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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317528

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317528

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023, Mme E, représentée par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une lettre du 7 juin 2023, les parties ont été informées que la décision à rendre paraît susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de ce qu'à la base légale de la décision du 13 octobre 2023 refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" constituée par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 et un délai leur a été imparti pour présenter leurs observations.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 10 juin 2024, Mme D conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que le refus de renouveler le titre de séjour procède d'une méconnaissance de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Power, substituant Me Cabioch, avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République du Congo née le 20 mars 1999, est entrée régulièrement en France le 18 août 2021 munie de son passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 29 juillet 2021 au 29 juillet 2022. Un titre de séjour, portant la mention " étudiant " lui a par la suite été délivré, valable jusqu'au 31 août 2023. Par l'arrêté du 13 octobre 2023 dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de renouvellement de ce titre de séjour et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué comporte, avec une précision suffisante, l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui est, dès lors, régulièrement motivé. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que Mme D est ressortissante de la République du Congo et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont il résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 13 septembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme B, directrice de l'immigration et de l'intégration, et de M. A, son adjoint, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B et M. A n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

5. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique a examiné la situation de Mme D. Le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit être écarté.

6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve () des conventions internationales ". Aux termes de l'article 4 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo du 31 juillet 1993 : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants congolais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis d'un visa de long séjour et des justificatifs prévus aux articles 5 à 9 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant. Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Aux termes de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

7. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

8. Alors que Mme D est une ressortissante de la République du Congo, le préfet de la Loire-Atlantique, pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dont elle était titulaire, s'est fondé, à tort, sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables à une ressortissante de cet Etat. Toutefois, les stipulations de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo du 31 juillet 1993 peuvent constituer la base légale de cette décision. Ces textes ont une portée équivalente au regard des garanties qu'ils prévoient et l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Dès lors, à la base légale constituée par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer celle constituée par cet article 9, laquelle substitution ne prive pas Mme D d'une garantie.

9. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par sa titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'elle déclare suivre.

10. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme D, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur l'absence de caractère réel et sérieux des études suivies par l'intéressée. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est d'abord inscrite, au titre de l'année universitaire 2021-2022, à l'institut national des techniques économiques et comptables du Conservatoire national des Arts et Métiers Pays de la Loire, année à l'issue de laquelle elle a été ajournée, son bulletin faisant état de notes allant de 2 à 3 sur 20. Si le préfet a relevé de manière erronée que Mme D n'avait validé aucune unité d'enseignement, cette erreur n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que l'intéressée a, en tout état de cause, été ajournée. Au titre de l'année universitaire 2022-2023, la requérante s'est réorientée en première année d'un brevet de technicien supérieur " gestion de la PME " avec un contrat d'apprentissage, lequel a pris fin, contrairement à ce qui est soutenu, d'un commun accord entre l'intéressée et l'établissement d'accueil. Elle a été ajournée à l'issue de cette année d'études, avec une moyenne de 7, 47/20 au 1er semestre et de 3, 58/20 au 2nd semestre. Si dans le cadre d'un nouveau changement d'orientation elle a été admise à l'institut de formation d'aides-soignants " IFAS " et avait débuté un stage au 9 octobre 2023, cet élément est très récent à la date de l'arrêté contesté et l'intéressée ne justifie pas de la cohérence de ce changement d'orientation. Il en résulte que le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement et sans erreur d'appréciation estimer que Mme D ne peut être regardée comme poursuivant effectivement et sérieusement des études en France. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions lui ouvrant droit au renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dont elle était titulaire.

11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui garantit le droit au respect de la vie privée et familiale, est inopérant pour contester la légalité d'une décision refusant une carte de séjour portant la mention " étudiant ", qui n'est pas délivrée en considération de la vie privée et familiale.

12. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de titre de séjour, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Le séjour de la requérante en France, remontant au mois d'août 2021, est récent et n'avait été autorisé qu'en vue de la poursuite d'études mais non de l'établissement de l'intéressée en France au regard de sa vie privée et familiale. Elle est célibataire et n'a personne à charge. Alors même que certains membres de sa famille résident en France ou auraient la nationalité française, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne lui ouvre pas un droit au séjour en France en raison d'une telle circonstance. Elle peut poursuivre sa vie privée et familiale dans le pays dont elle est la ressortissante, où elle a vécu habituellement pendant plus de vingt ans et où résident d'autres membres de sa famille. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de Mme D en France comme aux effets d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui faisant une telle obligation, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise cette décision qui, par suite, ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle obligation sur la situation personnelle de Mme D.

15. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme D n'est pas fondée à soutenir que celle fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne peut être fait droit aux conclusions d'injonction qu'elle présente.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Loïc Cabioch.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMASLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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