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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317552

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317552

lundi 26 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBENVENISTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. G C et M. F C, qui demandait l’annulation du refus implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa, confirmant le refus de délivrance d’un visa de long séjour pour réunification familiale à M. F C, ressortissant afghan. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée en fait, qu’elle n’était pas entachée d’un défaut d’examen et que le moyen tiré de l’erreur d’appréciation au regard de l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’était pas fondé. Il a également estimé que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2023 et 26 janvier 2025, M. G C et M. F C, représentés par Me Benveniste, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 2 mars 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à M. F C un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Benveniste, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, au regard de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 novembre 2024, rectifiée le 13 décembre 2024, M. F C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Benveniste, représentant M. G C et M. F C.

Considérant ce qui suit :

1. M. G C, ressortissant afghan né le 12 juin 1975, a obtenu le statut de réfugié par une décision du 8 octobre 2019 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Un visa de long séjour a été sollicité, au titre de la réunification familiale, pour M. F C son fils de même nationalité né le 1er janvier 2002, auprès de l'autorité consulaire à Téhéran (Iran), laquelle a rejeté sa demande le 2 mars 2023. Par une décision implicite, dont MM. C demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions.

4. Pour opposer un refus à la demande dont elle a été saisie, la décision consulaire mentionne que le demandeur, qui ne justifie pas d'un état de dépendance à l'égard du réunifiant ni ne se trouve dans une situation particulière de vulnérabilité, était âgé de plus de 19 ans au moment où il a déposé sa demande de visa. Par suite, la décision consulaire, et partant la décision attaquée, sont suffisamment motivées en fait et le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de la commission de recours n'aurait pas été précédée d'un examen de la situation M. F C.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. G C et son épouse, Mme H C, dont deux des cinq enfants sont décédés en 2009 et 2017, sont les parents de M. F C, né le 1er janvier 2002, de E C, né le 24 août 2005, et de A B C, né le 12 novembre 2010. Le 10 juin 2020, les services de l'ambassade de France à Islamabad (Pakistan) ont, par courriel, accusé réception des demandes de visas sollicités au titre de la réunification familiale pour Mme C et " deux enfants " sans qu'il soit fait mention dans cet échange de leur identité. Le 24 août 2021, en raison d'une réduction temporaire des effectifs de l'ambassade de France à Islamabad, Mme C a été invitée, pour le traitement de sa demande, à se rapprocher du poste consulaire de New-Delhi (Inde) ou de celui de Téhéran (Iran). Le 12 septembre 2022, ce dernier a enregistré les demandes de visas sollicité au titre de la réunification familiale pour Mme C et ses trois enfants. Des visas de long séjour ont été accordés à Mme C, ainsi qu'à ses enfants E et A B.

9. Pour expliciter le motif de la décision de rejet opposée à M. F C, le ministre fait valoir que la demande de visa adressée en 2020 à l'autorité consulaire française à Islamabad ne concernait que sa mère et ses frères cadets, et que, dès lors, la demande formulée en 2022 constitue pour lui une demande initiale, déposée alors qu'il était âgé de plus de 20 ans. Pour établir que cette demande de 2020 n'a été déposée que pour Mme C et ses enfants A B et F C, les requérants font valoir que lorsque Mme C a déposé sa demande de visa en 2020, accompagnée, notamment, des passeports des demandeurs, que seuls M. F C et A B C étaient pourvus d'un tel document, et que celui de leur frère E C lui a été délivré en 2022. Cependant, s'il ressort des pièces du dossier que F et A B C sont titulaires d'un passeport délivré en 2020, alors que le passeport de E C l'a été en 2022, ces éléments ne permettent pas d'établir que, en 2020, ce dernier n'était pas titulaire d'un passeport. Si les requérants font également valoir que E C aurait été enlevé par les talibans en 2019 pour n'être retrouvé qu'en 2021, cet évènement n'est évoqué, hormis dans le recours préalable formé contre la décision consulaire, dans aucune des pièces versées à l'instance, telles que les extraits de l'entretien que Mme C a eu avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 23 mai 2023, ou les décisions par lesquelles l'OFPRA puis la Cour nationale du droit d'asile se sont prononcés sur la demande d'asile de M. G C. Enfin, si les requérants font valoir que l'extraction informatique synthétisant les éléments relatifs la demande de visa de M. F C mentionne qu'une demande de réunification familiale a été déposée auprès de l'ambassade au Pakistan par courriel, la date de cette demande n'est pas précisée. Par ailleurs, la même extraction mentionne que " l'enfant aurait été enlevé puis réapparu post statut ". Dès lors, les requérants ne peuvent être regardés comme établissant que la demande déposée en 2020 concernait le demandeur. Par suite, alors qu'il n'est pas contesté que M. F C avait plus de 19 ans lorsque sa demande de visa a été soumise à l'autorité consulaire française à Téhéran le 12 septembre 2022, ils ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur ce motif.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Si les requérants soutiennent que M. F C ne peut vivre ni en Afghanistan où il serait menacé, ni en Iran ou au Pakistan, pays dans lesquels il ne bénéficie d'aucun droit au séjour et risquerait l'expulsion vers l'Afghanistan, ils n'apportent aucune précision quant à sa situation, ni même quant au pays dans lequel il réside. Dès lors ils n'établissent pas que M. F C, qui était âgé de 21 ans à la date de la décision attaquée, se trouverait isolé, dans une situation de grande précarité ou de particulière vulnérabilité, ou que sa famille serait empêchée de lui rendre visite là où il est établi. Par suite, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation des requérants doit également être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G C et M. F C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, M. F C, à Me Benveniste et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Françoise Guillemin, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2025.

Le rapporteur,

Emmanuel D

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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