakistan, le 6 octobre 2022 où les demandes de visa ont été déposées, seulement un mois plus tard ;
*elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : les demandeurs de visa sont en séjour irrégulier au Pakistan et exposés à un risque imminent d'expulsion vers l'Afghanistan où leur vie est en danger, du fait des talibans ; la séparation de leur famille emporte des conséquences sur leur état de santé, notamment celui de M. H E
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle est fondée sur le caractère déraisonnable du délai observé par M. H E, soit en l'espèce 21 mois, pour solliciter l'introduction des membres de sa famille en France, au titre de la réunification familiale, à la suite de la protection internationale qui lui a été accordée.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2023.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive (CE) 2003/86 du Conseil du 22 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 décembre 2023 à 14 h 30 :
- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,
- les observations de Me Pollono, avocate de Mme F et M. E, en présence de M. G E ;
- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. H E, ressortissant afghan né le 25 mars 2003, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 2 avril 2021. Le 16 novembre 2022, Mme F, ressortissante afghane née le 1er janvier 1970, et les enfants B et A, qui se présentent comme les mère et frère et sœur de M. E, ont sollicité la délivrance de visas au titre de la réunification familiale auprès des autorités consulaires françaises à Islamabad, laquelle leur a été refusée par des décisions du 20 juillet 2023. Par la présente requête, M. E et Mme F demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires du 20 juillet 2023
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
3. Il résulte des écritures en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la décision contestée est fondée sur le caractère déraisonnable du délai observé par M. H E, soit en l'espèce 21 mois, pour solliciter l'introduction des membres de sa famille en France, au titre de la réunification familiale, à la suite de la protection internationale qui lui a été accordée.
4. Les moyens invoqués par les requérants à l'appui de leur demande de suspension et tirés de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard du motif qui la fonde, tel qu'indiqué au point précédent, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
6. D'une part, il est constant que la décision contestée maintient séparés les membres d'une même famille, dont deux d'entre eux sont bénéficiaires de la qualité de réfugié en France. D'autre part, et contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur et des outre-mer en défense, il résulte de l'instruction que les demandeurs de visa sont placés dans une situation de précarité au Pakistan et y sont exposés à un risque d'expulsion vers l'Afghanistan, alors que la CNDA, dans sa décision du 2 avril 2021, a tenu pour établi le fait que Mme F a exercé les fonctions de procureure au sein de la Cour d'appel d'Helmand à l'occasion desquelles elle a requis la condamnation à mort d'un taliban. Compte tenu de ces circonstances, le retour en Afghanistan des demandeurs de visa les expose nécessairement à de graves risques d'atteinte à leur intégrité physique. Par suite, la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation des intéressés pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 21 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 20 juillet 2023 par lesquelles l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) a refusé de délivrer les visas de long séjour sollicités par Mme F et les enfants B et A C, au titre de la réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de Mme F et des enfants B et A C dans un délai de 10 jours à compter de sa notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Mme F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pollono d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 21 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 20 juillet 2023 par lesquelles l'autorité consulaire française à Islamabad (Pakistan) a refusé de délivrer les visas de long séjour sollicités par Mme F et les enfants B et A C, au titre de la réunification familiale, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de Mme F et des enfants B et A C dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono, avocate de M. E et Mme F, la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H E, Mme D F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.
Fait à Nantes, le 21 décembre 2023.
La juge des référés,
O. ROBERT-NUTTE
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026